lundi 28 novembre 2011

Par-delà Nice


" Le 2 décembre 1883, Nietzsche arrive à Nice. Il y séjourne jusqu'au 20 avril 1884. Il loue d'abord une chambre au 38 rue Ségurade, qui domine le vieux port qu'il doit contourner pour ses promenades au mont Boron, qui domine la petite maison où j'écris ces lignes.
Il s'installe ensuite dans la "cosmopolite" pension de Genève, où il séjournera à nouveau de décembre 1884 à avril 1885.
En novembre 1885, il quitte la pension de Genève pour le 26 rue Saint-François-de-Paule, un bel immeuble à l'angle du square des Phocéens. "Et quand je vous aurai dit comment s'appelle la place sur laquelle donne ma fenêtre (des arbres magnifiques, au loin de grands bâtiments rougeâtres, la mer et le galbe harmonieux de la Baie des Anges), à savoir "le square des Phocéens" (l'actuel cours Albert 1°), peut-être rirez-vous comme moi du formidable cosmopotilisme de cette association de mots. Les Phocéens se sont réellement installés ici à une certaine époque, mais il vibre quelque chose de triomphant et de supra-européen, quelque chose d'extrêmement réconfortant qui me dit : "Ici tu es à ta place." Lettre à Henrich Köselitz. " (1)

"Ici, tu es à ta place", c'est étonnant comme cette phrase de Nietzsche s'impose, qu'elle se vérifie dans chacun de ses déplacement, là dans le jardin qui domine la plaine, où les Papes aimaient à prendre, et à perdre leur temps, - une méditation et puis s'en va - il retrouve son olivier, un temps oublié, les deux bancs qui l'entourent s'offrent, comme ils s'offraient il y a quelques années, même lumière qui enveloppe, dévoile et voile à la fois, même douceur réconfortante d'hiver, dans le ciel vrillé de traînées grises, un corbeau bavard s'épanche à quelques mètres de lui, laissons aux oiseaux, pense-t-il, leurs coups de sang ; "Ici, tu es à ta place", la nature prouve la nécessité de répéter cette phrase de Nietzsche, mais aussi l'occasion et le motif, deux raisons supplémentaires d'être là et bien là, l'occasion, le motif, il lit sur son banc vert, cela se voit et s'entend, "Ici, tu est à ta place", échanges rapides entre les phrases, rativaillement permanent, l'odeur, de la terre en sommeil, des éclairs de soleil qui tombent sur son front, de l'arbre millénaire, de la cigarette qu'il vient d'allumer, silence, point de lendemain, solitude calme, que la nuit vienne, pense-il, "Ici, tu est à ta place".

" Groupez les lieux où de tout temps se soient trouvés des gens d'esprit, où l'ironie, la finesse, la malice aient toujours fait partie du bonheur : ils ont tous un air merveilleusement sec. Paris, la Provence, Florence, Jérusalem, Athènes, ces noms-là prouvent une chose : c'est que le génie ne saurait vivre sans un air sec et un ciel pur, c'est-à-dire sans échanges rapides, sans la possibilité de se ravitailler continuellement en énergie par énormes quantités. " (2)

à suivre

Philippe Chauché

(1) Costebelle, dimanche 2 décembre 2001 / Nouvelle liberté de pensée / Marcelin Pleynet / Éditions Marciana / 2011
(2) Ecce Homo / Friedrich Nietzsche / traduc. Alexandre Vialatte / 10-18 /1988

samedi 26 novembre 2011

Tout un Programme


Marquise de La Ferté Imbault 1715 - 1791

" Nos plaisirs amoureux cette seconde fois nous semblèrent plus solides ; nous crûmes de les savourer avec plus de délicatesse, nous y raisonnions dessus. Elle me pria de faire tout mon possible pur la rendre féconde, car dans le cas que son père s'obstinât à ne pas vouloir qu'elle se mariât si jeune, il changerait d'avis quand il la verrait grosse. J'ai dû lui faire un doctrinal par lequel elle comprit que l'enfantement ne pouvait dépendre de nous qu'en partie ; mais qu'il était probable qu'il arrivât une fois ou l'autre principalement quand nous nous trouverions dans la douce extase en même temps.
Travaillant donc à la chose avec étude et attention, après deux épreuves qui selon allèrent très bien, nous passâmes quatre bonnes heures à dormir. J'ai appelé ; on nous porta des bougies, et après avoir pris du café nous recommençâmes nos travaux amoureux pour parvenir à l'accord de cette mort source de vie qui devait assurer notre bonheur. Mais l'aube étant venue nous avertir que nous devions retourner à Venise, nous nous habillâmes à la hâte, et nous partîmes.
Nous fîmes la même partie le vendredi, et je crois devoir faire grâce au lecteur du détail de notre entretien qui quoique toujours nouveau pour ceux qui s'aiment, ne paraît souvent pas tel à ceux qui en écoutent les circonstances. Nous avons fixé notre dernière partie au jardin pour le lundi dernier jour des masques. La seule mort pouvait m'y faire manquer, car ce pouvait être le dernier jour de nos jouissances amoureuses. " (1)










- Casanova semble vous inspirer mon ami !


- Je vous avoue que vous m'inspirez en cette circonstance plus d'emportements que l'écrivain vénitien, sans pour autant lui enlever le moindre de ses mérites, dont le raisonnement amoureux, et vous l'avez je ne puis en douter, compris, s'appuie à la fois sur la volupté d'un corps qui sait s'offrir et d'un verbe qui ne se fixe point de limites, vous pouvez chère et douce amie inverser à loisir les deux propositions.


