dimanche 22 septembre 2019

Duetto dans La Cause Littéraire








Carson McCullers - Josyane Savigneau
 
« J’ai passé trois ans en compagnie de Carson, et après avoir fini cette biographie, Carson McCullers, Un cœur de jeune fille (Stock), j’avais envie de reprendre cette phrase qu’un étudiant lui avait lancée à la fin d’une conférence : “Mrs McCullers je vous aime” ».
Josyane Savigneau a des principes et du talent, principes dans ses passions littéraires (Marguerite Yourcenar, Philip Roth, Simone de Beauvoir, Philippe Sollers, Dominique Rolin (la clandestine), Françoise Sagan : cette femme qui était pour moi le meilleur écrivain, le plus sensible en tout cas, de l’Amérique d’alors : Carson McCullers), et le talent pour saisir en deux phrases et trois remarques ce qui fait l’originalité et la force de l’écrivain du Sud : ce Sud qui l’obsède, qu’elle rejette et vers lequel elle revient toujours. Un art du roman (La passion des écrivains, Gallimard), qui effleure, parfume, envoûte, trouble le lecteur, une musique unique, le style, la composition – comme dirait son ami Philippe Sollers –, parfois un tressaillement, un tremblement magnifique, une leçon d’écriture.
 
 
 


Jean-Claude Izzo, Jean-Marc Matalon :

Une ville, comme passion commune : Marseille. Jean-Marc Matalon et Fabio Montale, l’ombre littéraire de Jean-Claude Izzo, la connaissent sur le bout des doigts, aucun quartier ne leur échappe, Le Panier, la Cannebière, le Palais du Pharo, le Vieux Port, les rues de Marseille la frondeuse, gardent la silhouette de l’ancien journaliste de La Marseillaise devenu auteur à succès de la Série Noire : « Total Khéops, Chourmo, Soléa… Trois enquêtes à tiroir dans lesquelles les mêmes personnages surgissent et s’effacent dans l’ombre de Fabio Montale pour composer la trilogie marseillaise de Jean-Claude Izzo. Soixante ans après celle de Pagnol, le journaliste devenu romancier ne parle en réalité que de sa ville à travers ces trois histoires gorgées d’amour et de mort ».
Les grands écrivains de romans policiers sont des géographes et des sismologues, leur mémoire vibre quand leurs pieds arpentent une rue, quand leur regard se pose sur le large, loin du sang, des trahisons et du désespoir. Leurs biographes doivent avoir les mêmes exigences, se livrer aux mêmes dérives, avoir du flair, et l’oreille fine, Jean-Marc Matalon en regorge.





Belmondo et moi Noblesse du barbecue, Thomas Morales (Duetto, hors collection), Un été chez Max Pécas (Pierre-Guillaume de Roux, juillet 2019, 15 €) :

« Catherine Deneuve est enfin devenue une femme et pas cette blondinette asexuée des années 70. Je me garde bien de l’avouer à Julia qui ressemble à Deneuve dans L’Africain et roule en Mini. Belmondo porte des chemises à carreaux avec les manches retroussées sur l’île de la Réunion dans ce film de Truffaut. Là aussi, il est le seul à pouvoir se permettre cet accoutrement », La Sirène du Mississippi, 1969.
« Bon ou mauvais, on ne saurait dire, fruité ou pétillant, on s’en fout, charpenté ou léger, ça reste un mystère, le rosé ne se déguste pas, ne s’explique pas, il se boit dans les rires sous les parasols », Noblesse du barbecue.
Thomas Morales a l’art de tout dynamiter sur son passage, son arme : l’humour et la dérision ; ses cibles : les tenants du charabia artistique, les mauvais joueurs, les intellectuels qui s’écoutent radoter ; et dans le désordre, ceux qui d’un mot envoient en enfer, le Tour de France et Yvette Orner : Des Hautes-Pyrénées à Nogent-sur-Marne, on la reconnaissait et l’estimait comme un témoin essentiel de notre vie. Aussi solide qu’une borne Michelin. Les films de Max Pécas : Ce documentariste des vacances fantasmées où le rigolo s’allie à la bimbo n’a aucune limite. Les comédies avec Jean-Paul Belmondo, les maîtres censeurs, les courtisans, et les petits coqs qui s’agitent de leur suffisance, le tout dans un grand éclat de rire.
Thomas Morales est le feuilletoniste de nos temps modernes, l’écrivain nostalgique d’un temps où l’on prenait le temps de ne pas trop se prendre au sérieux, le chroniqueur stylé et racé d’un monde qui sombre.
Thomas Morales est à la littérature ce que Groucho Marx est au cinématographe : agile, piquant, impertinent, élégant, séducteur et follement amusant.
 
