lundi 27 avril 2009

Les Portes Invisibles

Mouvement rare du Temps : je traverse les Portes Invisibles, elles donnent à la ville un air nouveau. Pour cela il convient d'apprendre à marcher sans se raconter d'histoires, et savoir que toutes les histoires que l'on peut écrire ici ou ailleurs ne peuvent naître que du tremblement du Temps, de l'éblouissement du mouvement de la vie, des éclairs des regards, de la foudre du geste, des éclats du verbe, car les Portes Invisibles s'ouvrent sur le verbe.

Le verbe a fait naître la ville, il pourrait la détruire si nous n'y prenons garde.

Mouvement rare du verbe : je traverse la ville et les Portes Invisibles s'ouvrent sur un autre espace du Temps retrouvé, j'y sens la palpitation des corps illuminés.

Mouvement rare des Portes Invisibles : l'exercice est salutaire, il faut les traverser comme l'on épouse le Temps retrouvé, sans crainte, avec l'assurance du Paradis accompli.

Mouvement du Verbe, du Temps et des Portes Invisibles : tout est ainsi accompli.

Ava, la jeune femme éblouie et troublée raconte son histoire. Elle seule, a su un jour traverser les Portes Invisibles. Là, elle a appris à faire résonner la ville d'histoires qu'elle avait oubliées, elle n'en revient toujours pas. Les villes ne naissent que sous le regard des jeunes femmes qui savent ouvrir les Portes Invisibles.

à suivre

Philippe Chauché

samedi 25 avril 2009

Silence



" Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.
Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.
Assez connu. Les arrêts de la vie. - Ô Rumeurs et Visions !
Départ dans l'affection et le bruit neufs ! " (1)

Durant quelques milliers de secondes cet écritoire en reste là, il reprendra lorsque le temps lui en sera donné.

à suivre

Philippe Chauché

(1) Départ / Illuminations / Arthur Rimbaud / Oeuvres complètes / Bibliothèque de la Pléiade / Gallimard

vendredi 24 avril 2009

Lâchez Tout



Ils sont côte à côte, face à face, l'un comprend vite qu'écrire c'est vivre, et seule une vie lumineuse produit une écriture éclairante, lisons :

" Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme. " (1)

L'autre est là, devant nous, il écrit dans la grâce des dérives inventées chaque soir dans la plus belle ville du monde, son regard, un poignard, nous accompagne, et inscrit le verbe dans le Temps, au début dit-il, était la révolte, écoutons :

" Lâchez tout.
Lâchez Dada.
Lâchez votre femme, lâchez votre maîtresse.
Lâchez vos espérances et vos craintes.
Semez vos enfants au coin d'un bois.
Lâchez la proie pour l'ombre.
Lâchez au besoin une vie aisée, ce qu'on vous donne pour une situation d'avenir.
Partez sur les routes. " (2)

Qui ose aujourd'hui être de cet accord avec le Temps, dans une même déchirure, cherchez autour de vous, demandez à votre amoureuse - si votre amoureuse s'accorde au Temps -, invitez votre amoureux - si votre amoureux réjouit votre regard -, à vous dire ce que ces mots lui inspire, vérifiez si son corps est traversé par ces mots, écoutez si sa voix s'élève à leur évocation, exercice salutaire !

à suivre

Philippe Chauché


(1)Sensation / Poésies / Arthur Rimbaud / Oeuvres complètes / Bibliothèque de la Pléiade / Gallimard
(2) Lâchez tout / André Breton / Les pas perdus / L'Imaginaire / Gallimard

mardi 21 avril 2009

dimanche 19 avril 2009

Le Lecteur du Temps




" Silence.
Les dernières vagues atlantiques se jettent sur une pointe de rochers brun pourpre et s'y déchirent.
Un cri de mouette.
De chaque côté du promontoire, la marée gonfle et remonte des estuaires. A droite, la nuit commence à cacher les collines. A gauche, descend un soleil jaune soufre.
L'Amérique est grande, déjà. D'une grandeur anonyme, d'une immensité sidérale. Immobiles, repliés sur eux-mêmes comme un germe, ces lieux qui seront New York attendent de naître.
La lune se lève. Elle éclaire sans agrément des solitudes où il ne se passe rien depuis des millions d'années...
Silence de commencement du monde. Mer vide, sans une voile. Les voiles s'en vont plus au nord, vers l'Amérique française ou anglaise, plus au sud, vers l'Amérique suédoise ou espagnole. Jamais elles ne s'abaissent ici. " (1)

Silence.