- Un peu comme vous m'invitez à inverser le motif.


- Je vois que mes leçons portent leurs fruits et vous rendent encore plus désirable.


- Et justement si vous m'en entreteniez une nouvelle fois !



" Ce n'est pas en dilettante que Casanova écrit ses Mémoires. Il écrit furieusement, dans une fièvre, un défi à ses forces physiques, incompréhensibles pour qui voulait réduire le comportement de Casanova écrivain à un simple passe-temps, une consolation pour libertin à la retraite. " J'écris treize heures par jour, qui me passent comme treize minutes ", peut-on lire dans une lettre à son ami Opiz. Et, ailleurs, dans la même correspondance : " J'écris du matin au soir et je peux vous assurer que j'écris même en dormant, car je rêve toujours d'écrire. " Cette omniprésence de l'écriture dans l'existence de Casanova au château de Dux, cet autre temps dans lequel il se jette éperdument ( le temps de la construction d'une phrase, de la recherche d'un mot, de la trouvaille d'une image ), ne signifient pas, par leur intensité, que Casanova, lorsqu'il écrit, est tout entier livré à son passé dans une sorte de fusion affective quasi hallucinatoire qui effacerait complètement la réalité qui l'entoure. Non, Casanova écrit d'où il est, c'est-à-dire de très loin. Et ce qu'il utilise de ses souvenirs est vu d'un regard froid... Le regard froid du libertin, mais aussi de celui de qui connaît soi-même et les autres d'un savoir où perce, sur le fond d'une tendresse, la nuance sûre d'un mépris... La positivité, l'euphorie des écrits de Casanova, ne renvoient pas à la naïveté d'un sujet content, mais à l'indifférence d'un sujet éloigné qui revit sa vie d'un point où tout cela ne le concerne plus et, sans doute, ne l'a jamais complètement concerné. " (2)






Catalogue, comme chez Da Ponte ( Casanova l'a aidé à quitter Venise où l'orage de l'inquisition grondait ) dans Don Giovanni de Mozart :




" La Tintoretta ( Venise ) Elle le reçoit en princesse et lui pose des questions en français. Henriette ( Parme ) La préférée. Aventurière déguisée en officier, femme du monde et musicienne... Elle est la parfaite incarnation de sa prédilection pour l'esprit français. Ancilla ( Lyon ) Grande courtisane vénitienne qui se vend pour très cher ou se donne pour rien, à condition qu'on sache lui expliquer la nature de son désir. Esther ( Amsterdam ) Quatorze ans, riche et célèbre. Une jolie peau, des yeux " parlants, très noirs et très fendus ". Joue très bien du clavecin, adore lire. ( nous sommes bien loin du tourisme sexuel dominant et des radotages de très vieux écrivains, des enflures publicitaires et marchandes de DSK et d'Onfray, ce siècle a les libertins qu'il mérite - c'est moi qui précise - ) L'actrice Toscani et sa petite fille ( Bonn ) Voluptueuse matinée avec elles deux. Il éteint en la mère le feu que l'enfant allume en son âme... Clémentine ( campagne milanaise ) Il lui offre des centaines de livres et des robes. Petite fille prostituée ( Vienne ) Elle le séduit par son latin. " (2)


- Vous voilà, me semble-t-il, bien heureuse.
- Ce qui se lisait sur mon ventre, se lit aussi sur mon visage.
- J'avoue chère élève, que vos progrés sont constants.
- Tout le mérite vous en revient.
- Je ne mérite d'autres mérites que celui de m'accorder avec une certaine oreille aux délices que vous me dévoilez.
- Alors nous poursuivons ?
- Et Casanova n'en sera pas dépaysé.

à suivre

Philippe Chauché

(1) Casanova / Histoire de ma vie / Robert Laffont / 1993
(2) Casanova Un voyage libertin /Chantal Thomas / Denoël

vendredi 25 novembre 2011

Lever de Rideau


photo Sasha Stone 1895-1940

" L'Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. - Après-midi piscine. "
2 août 1914 - Franz Kafka - Journal - traduc. Marthe Robert - Bernard Grasset Éditeur - 1954

- Toujours votre besoin de mélanger ce qui ne doit pas l'être !
- C'est vous qui le dites !
- Franchement, cher revenant, vous être vraiment obligé d'exhiber ainsi des filles nues ?
- Vous préféreriez peut-être, que je montre ici quelques barbus syriens qui se piquent de démocratie quand passent les Mirages 2000 ?
- Je vois pas le rapport !
- Moi si !