Philippe Chauché

http://www.lacauselitteraire.fr/trois-auteurs-et-quelques-livres-duetto-et-pierre-guillaume-de-roux-par-philippe-chauche?fbclid=IwAR1cUKpP1P7d8dlT_z82wYWkryH3qnorGaSyAP9O56nX250qdXxf6p_ibYU





Rencontre avec l’éditeur Dominique Guiou qui dirige la Collection Duetto, des éditions Nouvelles Lectures : il s’agit de petits livres numériques où des écrivains sont invités à dire leur découverte et leur admiration pour un autre écrivain. Duetto compte aujourd’hui 50 livres. 50 livres en cinq ans.
 
Philippe Chauché, La Cause Littéraire : 50 livres en cinq ans, des petits livres numériques, courts, ramassés, et musclés ; comment est né ce projet littéraire, quelles en étaient et en sont les contraintes ?

Dominique Guiou, Duetto : La collection Duetto est née d’une idée toute simple : proposer à un écrivain d’écrire sur un auteur qui le passionne, mais pas à la façon d’un biographe, d’un essayiste ou d’un journaliste. À la façon d’un écrivain. Les textes sont de véritables petites œuvres d’écrivain, on les lit comme des nouvelles, et on découvre des histoires qu’on ne lira pas ailleurs.
Chaque Duetto est signé par un passionné de littérature qui raconte sa rencontre avec un écrivain qui l’a bousculé. Ce sont des livres-passion, des livres incarnés, écrits au fil de la plume, où l’émotion, les souvenirs personnels l’emportent largement sur l’analyse ou l’explication.
Cinquante écrivains ont à ce jour rendu hommage à l’écrivain qui a le plus compté pour eux. Chaque Duetto est unique, car chaque écrivain s’est approprié le concept pour en faire une œuvre littéraire, brève et inhabituelle. Au-delà de l’admiration, évidemment nécessaire, il y a aussi le lien établi entre l’écrivain qui écrit le Duetto et son sujet. Jean-Claude Lalumière a trouvé chez Blondin le lien de la mélancolie. Patrick Grainville raconte son amitié avec Marguerite Duras, c’est aussi le cas de Franz-Olivier Giesbert avec Julien Green. Jean Chalon nous raconte avec son immense talent de conteur (nous n’avons pas oublié ses grandes biographies à succès de Marie-Antoinette et de George Sand) toute une vie passée avec Colette, auteur qui l’accompagne depuis son adolescence.
Des auteurs aussi différents que Stendhal, Roger Vailland, San Antonio, sont ainsi évoqués par Emmanuelle de Boysson, Philippe Lacoche, Hubert Prolongeau. Sans oublier des monuments de la littérature étrangère : Haruki Murakami, Stefan Zweig, et Joyce Carol Oates, sont ainsi racontés par Minh Tran Huy, Ariane Charton, et Astrid Eliard.
J’ai ouvert la collection au cinéma, en publiant un magnifique texte de Thomas Morales sur le cinéaste Philippe de Broca. Le rock est présent aussi avec Patti Smith par Bruno Corty, et Leonard Cohen par Chantal Ringuet.
 
De Patrick Modiano à Marcel Pagnol en passant par François Mauriac, Molière, Carson McCullers, ou encore Sacha Guitry, Kawabata Yasunari, Marguerite Yourcenar, Franz Kafka, Georges Perec et Jean-Claude Izzo, c’est une bibliothèque unique qui se dessine dans votre maison d’édition. Ce ne sont pas des biographies mais de petits romans d’admiration. Vous seriez d’accord avec cette définition ?
 
Merci d’avoir trouvé cette formule qui convient parfaitement aux textes de la collection Duetto : des petits romans d’admiration. C’est tout à fait ça. D’ailleurs, certains auteurs n’ont pas hésité à romancer leur Duetto, je pense tout particulièrement au Stendhal d’Emmanuelle de Boysson, une courte fiction dont l’auteur de La Chartreuse de Parme est le héros.
Ma plus grande satisfaction, dans ce projet, a été de constater que tous les auteurs ont écrit leur texte dans une espèce d’euphorie. Une romancière m’a dit qu’écrire son Duetto avait été pour elle comme une « psychanalyse littéraire ».
Je n’ai pas hésité à publier des textes d’inconnus, quand la passion et le talent étaient au rendez-vous. Et je me réjouis de voir que ces auteurs qui n’avaient jamais publié avant leur Duetto ont signé chez de grands éditeurs.
 