Le lecteur du Temps se prépare à prendre la mer. Il est accompagné dans ce voyage annoncé par les envolées des Martinets gracieux. D'une fenêtre ouverte, le lecteur du Temps fixe le ciel laiteux, puis il retourne à son écritoire, large voilier amarré au ponton de soie, un oiseau invisible le salue d'un petit cri musical, il écrit, et il voit là, face à sa main ouverte, le dessin de cette ville qui ressemble à l'aventure du roman, c'est en faisant un roman de ma vie, que je peux sans frémir accueillir le divin, se dit-il, et le divin n'est pas étranger à ce mouvement qui naît des vagues qui s'élèvent du large pour éclater sur son écritoire.

Silence.

Il accompagne de la main, cette ouverture du Temps qu'il traverse, rien n'est plus élevé que cet instant, il tourne les pages des livres avec la sûreté d'un marin barrant son voilier pour sortir de la passe, le roman est cette passe qu'il faut trouver ajoute-t-il, rien de plus simple et rien de plus difficile aussi ; dans le creux de la vague, dans cette ouverture sur les profondeurs imaginaires du Temps, se dessine une autre aventure, nous sommes quelques élus à en saisir la nécessité, et les sirènes n'en sont jamais étonnées, se dit-il ; la mesure du risque se vit et se lit là sur l'instant, donc dans le Temps absolu, celui d'aujourd'hui, de demain et d'hier, même Temps qui s'enrichit de toutes les pierres précieuses du roman, c'est ce qu'il note sur son écritoire où scintillent les éclats du soleil de ce printemps qui lui réussit.

" Dissimulé par la végétation de l'allée, M.Bloom marchait environné d'anges attristés, de croix, de colonnes tronquées, de caveaux de familles, d'espérances pétrifiées en prière, les yeux au ciel, des coeurs et des mains de la vieille Irlande. Il y aurait plus de bons sens à consacrer charitablement l'argent à des vivants. Priez pour le repos de l'âme de. Réellement quelqu'un le fait-il ? On le plante là et on en est quitte. " (2)

(3)

Silence.

Il écrit pour faire jaillir la lumière, et la lumière est.
Il écrit pour faire naître un autre corps, et son corps nouveau apparaît sur son écritoire.
Il écrit pour mieux lire les romans du Temps, et ils s'invitent sur son écritoire.
Il lit pour faire jaillir le silence, et le silence résonne dans la douce lumière d'avril.
Il lit pour faire naître un autre corps sexuel, et défaire le Diable.

à suivre

Philippe Chauché


(1) New York / Paul Morand / GF Flammarion
(2) Ulysse / James Joyce / traduct. Auguste Sorel, revue par Valéry Larbaud, Stuart Gilbert et l'auteur / Gallimard
(3) Cy Twombly / Fondation Lambert Avignon

samedi 18 avril 2009

La Vie Eclatante (2)



Lire, c'est voir, le lecteur du Temps doit avoir cette vision acérée qui transperce le texte, qui le tourne et le retourne. Le texte est un palimpseste, un palindrome qui se déroule dans le miracle permanent de sa vibration. Le lecteur du Temps a une vision qui tourne sur elle-même, il a des yeux derrière les yeux, une tête qui voit.

Lire, c'est reconstituer ce qui s'est écrit, et écrire en silence ce qui ne se voit pas au coeur du volcan du texte.

Le lecteur du Temps écartèle l'espace.

Lire, sauve ; le texte conduit comme le corps aimé, à une résurrection immédiate.