à suivre

Philippe Chauché

jeudi 24 novembre 2011

Les Surprises de Lamalattie



" Depuis quelques temps, je me sentais patraque. A vrai dire, rien de précis, une sorte de flottement, un ramollissement indéterminé. Dans la rue, mon regard continuait à se porter sur des femmes, machinalement. Après tout, regarder les femmes, c'est une chose à faire en marchant. C'est là que j'ai commencé à me poser des questions. Autrefois, je trouvais très plaisant d'observer leurs petits mouvements souples. En particulier, j'appréciais beaucoup cette alternance cadencée du plissement des fessiers et de la poussée des trochanters. Mais, depuis quelques temps, je ne les trouvais plus très bandantes, les piétonnes. Ça m'a fait réfléchir. Et j'ai pris rendez-vous avec le docteur Konstantinopoulos. " (1)

Il y a quelques semaines, j'ignorais tout de Pierre Lamalattie, précise-t-il, et puis lisant un billet affûté du seul philosophe balnéaire qui mérite attention, Frédéric Schiffter, note-t-il, dont l'adresse apparaît dans un coin de cet écritoire, lisant disais-je ce billet, j'ai échangé un billet et deux piécettes contre le livre cité par le pourfendeur de Proudhon, cet idéologue des basses oeuvres, qui a dans les ragots d'Onfray trouvé un admirateur boutonneux et alter mondialiste, ce livre donc, est celui d'un peintre, dont les coups de plumes ont le même tranchant que les coups de pinceau, dandy amusant et amusé dont la dent est aussi dure que les fonds de ses toiles. Lamalattie écrit comme il peint, il écrit d'ailleurs ce qu'il va peindre, et c'est mille fois plus réjouissant que tout ce que l'on peut voir et lire aujourd'hui des installateurs et performers qui dominent le marché noir de l'art.
Le narrateur, peintre pour un temps, fonctionnaire pour l'autre, est toujours dans la position du gardien de but au moment du penalty, c'est dire que ce qui l'attend n'est pas si je puis écrire, de tout repos, il croise ces humanoïdes qui tentent à chaque seconde de se coller à votre peau, pour souvent vous la faire, comme une moule à son rocher, et réussit avec talent à s'en éloigner, car il est des fréquentations qui sont tout aussi risquées que celle des islamistes slameurs, des écologistes rapeurs ou des frontistes à capuches, l'enfer est là, et il le sait, pense-t-il, mais heureusement qu'il écoute Mozart avec sa mère ou flirte vivement avec une amoureuse retrouvée dont les seins méritent bien un roman.




" Quoi de mieux, en effet, pour parler de la vie des hommes et des femmes d'aujourd'hui, que des curriculum vitae ? C'est, à notre époque, un exercice qui a beaucoup de pratiquants. Un CV, c'est moins long qu'une biographie et souvent plus vrai... plus tragiquement vrai... Les cabinets de recrutement sont formels : un bon curriculum vitae, ça doit se lire d'un seul coup d'oeil. C'est quelques mots-clés et un bon visuel. Pas besoin de se cacher derrière les détails. Il faut résumer une vie à l'essentiel. D'ailleurs, avec un peu d'entraînement, l'existence se résume très facilement. Donc, mes peintures seront des sortes de curriculum vitae ; en haut le prénom de l'intéressé, au milieu son portrait, façon photo d'identité, brossé dans des gris argentiques, en bas quelques mots résumant ou révélant sa vie.
L'exposition serait intitulée simplement :
121 curriculum vitae pour un tombeau " (1)



" Quand un fond part bien, on a l'impression que des hasards y déploient naturellement des formes. Je prends un exemple. Dans un vieux mur, il y a des coulures, des salissures, des tags, des morceaux d'affiche déchirées, des mousses, des lichens. Toutes ces détériorations sont intervenues au hasard, mais on sent bien que ces aléas obéissent à une certaine logique et produisent une impression d'unité. Le fond d'une peinture, c'est un peu la même chose. Je suis attaché à ce qu'il y ait des hasards, qu'il y ait une richesse de formes dépassant la rationalité de l'artiste. J'aime bien que le fond crée une espèce d'état de nature dans lequel, dans un deuxième temps, la figuration interviendra. " (1)

à suivre

Philippe Chauché

(1) 121 curriculum vitae pour un tombeau / Pierre Lamalattie / L'Editeur / 2011

samedi 19 novembre 2011

L'Art du Refus



" Tout ne dois pas s'accorder, ni à tous. Savoir refuser est d'aussi grande importance, que savoir octroyer ; et c'est un point très nécessaire à ceux qui commandent. Il y va de la manière. Un NON de quelques-uns est mieux reçu, qu'un OUI de quelques autres, parce qu'un NON assaisonné de civilité contente plus qu'un OUI de mauvaise grâce. Il y a des gens, qui ont toujours un NON à la bouche, le NON est toujours leur première réponse, et quoiqu'il leur arrive après de tout accorder, on ne leur en sait point gré, à cause du NON mal assaisonné, qui a précédé. Il ne faut pas refuser tout-à-plat, mais faire goûter son refus à petites gorgées, pour ainsi dire. Il ne faut pas non plus tout refuser, de peur de désespérer les gens, mais au contraire laisser toujours un reste d'espérance, pour adoucir l'amertume du refus. Que la courtoisie remplisse le vide de la faveur, et que les bonnes paroles suppléent au défaut des bons effets. OUI et NON sont biens courts à dire ; mais avant que de les dire, il faut y penser longtemps. " (1)

- Vous me désirez ?
- Oui et Non !
- Je vous reconnais bien là ! Vos hésitations vont bien finir par vous perdre.
- Je n'hésite pas chère curieuse, j'affirme que je vous désire et qu'en même temps, je me détache volontiers de ce désir.
- Vous semblez ignorer, que j'attends de vous une réponse claire, et je parierai quelques fortunes, que je suis loin d'être la première à ainsi vous questionner.
- Le désir, chère volage, ne s'interroge pas, disons qu'il se vit sur le motif.
- Et mon motif vous inspire ?
- Je dois vous confesser, que sur l'instant, il me procure un plaisir semblable à celui que j'éprouve à écouter quelques pièces pour clavecin du vieux Bach, et que je me mettrai bien à déchiffrer au plus près votre partition.
- L'instant, j'entends bien, mais...
- Point de mais à l'instant, point de suite au motif...
- Mais, la beauté du désir, réside dans la et les manières de l'accompagner.
- Je m'avoue vaincu, je vous raccompagne chez moi.