Parmi les auteurs qui signent ces courts portraits, il y a Josyane Savigneau : « Dans tout ce qu’elle écrit, Carson McCullers a la grâce » ; Fabrice Lardreau : « Aussi banal que cela puisse paraître, Vladimir Nabokov m’a appris à (réellement) lire, c’est-à-dire à savourer toute la beauté, toutes les dimensions possibles contenues dans une œuvre littéraire » ; ou encore Antoine Gavory : « Si je devais résumer Sacha Guitry à un seul mot, je dirais exigence. Celle des mots, mais aussi celle des silences ». Sans oublier Jean-Marc Matalon qui « prend le pouls et mesure les fractures de Marseille » sur les traces de Jean-Claude Izzo. Feriez-vous le même constat que Paul Claudel : « Le but de la littérature est de nous apprendre à lire » ?
 
Je vais paraphraser cette belle citation de Claudel, « Le but d’un Duetto est de nous faire rencontrer un écrivain ». Chaque Duetto raconte un long compagnonnage. Depuis le lancement de la collection, le concept n’a pas évolué : le Duetto est un texte court, vif, dense, personnel, adapté au format numérique. Vite écrit, vite lu. Un texte qui donne envie de découvrir des auteurs que l’on connaît peu, ou mal, ou que l’on croit poussiéreux ou ennuyeux. On ne voit plus Simone de Beauvoir avec les mêmes yeux après la lecture du Duetto que lui a consacré Bénédicte Martin. Ces livres sont destinés à tous ceux qui pensent que les grands écrivains peuvent nous apprendre à vivre, à penser, à aimer, à être heureux, ou à tout le moins, à être moins malheureux.
 
Vous venez de la presse écrite quotidienne, vous avez été le rédacteur en chef du Figaro Littéraire, lu beaucoup de livres, écrit sur des écrivains, sur les « rentrées littéraires », je me demande si le souhait d’éditer vient de là ?
 
Quand j’ai quitté Le Figaro, il y a cinq ans, j’ai eu envie de faire autre chose que de la critique littéraire. J’ai lancé cette maison d’édition numérique avec de petits moyens. Cette maison est devenue avec le temps davantage un club de passionnés qu’une entreprise. Cela me convient parfaitement, et je crois que mes auteurs ont bien compris, eux aussi, qu’ils écrivaient pour un petit cercle d’amateurs.
 
Comment se porte votre collection aujourd’hui ? Cette aventure va-t-elle se poursuivre et avec quels nouveaux écrivains, quelles nouvelles rencontres biographiques ?
 
Je pensais que le numérique allait se développer. Cela n’a pas été vraiment le cas. L’ebook existe, mais il n’est pas encore entré dans les habitudes. La collection en souffre, bien sûr. Mais nous continuons, malgré la faible audience. L’important c’est de partager une passion. J’offre aux écrivains la possibilité de rendre hommage à un aîné. Les Duettos à paraître à la rentrée reflètent l’éclectisme de la collection : Paul Léautaud par Serge Safran, Mishima par Nicolas Gaudemet, Annie Ernaux par Patrick Froehlich, et Michel Déon par François Jonquères. Cinquante auteurs ont participé à cette belle aventure, de tous âges, de tous horizons… Leurs textes sont des invitations amusantes, mélancoliques, inattendues à découvrir cinquante écrivains.
 
Philippe Chauché
 
Les ebooks publiés par les Editions Nouvelles Lectures sont en vente dans toutes les librairies en ligne (Amazon, iBooks, Kobo, Numilog…). Il suffit de taper le mot Duetto dans le moteur de recherche et de faire son choix.
 
 
 
 

samedi 14 septembre 2019

Roland Jaccard est dans La Cause Littéraire





« S’il est vrai que John Wayne a tourné dans quatre-vingt-trois westerns, c’est bien l’homme à abattre. D’autant que, comme l’affirment certains béotiens, quand on en a vu un, on les a tous vus. Face à ce gendre d’abrutis, la Winchester 54 peut être du plus grand secours ».
 