à suivre

Philippe Chauché








vendredi 17 avril 2009

Poissons Chinois




Je m'accorde aux couleurs du Temps, au couleurs du mouvement et des voix, je m'accorde à ce Temps gagné, si des tremblements vous traversent, regardez ce qu'en dit le peintre, écoutez ce qu'en dit l'écrivain, si la mort s'est posée sur votre regard voyez le musicien, respirez, ouvrez les yeux, laissez votre main courir sur le cercle merveilleux de la peau de votre amoureuse, dans la résonance des livres qui éclairent votre journée.

" Entre ses mains, maintenant, il prend le sable.
Il s'écoule, avec le temps.
Plus bas, il creuse le sable écoulé et l'eau.
Il écrit l'eau sous l'eau.
Il écrit la terre sous la terre.
Il écrit le silence sous le silence.
Il creuse toujours plus profondément, il nage. En apnée. " (1)

à suivre

Philippe Chauché

(1)Faire la lumière / Jean Gabriel Cosculluela / Atelier des Grames / Gigondas

mercredi 15 avril 2009

L'Infini



Voilà une revue qui ne doit pas plaire à tout le monde.
Elle paraît, c'est le silence. Elle publie, c'est le silence. Elle poursuit inlassablement depuis l'hiver 1983, cette traversée unique du Temps, en toute sérénité, loin, fort loin, des bavardages médiatiques.
Son tort : être dirigée par un écrivain bordelais au corps vénitien.
Ouvrons ce dernier numéro, le 106, du Printemps, ce Printemps qui nous sourit, espace de liberté rare. Lisons dans le désordre :

" J'ai toujours été dans les choses tellement - toujours - que je confonds parfois les jours. " (1)

" Qui sait ? Peut-être un peu d'or dans ces notes ? " (2)

" Oui, Mauriac rajeunit bien. Vous le saviez déjà par l'extraordinaire Bloc-notes. Mais vous le saurez encore mieux avec, dans la collection Bouquins, son Journal ( à partir de 1934 ) et ses Mémoires politiques. Là, presque tout serait à citer, notamment dans le grand chapitre La France et le Communisme ( 1945 - 1953 ). Dans la guerre de Mauriac contre l'Église stalinienne et sa machine à décerveler, ses cultes grotesques, ses crimes niés, son style est étincelant et terrible. Il combat l'Infâme en personne, on dirait Voltaire ressurgi en cavalier du ciel. " (3)

" Comme des raisins dans le désert J'ai trouvé Israël,
comme les prémices d'un jeune figuier J'ai vu vos pères,
mais ils sont allés vers le Baal de Péor pour se vouer à la honte
et sont devenus choses abjectes comme leurs amours ! " (4)

... et nous pourrions ainsi continuer à saisir ici et là ce qui constitue l'étrangeté vivifiante de cette revue unique, nous pourrions sur cet écritoire reproduire sa saveur et son savoir, mais non, lisons, ouvrons les yeux, le démon et ses adeptes ombrageux s'emploient tous les jours à nous fermer les yeux avec leur glace brûlante, une belle façon de les ouvrir consiste à lire ce qui s'écrit là.
Le monde appartient à la lumière et à la parole.

à suivre

Philippe Chauché


(1) Marcelin Pleynet / Situation : chroniques vénitiennes / L'Infini / 106 / Printemps 2009 / Gallimard
(2) Journal de Deuil / Roland Barthes / d°
(3) Mauriac grand cru / Philippe Sollers / d°
(4) Le Livre d'Osée / traduct. Franz de Haes / d°

mardi 14 avril 2009

A Servir Très Frais (3)



" Je suis un graphomane inhibé par la flemme. " (1)

" Tu manques de sérieux ", fut son dernier reproche, avant qu'elle ne tourne de l'oeil.

Lorsque l'on me demande pourquoi je ne vais plus au cinéma, je réponds avec un large sourire que je ne m'y ennuie pas assez.

J'ai un temps pris plaisir aux comédiennes qui ne confondaient pas les comédies légères avec la vente à la criée de l'Humanité.