à suivre

Philippe Chauché


(1) L'Homme de cour / Baltasar Gracian / traduc. Amelot de La Houssaie / Édition de Sylvia Roubaud / Folio classique / Gallimard / 2010

vendredi 18 novembre 2011

L'Unique


José Tomás Román

" Mardi 28 mai 202. Il fait 33° à 19 heures, et plus de 80 autour de Las Ventas. José Tomás est à nouveau à l'affiche. Climat électrique... Dans le silence, José Tomás le conduit au centre sans le brusquer. La tauromachie le dit en sourdine : pour éponger l'agressivité, l'écoper, la douceur des gestes est la seule médecine. Lui le martèle dans ses déclarations lorsqu'il en faisait : dans le combat avec le toro, " la violence n'est pas la solution. Les violences s'additionnent. " Tomás prend sa muleta dans la main gauche. Ringollano défend son espace. Un toro aigre, plein d'amertume, un toro plein de chiens de garde, de fer barbelé, d'aboiements et de couteaux. Un crotale. Tomás s'incruste froidement à portée de son venin ; casse la dureté de Ringollano sur les tables de la loi de ses fémorales ; se met là où Ringollano n'a d'autres choix que celui-ci : finir par reconnaître son maître, s'ouvrir et se laisser aller, ou bien le massacrer. Légitime défense. Tomás le torée par naturelles sur ce rasoir. Sur ce fil strict, à Madrid, il veut bien être coupé en deux et s'allonger dans les faire-part. Il pétrit patiemment à petits coups subtils de poignet la rudesse de Ringollano. Il torée d'abord sans trop de lenteur, au rythme plutôt abrupt du toro. Puis il s'insinue dans sa réticence et, ce faisant, dans Las Ventas. Vingt mille paire d'yeux pointés sur cet exorcisme. Au soleil, une demi-douzaine de crétins sifflent, on ne sait trop pourquoi. A cause de l'an passé, sans doute. Tomás : ses mouvements se font plus lents. Le toro, petit à petit, accepte mieux de pénétrer dans sa muleta. Lui, de plus en plus statufié. Paradoxe de l'art du toreo où l'immobilité rend les choses fluides. Las Ventas voit bien ce travail d'érosion qui s'accomplit avec de petits mouvements de tissu, une méticulosité de joaillier. C'est long, un avis sonne, Tomás semble s'en foutre. Le scepticisme du public lui aussi avance dans la faena. Il se fissure, commence à se lézarder, à fondre, à craquer. La ferveur d'avant corrida remonte à la surface du combat comme un poisson venu du plus profond. L'attende a trouvé son objet. Madrid applaudit, puis quelque chose démarre. Les olé ! claquent, rebondissent, puis ils s'amplifient, puis ils sont hurlés à mesure que Tomás, pieds comme sciés, toujours de la gauche, prend le pouvoir, tout le pouvoir sur Ringollano, sur Las Ventas, sur son coeur, sur l'ontologique méfiance de cette foule à qui on ne fait pas, jamais. Ses naturelles, ceinture brisée, sont de plus en plus lentes, longues, profondes, libérées de quelque chose. Chacune déchire quelque chose dans chacun. Chacune sue le courage pur : " Barbare ", murmure quelqu'un, Qué barbaro ! Plus de siffleurs. Quelqu'un aura eu la bonne idée de les étouffer. Chacun se sent partie d'un tout. Ce tout casse sa voix. Ce tout n'a rien de plus important à voir au monde que ça... " (1)


photo Daniel Ochoa De Olza

Román, quel nom pour un torero ! Et pour qui sait encore voir ce qui se joue là, dans les ruedos, cela saute aux yeux ; Tomás, se joue des toros, comme un écrivain des mots et des phrases qu'il soumet à son style, à sa saveur et à son savoir, mais sans que jamais cela ne se voit, définition de l'art absolu, de l'art total, aristocrate - l'art bourgeois est son contraire, il met continûment en avant les vilaines façons qui le nourrissent, il est fait d'enflures, de tocs et de tics, revanchard et emplumé avant d'être embaumé - où l'échec est une grâce, et où l'éblouissement une évidence, Tomás, c'est tout cela et moins encore, et c'est cela qui le rend unique.

à suivre

Philippe Chauché



(1) José Tomás Román / Jacques Durand / Actes Sud / 2007

jeudi 17 novembre 2011

Autres Temps !





Pierre Dumayet 1923 - 2011

Autres temps, autres manières, d'une télé l'autre !

à suivre

Philippe Chauché

mercredi 16 novembre 2011

L'Isolé



" Qui me confirmera qu'il est vrai ou vraisemblable que c'est uniquement par suite de ma vocation littéraire que je ne m'intéresse à rien et suis par conséquent insensible. "(1)

Écrire c'est à chaque seconde affirmer son isolement choisi, note-t-il, un isolement libre, isolé, je le suis devenu, libre, je le suis à chaque phrase écrite, loin, si éloigné de la moraline sociale dominante.

à suivre

Philippe Chauché

(1) Kafka / Journal / traduc. Marthe Robert / Grasset / 1954

lundi 14 novembre 2011

Ma Librairie (28)



" Les arbres sont des alphabets, disaient les Grecs. Parmi tous les arbres-lettres, le palmier est le plus beau. De l'écriture, profuse et distincte comme le jet de ses palmes, il possède l'effet majeur : la retombée. " (1)

" Français par les fruits ( comme d'autres le furent " par les femmes " ) : goût des poires, des cerises, des framboises ; déjà moindre pour les oranges ; et tout à fait nul pour les fruits exotiques, mangues, goyaves, lichees. " (1)

" L'Amateur ( celui qui fait de la peinture, de la musique, du sport, de la science, sans esprit, de la science, sans esprit de maîtrise ou de compétition ), l'Amateur reconduit sa jouissance ( amator : qui aime et aime encore ) ; ce n'est nullement un héros ( de la création, de la performance ) ; il s'installe gracieusement ( pour rien ) dans le signifiant : dans la matière immédiatement définitive de la musique, de la peinture ; sa pratique, ordinairement, ne comporte aucun rubato ( ce vol de l'objet au profit de l'attribut ) ; il est - il sera peut-être - l'artiste contre-bourgeois. " (1)

Souvent, lorsqu'il fait le voyage jusqu'à ces terres qui ont un certain talent - l'Océan ( la majuscule s'impose ), vague à l'âme, décrite avec tout le talent qu'il lui connaît par un ameor sans qualités et sentimental - et qu'il s'aventure sur la route d'Urt, bords d'Adour - bords d'Amour - la lumière unique - la lumière seule - aux contours saisissants, réjouissants et troublants - réjouissance du trouble, trouble des réjouissances - qui le conduit, note-t-il, au village et à la tombe, poignée de petits cailloux, assemblés et désassemblés - l'art Juif - déposés avec tact - le tact anglais de Roland Barthes ( le toucher, le tangible ), mais aussi une belle élégance non tapageuse - la haine du tapage - passage par les mots et le texte, silence - ce qui l'occupe - puis retour, écrit-il, par le même chemin, avec une dernière escale aux Allées Marines - baisers d'iode - avant d'ouvrir allongé une nouvelle fois le petit livre, même ressenti sur le motif, un après-midi d'automne dans la montée du Jardins des Doms - un don -.


à suivre

Philippe Chauché

(1) Roland Barthes par Roland Barthes / Ecrivains de toujours / Seuil / 1975

Le Rire du Solitaire



à suivre

Philippe Chauché

dimanche 13 novembre 2011

Les Peintres


Giorgio de Castelfranco dit Giorgione - 1477-1510

" Combien ça dure la peinture ? Autant que ces corps en train de fondre ? Pas même. Le temps d'une brève déflagration et ça rentre dans l'ombre d'où ça n'aurait jamais dû sortir. Dans l'ombre des musées, dans l'ombre des foules à pieds soudés qui les visitent, dans celle de notre propre nuit marmiteuse où nous retournons vite fait. " (1)

Durée de la mémoire d'un tableau : de l'instant de l'éclair de l'oeil - appendre à regarder d'un seul oeil, jamais le même - à celui parfois fumeux de la mémoire - cimetière où l'on ne sait donner de la tête - ce qui n'est jamais très éloigné de l'idée de l'amour.

" Delacroix : " Pour peindre, nécessité d'avoir la fièvre. "
Poussin : " Peignant, je me sens enflammé. "
La vitesse. Pas celle qui se déplace d'un point à un autre, mais celle qui fait du sur place, vous cloue au sol, et c'est le monde alors qui vous traverse. La vitesse que vous communique une forte fièvre, une joie intense, ou la douleur... " (1)


Nicolas Poussin - 1594-1665

Dans toutes les situations, garder toujours un oeil sur les classiques, ne jamais s'en défaire, leur être d'une fidélité croissante, et embrasser les modernes sans pudeur. Etre de son siècle, ne doit jamais sauter aux yeux.

" L'humour de De Kooning : sa plus sûre parade face aux agressives, aux monstrueuses contorsions de ses épouvantails numérotés. Je veux parler de ceux qu'on entretient à demeure, à l'intérieur de soi-même, qui font dire à la plupart des peintres, sur le ton de la naïveté et de l'extase : " Tiens ! je suis habité par un espace sans mesure, par un temps sans limites ", alors qu'il s'agit plus prosaïquement, encore et toujours, du bon gros nucléus de l'être enfermé dans son étroit meublé de viscères, dans cette flasque ceinture de fertilité, résidu d'un très vieux et très gluant cordon ombilical avec quoi l'espèce nous a insensiblement garrottés. Cet assemblage de deltas et de marécages sanglants dans quoi le moi se désaltère, De Kooning ne les ripole pas, comme le font les grands rouleurs de mécaniques avant-gardistes, à l'aide des Grandes Primaires. A la différence des Léger, Mondrian, Malevitch, Kandinsky, Newman. Les bleus, les rouges, les jaunes ne lui font ni chaud ni froid, ni peur, ni jouir. C'est un réaliste, De Kooning. Il peint ce qu'il voit, en toute humilité, et ce qu'il voit a de drôles de couleurs : ça brille ou c'est complètement plat, ce sont des tons indescriptibles, des orange, des violets, des roses pas possibles, des gris-brun, des gris acier et surtout la teinte la plus affectionnée, celle ( the fleshy part ) dite du " foie cuit coupé "... " (1)


Willem de Kooning - 1904-1997

Le peintre : au dessus du Volcan, toutes les couleurs du mouvement de la lave, sans craindre d'y sombrer.