Ce qui est amusant dans le militantisme c'est qu'il fait la fortune des podologues et des pressing(s).

J'imagine avec délectation la fin de ma vie comme une explosion nucléaire.

Je porte souvent des souliers bicolores comme les danseurs des comédies musicales américaines, ce que tout le monde ignore c'est qu'ils sont faits sur mesure.

Je n'ai jamais douté, sauf à l'instant de ma naissance.

Quant à ma mort, je ne lui accorde aucun crédit.

à suivre

Philippe Chauché

(1) Frédéric Schiffter / Traité du cafard / finitude

dimanche 12 avril 2009

L'Or de la Langue



" Qui si rimina ne l'arte ch'addorna
cotanto affetto, e discernesi 'l bene
per che 'l mondo di sù quel di giù torna. "

" Ici on contemple l'art qu'embellit
un tel amour, et on distingue le bien
par quoi le monde haut meut le monde bas. " (1)

" J'ai la certitude de n'avoir jamais cessé de lire des livres à mes amoureuses, c'est ainsi que mon adolescence s'est déroulée, c'est ainsi que j'ai pris corps et lettres, la suite confirma cette habitude scandaleuse. Jouant de ma voix, de son velours naturel, de sa lumineuse profondeur, de l'écho qu'elle draine, des inflexions, des roulements, des effleurements, des suspensions, des interrogations, des suspensions. Ma vie prolonge celle des livres. Ils vérifient ce que je suis et ce que je vis. " (2)

" Je ne connais pas d'autre grâce que celle d'être né. Un esprit impartial la trouve complète. "(3)

Elle traverse l'ombre de la ville et clame en silence son amour du Temps, dans son regard s'ouvre l'Océan, vieil Océan complice, elle esquisse trois mots de danse et les offre à son peintre studieux, les martinets virevoltent dans la douceur retenue de la nuit, et illuminent sa peau et l'or de sa langue.

" Parler amoureusement, c'est dépenser sans terme, sans crise ; c'est pratiquer un rapport sans orgasme. Il existe peut-être une forme littéraire de ce coïtus reservatus : c'est le marivaudage. " (4)

à suivre

Philippe Chauché

(1) Dante / La Divine Comédie / Le Paradis IX 106-142 / traduct. Jacqueline Risset / GF Flammarion
(2) Esquisses du Bonheur / Ph. C. / Manuscrit Invisible
(3) Isidore Ducasse comte de Lautréamont/ Poésies II / Oeuvres Complètes / Fac Similés des éditions originales / La Table Ronde
(4) L'entretien / Fragments d'un discours amoureux / Roland Barthes / Collection "Tel Quel" / Éditions du Seuil

vendredi 10 avril 2009

La Vie Heureuse (2)



Ils ont traversé le Temps et les temps et se lisent maintenant dans un corps à corps invisible.
Liberté absolue du verbe.
Eclats des mots qui sauvent.
Ils tracent la courbe voluptueuse du mouvement.



Beauté absolue du manuscrit - manuscriptum - en lettres d'or,
Les corps aussi se lisent ainsi.

à suivre

Philippe Chauché

jeudi 9 avril 2009

Ils Sont Revenus



" Les mots sont des actes. " (1)

Aux fées du Temps.

" Ils sont revenus " me souffle une aventurière attentive aux éclairs de la nature, c'est peut-être la plus belle découverte de la journée, il faut nous réjouir observait il y a longtemps un étrange philosophe amateur de poker, de nous contenter d'une belle découverte par jour, au delà cela touche à la boulimie. D'ici, de mon observatoire je devine les perspectives illuminées du déploiement de leurs ailes noires, et retrouve avec sérénité leurs humeurs vagabondes, les éclats de leurs vols entre vierges et pierres, et leurs cris rieurs qui rendent le printemps voluptueux.