à suivre

Philippe Chauché

(1) La Peinture et le Mal / Jacques Henric / Exils - essai / 2000

samedi 12 novembre 2011

L'Art de la Prudence



" Circé. - ... Il vous faudra d'abord passer près des Sirènes. Elles charment tous les mortels qui les approchent. Mais bien fou qui relâche pour entendre leurs chants ! Jamais en son logis, sa femme et ses enfants ne fêtent son retour : car, de leurs fraîches voix, les Sirènes le charment, et le pré, leur séjour, est bordé d'un d'un rivage tout blanchi d'ossements et de débris humains, dont les chairs se corrompent... Passe sans t'arrêter ! Mais pétris de la cire à la douceur de miel et, de tes compagnons, bouche les deux oreilles : que pas un d'eux n'entende ; toi seul, dans le croiseur, écoute, si tu veux ! mais, pieds et mains liées, debout sur l'emplanture, fais-toi fixer au mât pour goûter le plaisir d'entendre la chanson, et, si tu le priais, si tu leur commandais de desserrer les noeuds, que tes gens aussitôt donnent un tour de plus ! " (1)

Quelques conseils pratiques pour éviter l'envoûtement des Sirènes :

- changer d'avis toutes les minutes, jusqu'à les agacer.
- être terriblement désagréable.
- s'endormir discrètement au moment où la discussion porte sur le féminisme comme solution à la crise de la dette.
- affirmer, qu'à tout choisir, on s'amuse beaucoup plus chez Guitry que chez Duras.
- en cas de danger réel, se parer de ridicule.
- face à une trop grande insistance les inviter à vous parler de Paul Claudel et de Rodin, en sachant que c'est Camille qui les occupe.
- leur demander si les chiennes de garde sont vaccinées contre la rage.
- leur offrir un exemplaire dédicacé de La vie sexuelle de Catherine M.
- si vous tombez dans leurs bras, ne prendre aucune initiative prétextant une sciatique.
- leur offrir une arme de poing chargée, " ainsi tout ira plus vite ".


à suivre

Philippe Chauché

(1) Odysée / Homère / traduc. Victor Bérard / Bibliothèque de la Pléiade / Gallimard / 1955

vendredi 11 novembre 2011

Ma Librairie (27)


Gian Lorenzo Bernini

" Paris, jeudi 11 janvier

Poésie et pensée. Imaginons le commencement d'un livre. Incipit. Imaginons un livre... occupé d'une pensée qui vient d'ailleurs, et s'employant à se tenir devant cette pensée : " Si on connaît les commencements, on connaît les fins. Nombres et choses continuent indéfiniment, comment pouvoir savoir ce qui est commencent et ce qui est fin ? " Tshai Chhen ( penseur chinois du XII° siécle, cité par Joseph Needham, Science et civilisation en Chine, vol II ). " (1)

" Nice, mardi 23 janvier

Céline échange le manuscrit du Voyage au bout de la nuit contre un " petit Renoir ". " (1)

" Nice, mardi 30 janvier

Pourquoi Molière meut-il sur scène ? Parce que c'est là.
Pourquoi Cézanne va-t-il chaque matin travailler sur le motif ? Parce que c'est là. " (1)

" Paris, jeudi 22 févier

Le 27 février 1907, sur Les Demoiselles d'Avignon in progress : " Dîné chez Picasso, vu sa nouvelle peinture : couleurs égales, rose de chairs, de fleurs, etc., têtes de femmes pareilles et simples, têtes d'hommes aussi. Admirable langage que nulle littérature ne peut indiquer, car nos mots sont faits d'avance. Hélas ! ( à propos d'Apollinaire illégitime ) " (1)

" Nice, jeudi 1° mars

Neige sur les montagnes qui dominent Nice - l'horizon se rapproche, brusquement dressé au-dessus de la ville. Soleil vif et comme un miroir éblouissant, en face de la maison... percée d'où se découvre la mer et son étendue. " (1)

" Dimanche 29 avril

En novembre 1896, Claudel écrit à Mallarmé : "... ignorant la photographie, je suis obligé, pour donner quelque fixité au passé, de me servir de l'art et du métier dont je dispose. " (1)

" Nice, Costebelle, lundi 22 octobre

Nietzsche à Nice
Nietzsche , venant de Venise, arrive à Nice le 22 octobre 1887. Il y séjourne jusqu'au début avril 1888. Lecture de Montaigne, Galiani, Lettres à Madame d'Epinay, Baudelaire, Oeuvres posthumes, Dostoïevski, Les Possédés ( traduction par V. Derély ).
" L'hiver... sous le ciel alcyonien de Nice, qui alors illuminait pour la première fois ma vie, je trouvais la troisième partie de Zarathoustra. " (1)

Céline, Cézanne, Apollinaire, Claudel, Nietzsche : tout l'art d'écrire et de peindre sur le motif, ce journal en témoigne admirablement et avec allégresse, liberté libre de l'écrivain engagé dans le siècle, s'accordant en permanence aux siècles passés par un regard circulaire, vertical et horizontal, une manière d'embrasser la beauté, et de vivre dans l'art du détachement, et le détachement de l'art, seule radicalité in progress.