à suivre

Philippe Chauché

(1) Ludwig Wittgenstein / Remarques mêlées / traduct. Gérard Granel / GF Flammarion

mercredi 8 avril 2009

Cavales



" Mes plus belles cavales furent immobiles. " Il avait glissé cette confession très chinoise dans un petit livre qu'il tenait m'avoua-t-il un jour, de l'une de ses grands mères, qui avait en son temps goûté et pratiqué quelques scandales, par ces manières d'embrasser le Temps, ajouta-t-il, mais aussi par les livres qu'elle offrait à ses amants, tous plus dangereux les uns que les autres, c'est elle, me dit-il, qui m'a appris que certains livres sont des bombes à retardement qui explosent à l'instant où l'on s'y attend le moins, c'est d'elle aussi que je tiens, cher ami, l'assidue fréquentation de librairies clandestines, qui distillent avec prudence, l'art de vivre, elle pratiqua avec beaucoup de talent l'art de la cavale immobile, c'est en pensa à cela, que j'ai noté cette confession, qui lui ressemble, les seuls voyages aimait-elle à me confier, c'est ceux que j'effectue avec quelques hommes amusants qu'il m'arrive ici d'enlacer dans les éblouissements du Temps, mais permettez que je vous abandonne pour ce soir, il se leva lestement, glissa un billet de banque sous le cendrier, se retourna et quitta notre café d'un coup d'aile, j'allumais une cigarette et commandais une nouvelle coupe de champagne, tout était calme, la nuit s'était installée, je fermais les yeux et laissait le Temps épouser le mouvement de mon pouls.

à suivre

Philippe Chauché

mardi 7 avril 2009

Les Mots et la Voix

Éblouissements, voilà le mot, je suis traversé d'éblouissements, c'est un état fort étrange, voyez-vous, comme une résurrection, et cela me convient, car vous savez à quel point j'attache de l'importance à ce mot, je dirai à son retournement, débarrassé de ses attaches douloureuses, la seule résurrection qui s'impose est celle que nous vivons dans notre attachement au Temps, dans mon attachement au Temps, et cette résurrection est elle aussi un éblouissement, mais d'un autre ordre, ces éblouissements que j'évoque et qui m'importent, et auxquels vous avez l'amabilité de porter attention ce soir résultent d'étonnants croisements de mots et de voix, cette suprême signature spirituelle, qui me conduit à vous dire à l'écoute attentive de tels mots portés par telle voix ce qu'ils révèlent des corps, l'inverse est inconcevable, c'est ce qu'il me disait, pesant chaque mot, tout en portant de temps en temps à ses lèvres cette coupe de champagne, que nous avions pris l'habitude de boire dans la salle du fond de notre café lorsque le jour annonçait par son déclin, la nuit complice, amusez-vous, me dit-il à le vérifier, la sensualité du mot et de la voix est plus profonde, ou pour le moins plus troublante, que celle des corps sans voix que vous et moi avons connus, connaissons ou connaîtront, à ce constat, permettez-moi d'ajouter que les voix et les mots, toujours, c'est là que le bât blesse, si je puis dire, vérifient la seule liberté du corps qui mérite, sa résurrection réelle, et j'ai vérifié tout cela dans ce cours poème, que voici :

" O toi, la belle, viens, qui loges dans les coeurs...
Lance, jette le feu, l'éclair de ta lueur !
Au travers de ta natte, éclaire et illumine
Comme lui le soleil dans toute sa splendeur,
Par-delà le rideau des nuées et des brumes.
Cesse de te tapir au fond de ta demeure,
Sors et cours vers l'amant, il incite au désir :
De tes lèvres la perle, oui il fera sortir
Comme tu as des flammes excavés son coeur. " (1)

C'est par ces mots qu'il prit congés.

à suivre

Philippe Chauché

(1) O toi, la belle.../ Moïse Ben Samuel Ibn Giquatilla / Poésie amoureuse hébraïque / traduct. Masha Itzhaki et Michel Garel / Somogy / Point

Eclairs Andalous



Le Baile : éclairs et éclats de vie, puissance sauvage d'une poésie de l'Instant.
Regardez, écoutez, ici Eva Yerbabuena danse, et Enrique Morante chante, et c'est une nouvelle preuve du retournement du Temps.
Elle sera mercredi soir sur la scène de l'Opéra Théâtre d'Avignon.