à suivre

Philippe Chauché

(1) Nouvelle liberté de pensée / Marcelin Pleynet / Éditions Marciana / 2011

jeudi 10 novembre 2011

Autre Époque ?


photo Helmut Newton

" Je tiens pour un avantage, disait quelqu'un, de pouvoir me battre en duel quand j'en ai absolument besoin ; car il y a toujours de braves camarades autour de moi. Le duel est la dernière voie parfaitement honorable qui nous reste pour nous suicider, c'est malheureusement un chemin détourné et qui n'est pas vraiment sûr. " (1)

à suivre, 5 heures du matin, mes témoins sont prévenus.

Philippe Chauché

(1) Aurore / Livre quatrième / Friedrich Nietzsche / traduc. Julien Hervier / Gallimard / 1980

mercredi 9 novembre 2011

Faenas (5)

José Bergamin y Raphaël Alberti - Las Ventas - Madrid


" Le spectacle d'une course de taureaux ne vaut pas seulement par l'impression sensible que nous en recevons, si forte soit-elle. Plus cette impression sera uniquement sensible, moins elle sera intelligible, et plus il nous sera difficile, de lui attribuer une valeur morale et esthétique. Pour savoir ce que vaut moralement ou esthétiquement le toreo, il faut avant tout le comprendre. Et comment le pourrions-nous s'il répugne à notre sensibilité, si celle-ci s'oppose obscurément à lui ? Ceux qui, sous prétexte d'une exquise sensibilité, se refusent à comprendre cet art pourront se vanter de tout ce qu'ils voudront, de tout absolument sauf d'intelligence. Ils pourront se targuer d'une sensibilité instinctive, primitive, rudimentaire, toute de réflexes comme celle de l'animal, sans que ces réflexes psychopathétiques révèlent pour autant une sensibilité délicate... Une sensibilité vraiment délicate est une sensibilité ferme, sûre, exercée, comme celle d'un chirurgien, c'est-à-dire de conception ou de rationalisation ultra-rapide. Et seule cette rapidité fonctionnelle, à partir de la sensation, peut permettre le toreo, c'est-à-dire l'abstraction, la conceptualisation immédiate par la pensée d'une expérience sensorielle : vérification dangereuse relations évidentes qui se déroulent dans le temps et l'espace sensibles, avec l'exactitude précise et abstraite d'un temps et d'un espace mathématiques... Le toreo est un jeu vif de l'intelligence, si exclusivement intelligent que la plus infime erreur contre l'exactitude, dans l'exécution de suertes, peut coûter la vie au combattant. " (1)




Le jeu vif de l'intelligence, voilà note-t-il, une bien belle manière de définir le toreo, cet art de l'abstraction que tous nos aimables nationalistes catalans, altermondialistes amis des animaux, philosophes chichiteux et chansonniers populaires ne peuvent en saisir la portée tellurique et soyeuse, cet art de géographes et de mathématiciens lettrés est insaisissable, sauf à être un adepte du savoir et de la saveur.





El Juli

à suivre

Philippe Chauché

(1) José Bergamin / L'art du Birlibirloque / traduc. Marie-Amélie Sarrailh / Le temps qu'il fait / 1992

lundi 7 novembre 2011

L'Écrivain de l'Invisible



Pascal Quignard, écrivain de l'Invisible, de la Nuit Sexuelle et des Ténèbres, écrivain musicien - comment être l'un sans être l'autre ? -, maître de l'art de la disparition de l'écriture qui renaît dans la précision des phrases, le tranchant des verbes, et la verticalité des citations, pense-t-il, écrivain romain à la langue intouchable. Ses livres : partitions du secret de l'oubli qui tournent dans la nuit, avant que d'être recouvertes de laves.

" Fragment de Marc Aurèle : Tout se passe dans les temps d'aujourd'hui comme dans les temps de ceux que nous avons mis au tombeau. Toute l'étrangeté est rendue
habituelle par l'expérience ;
éphémère par le temps ;
vile par la matière ;
bondissante par la source. " (1)

Pascal Quignard, écrivain du retrait, du trait et du foudroiement.

" La fulguration ( le coup de foudre ), l'angoisse, la fascination, le rêve à l'origine sont la même chose ( ni image ni signe encore ).
Fulgura en latin ne sont pas seulement les éclairs et la foudre qui en eux se déverse du ciel et tombe : ce sont aussi les objets sacrés, les objets fanatiques, les objets intouchables.
A Rome tout objet frappé par la foudre est séparé, sacré, secret, enfoui, vénéré, inhumé, est comme un aïeul.
Il est aussi comme un amant. " (2)

Choisir un titre, tout un art ! Concentré chimique, tellur, rayon de soleil qui traverse un vitrail et n'en dévoile qu'une forme en devenir, trinchera - Manzanares -, première primevère fixée sur un chemin qui me conduit, note-t-il, à une source miraculeuse - tentative de définition du roman ! - épaule découverte dans l'ébauche d'une danse de séduction - la danse est-elle autre chose ? - première secousse tellurique de la littérature ( autre point cardinal où elle rencontre le toreo ) - sentez-vous, note-t-il, comme il tremble ? - inutilité - voyez-vous tous ces livres utiles qui encombrent les librairies ? - détachement lettré, abandon soyeux et douloureux, toujours vérifié ce qui s'est écrit, ce que les anciens ont porté - on porte sa plume comme une arme ! - sage traversée de la bibliothèque éternelle, en ce livre glisser toute les bibliothèques enfouies.
Les Titres, Art Majuscule : La Barque Silencieuse - Abîmes - Carus - Le Sexe et l'Effroi - Les Paradisiaques - Le Voeu de Silence - La Nuit Sexuelle, tant de titres devenus des livres, comme parfois tant de regards fixent à jamais le mouvement du temps.



Les premiers phrases, art de saisir dans le mouvement de l'écriture la fureur et la joie qui pour la première fois s'offrent - offrande de la page comme on le disait d'un corps dans les temps anciens ? -, mais aussi graver dans le marbre sa destinée,
ses solidarités mystérieuses.

" Sur la falaise, immobile, le corps dans le vent, dans le ciel, elle redevient heureuse.
Elle écoute, en contrebas, la mer.
Elle ferme les yeux. " (3)

à suivre

Philippe Chauché

(1) Les Paradisiaques / Pascal Quignard / Grasset / 2005
(2) Vie Secrète / Pascal Quignard / Gallimard / 1998
(3) Les solidarités secrètes / Pascal Quignard / Gallimard / 2011

dimanche 6 novembre 2011

samedi 5 novembre 2011

Ma Librairie (26)


Mark Rothko - Hommage à Matisse - 1954

" Rotkho a voulu, c'est incontestable, laisser attaché à son oeuvre ce signe, cette référence explicite à un peintre français et, je dirais même, au plus français des peintres : Matisse. On peut bien entendu par ailleurs débattre de la connaissance que Rothko avait de l'oeuvre de Bonnard. Mais, une fois encore, si l'on ne s'en tient pas à la vulgarité anecdotique des analogies formelles, ou chromatiques, on peut comprendre comment, et pourquoi, Rothko s'est employé à associer à son oeuvre le nom de Matisse... c'est une fois encore dans un état d'esprit où la peinture est d'abord prise en compte comme ce qui dans l'oeuvre est à l'oeuvre et traverse la peinture : ce qui traverse l'oeuvre de Matisse, comme ce qui traverse l'oeuvre de Rothko, ce qui de l'oeuvre de Matisse comme l'oeuvre de Rothko fait signe à la vérité ; à cette étonnante et fabuleuse découverte déclarative de Cézanne : " Je vous dois la vérité en peinture et je vous la dirai ". N'est-ce pas d'abord cela qui s'impose, et avec qu'elle hauteur, au seuil du XX° siècle, dans la peinture de ce vrai " primitif d'un art nouveau " qu'est Paul Cézanne ? N'est-ce pas d'abord cela qui dans l'oeuvre est à l'oeuvre, pour toute oeuvre qui mérite ce nom ? " (1)



Matisse, Cézanne, Picasso, et pour certains Bonnard - quoi qu'en pense Marcelin Pleynet, seul peintre, note-t-il, qu'il semble ne pas avoir su ou voulu voir, et pourtant les liens entre Bonnard et Matisse sautent aux yeux et au coeur : le manifeste de la couleur confronté à celui de la nature - il est heureux de voir à quels points ils ont été essentiels et nécessaires à ces artistes qui ont donné aux États Unis, les oeuvres les plus bouleversantes du XX° siècle, ils ont pour nom : de Kooning, Rohtko, Motherwell, Pollock, puis plus tard, Rauschengerg, Mitchell et Stella. Cette situation unique vérifie l'exceptionnelle vitalité, la superbe, l'éclat, et l'invention permanente de la peinture française - traversée de deux siècles - et la clairvoyance des américains libres de la liberté libre de la peinture française.
Et aujourd'hui : vide sidéral, absences d'admirations et blabla généralisé d'un art de boutiquiers sans mémoire.



" La couleur est le lieu où notre cerveau et l'univers se rencontrent, c'est pourquoi elle apparaît toute dramatique au vrai peintre. "
Paul Cézanne cité par Marcelin Pleynet (1)

La couleur, donc, ces couleurs, pôle autour dequel tourne le peintre, et qui va de soi dans sa troublante réalité, dans sa dramatique apparition, comme le dit si justement Cézanne, note-t-il, la couleur dont on ne défait jamais, révélation, action - comme cela se dit au cinéma avant que les comédiens ne jouent la scène qui leur est demandée - et admiration, la couleur à prendre toujours avec la bonne distance qui convient à l'artiste - le motif toujours le motif - car elle se dérobe souvent, la couleur comme état du monde, voyez-mes couleurs et leurs compositions, vous saurez où j'en suis, et où en est le monde. Les couleurs du XXI° siècle : invisibles !

à suivre

Philippe Chauché


(1) Rothko et la France / Marcelin Pleynet / Les Éditions de l'Epure / 2005

vendredi 4 novembre 2011

Les Couleurs du Jour









Vous affichez Rothko alors que l'Europe tremble ?
Les couleurs nous préservent des humeurs des hommes !


à suivre

Philippe Chauché

jeudi 3 novembre 2011

Faenas (4)



Pas un mot sur l'attentat qui a détruit les locaux de Charlie Hebdo ?
Contre qui ?
Vous savez-bien que la démocratie est en danger en France ?
La quoi ?
Allons, un peu de sérieux, la liberté d'expression est menacée !
Non, c'est incroyable, et l'on ne m'a rien dit !

à suivre

Philippe Chauché

mercredi 2 novembre 2011

Faenas (3)


Kiki de Montparnasse - Man Ray

Le regard vertical est toujours une aventure.

à suivre

Philippe Chauché

mardi 1 novembre 2011

Faenas (2)



Verticalité du Flamenco.

à suivre

Philippe Chauché