à suivre

Philippe Chauché

dimanche 5 avril 2009

L'Oeil du Peintre (2)



Tout est simple, c'est l'évidence, la nature de l'art, et l'art à son sommet, l'oeil joyeux du peintre, la transparence du trait agile, caisse de résonance de la peinture permanente, celle comme l'on dit d'hier, et donc d'aujourd'hui et de demain.
Les grands peintres, vérifiez-le en ce moment à la Fondation Lambert d'Avignon, sont de grands dessinateurs.

" ... Twombly est aussi un derviche tourneur. Comme l'a dit quelqu'un, pour dérider un peu ce vieux Freud : " Wo es war, Soll derwiche werden ! " Sa peinture est la transcription d'un certain nombre d'"éclats", de clartés et d'évanouissements de plaisirs. Il touche le papier pour s'atteindre, il se rappelle à lui en invoquant des noms de lui-même oubliés. Les résultats peuvent être exposés, on les disposera comme des partitions, des degrés en résonance. En deux parties, en trois, en sept, en neuf. Le nom de Twombly a sept lettres. Son prénom, deux. Sept plus deux, neuf. J'aime les noms de sept lettres, Picasso, Matisse, Pollock, de Kooning. Sept notes et neuf muses. Chaque moment plastique est suffisant, mais il est intéressant de disposer les courbures les unes par rapport aux autres. Style : c'était comme ça, un trait rouge... " (1)

à suivre

Philippe Chauché

(1) Les éphiphanies de Twombly / Eloge de l'infini / Philippe Sollers / Gallimard

samedi 4 avril 2009

L'Oeil du Peintre



Nous y sommes, nous sommes au centre tellurique de la peinture, dans sa transformation permanente, dans sa vibration, dans son accord au Temps.

" On doit arriver à une conception dynamique de la forme, on doit regarder en face cette vérité que toute forme humaine se trouve en état de transformation continuelle. (...) La seule façon d'éviter l'anarchie du changement consiste à prendre conscience des lois suivant lesquelles la transformation s'opère, et à s'en servir. C'est cette transformation que l'on appelle le style. " (1)

Le peintre se tient à l'écart, tout en étant face au monde, le peintre se méfie des représentations, de la modernité béate et de l'académisme niais, le peintre regarde d'un autre oeil, celui que seuls possèdent les hommes délivrés de la maladie de la mort, le peintre se tient à la bonne distance, que connaissent bien les écrivains libres, l'oeil du peintre emballe la toile et galope dans l'espace du Temps. La matière mouvante du mouvement lui appartient. Regardez ! Écoutez !



" Le style Jorn, c'est la liberté. Celle du courant. Et plus il le fait passer, plus l'un comme l'autre gagnent en force. Tout est fluide, tout doit se transformer. " (2)

Le peintre traverse le siècle, et tous les siècles irradient sa peinture, le peintre déchire le monde de la représentation et ses faux semblants mécaniques, ici les lourdeurs et les pleurs explosent, la ligne irradie la toile et c'est heureux.

" Les origines chamaniques universelles de l'art sont bien ancrées dans les cerveaux danois et, quelle que soit la raison moderne, peindre, pour Jorn comme pour les Vikings, c'est toujours laisser parler les Esprits. " Tout acte d'imagination est un acte magique, une prise de possession de l'objet désiré. " (2)

Jorn pour mémoire s'est un temps occupé à traduire Kafka en danois, à participer à la résistance à l'occupation nazie, d'apparaître dans la revue Le surréalisme révolutionnaire, à fonder le groupe Cobra, et avec Guy Debord l'Internationale Situationniste, et à ne cesser de peintre. Qui peut-dire d'ailleurs, s'il ne continue pas dans le silence de l'absence.

à suivre

Philippe Chauché



(1) Asger Jorn / Françoise Monnin / propos d'Asper Jorn / Polycrome / IDES ET CALENDES
(2) Asger Jorn / Françoise Monnin / Polycrome / IDES ET CALENDES

vendredi 3 avril 2009

Les Vertiges du Temps



Alors que les images " sans âme " poursuivent leur travail d'effroi, il est quelques vivants qui ici ou là, délivrent " la parole ". Pour s'en rendre compte il convient d'avoir en tête et en bouche toutes ces " paroles " qui ont " traversé le temps ", et qui par leur force, leur justesse, leur terrible et vivifiante présence ne sont pas autre chose que le Temps, à l'évidence il faut une fois toute avoir en tête que les livres sauvent, le curseur de l'histoire ne s'est jamais arrêté, leur tremblement présent en effraie plus d'un qui voudraient les remettre docilement à leur place, alors que leur présence aujourd'hui est une heureuse réalité.

" Il te faut avancer à tâtons en toi-même -
gratte le sol ! La terre a si peu livré ses secrets
que nul lait n'a encore jailli des tétons du poème. " (1)

" Les deux grands thèmes gnostiques - d'une part la connaissance et, d'autre part, la vie ou la résurrection - sont intimement liés dés le début du Livre de la Genèse. Il est intéressant, pour comprendre cette double importance et leur lien, d'évoquer leur intrication subtile. En plus des arbres au " bon goût ", figurent dans le jardin d'Eden deux arbres singuliers : l'arbre de la vie ainsi que l'arbre de la connaissance du bien et du mal. On croit connaître cette histoire sur le bout des doigts tant les Pères de l'Église - et en particulier Saint Augustin - ont glosé cette affaire. Pourtant, jeter un regard depuis l'herméneutique juive, change la perspective. D'abord, Dieu intime à Adam de manger de tous les arbres du jardin et ( il ne s'agit pas d'un mais ni d'un sauf ) de ne pas manger de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Nous avons donc en parallèle deux commandements qui semblent contradictoires. L'un est positif ( " tu mangeras " ), le second négatif ( " tu ne mangeras pas " ). Le judaïsme, dans l'élaboration de Loi, estime qu'un commandement positif domine un commandement négatif. Ainsi, Adam peut manger de l'arbre de la connaissance. Il est même contraint de le faire. De plus, ces deux arbres se trouvent au centre du jardin. Cet endroit ne possédant qu'un seul et unique centre, les deux arbres ne sont qu'un : connaissance et vie sont intimement liées. Le problème est la manière de manger de cet arbre. Si on le mange d'abord comme arbre de la connaissance, on devient mortel, ainsi qu'Adam le fait. C'est là que réside sa faute. S'il l'avait d'abord mangé comme arbre de vie puis comme arbre de la connaissance, il n'aurait jamais connu la mort. " (2)

" Il y a d'abord le Un, du Un émane le souffle, du souffle la pensée, de la pensée les plans, des plans les désignations, des désignations les tâches, des tâches les entreprises ; les entreprises appellent des contrats, les contrats établis, le moment opportun peut être fixé, des fruits peuvent en naître. La conjonction crée le moment, la conjonction des contrats crée les objectifs, la conjonction des objectifs apporte des résultats, l'accumulation des résultats entraîne la réussite ou l'échec, l'accumulation des succès et des échecs débouche sur la fortune ou l'infortune. L'ensemble de tous ces facteurs produit la victoire ou la défaite. C'est ainsi qu'il n'y a rien qui ne soit issu du souffle, parcouru par le principe constitutif, noué par les entreprises, régulé par le moment juste, soutenu par les dénominations, et accompli par les lois. " (3)

à suivre

Philippe Chauché

(1) L'EXODE / SUPER FLUMINA BABYLONIS / Le mal des fantômes / Benjamin Fondane / Verdier poche
(2) La Sagesse étrange des gnostiques / Sandrick Le Maguer / in Ligne de risque n° 24 / La sagesse qui vient / Février 2009
(3) Flux Circulaire / Le HO-KOUAN-TSEU / Précis de domination / par Le Maître à la crête de faisan / traduct. Jean Levi / Éditions Allia