John Wayne n’est pas mort et Roland Jaccard est toujours de ce monde. Plus vivant que jamais, d’une rare agilité, n’ayant peur de rien, n’en déplaise à ceux qui prendraient un rare plaisir à aller cracher sur sa tombe. Roland Jaccard est un cinéphile à l’ancienne, on l’imagine mal lisant chaque mois Les Cahiers du Cinéma, préférant peut-être Positif. L’ami de Cioran, le lecteur d’Amiel, l’oisif, l’exilé intérieur, l’amateur de palaces et de jeunes femmes, s’arme ici d’une plume aiguisée comme une flèche Comanche pour défendre John Wayne. L’acteur et réalisateur de Alamo et des Bérets Verts est accusé de mille maux par mille mots, et Roland Jaccard règle leur compte à quelques fâcheux peu instruits de ce que ce genre a apporté à l’histoire du cinématographe américain. Roland Jaccard n’est pas seul, il avance accompagné, c’est toujours conseillé en territoire hostile : le pétillant cinéaste Luc Moullet (1), le savoureux écrivain Luc Chomarat (2), quelques amies, Clément Rosset, s’échauffant après quelques verres de saké, et Louise Brooks :
En fait, John Wayne correspondait à la définition que Henry James a donnée de la plus grande des œuvres d’art : un être parfaitement beau.
 
 
 
« Tous ceux, pourtant, qui ont connu John Wayne, même les plus opposés à ses idées politiques, ont été forcés d’admettre qu’il n’était pas le sectaire décrit par la presse. Ils étaient au contraire surpris par sa bonne humeur, son éloquence, son talent de joueur d’échecs et sa profonde connaissance de l’art, de l’histoire et de la littérature ».
 
 
 
 




 
John Wayne est l’homme à abattre, trop à droite, réactionnaire, trop viril, trop américain finalement, trop proche de l’US Army, raciste disent-ils, les insultes fusent, et très vite s’effondrent, confrontées aux faits. John Wayne est au bout du compte trop bon comédien et Roland Jaccard plus que jamais pétillant et piquant. Dès qu’il apparaît dans un western, c’est un mythe qui se met à galoper, à tirer au Colt 45 ou la Winchester 54, à embrasser du regard un désert, des montagnes, des rivières sauvages, à croiser le regard d’indiens et de bandits pilleurs de banques et embrasser celui de Maureen O’Hara.
 
John Wayne incarne l’Amérique, les Amériques des Chevauchées fantastiques, du désert et de sa Prisonnière, l’or du cinéma d’Hollywood, façonné par son ami John Ford, le « big boss », et Roland Jaccard lui rend là un bel hommage à poings fermés, hommage au Dernier des géants.
 
« Il a soixante-dix ans. Il rédige son testament, dans lequel il demande qu’on inscrive sur sa tombe ces simples mots : « Feo, fuerte y formal », ce qui signifie : « Pas beau, mais fort et digne ».
 
 Philippe Chauché
 
(1) Brigitte et BrigitteAnatomie d’un rapportGenèse d’un repasLes Naufragés de la D17.
(2) Les dix meilleurs films de tous les temps (Matest Editeur). On lui doit également L’Espion qui venait du livre (Rivages Noir) ou encore Le Polar de l’été (La Manufacture de livres).


https://www.lacauselitteraire.fr/john-wayne-n-est-pas-mort-roland-jaccard-par-philippe-chauche

samedi 7 septembre 2019

Le Général a disparu de Georges-Marc Benamou dans La Cause Littéraire




« Il n’a pas fermé l’œil depuis dix jours ; et cela se lit sur ce masque dont les cernes semblent marquées au burin ; ces yeux rougis, enfoncés, minuscules qui accentuent le caractère éléphantesque de sa physionomie. Depuis les évènements, et son retour de Roumanie, il a passé toutes ses nuits en alerte, dans la pénombre du Salon doré, en robe de chambre où, faute d’un gouvernement capable, il tenait là, en solitaire, ses réunions d’état-major ».
 
Le Général a disparu est le roman d’un Pays et d’un Vieux militaire. Nous sommes en mai 1968, ce mois qui fait trembler le Général, un mois de barricades et de révoltes, un mois où les pavés dansent, et où le doute se glisse dans les pensées du Président. Il consulte, il écoute. Ils sont tous là, autour du Général : Louis Joxe – allure chic du grand serviteur de l’Etat – Messmer – un légionnaire pour la vie –, Fouchet – cette âme molle dans une enveloppe de rugbyman –, et lui De Gaulle. De plus en plus seul, s’isolant, et cherchant une solution pour sortir de cette crise, de cette révolution, pour en sortir enfin.
 
Alors, se dessinent des scénarios, se construisent des romans, et se nouent des intrigues. La France est ainsi faite, elle dit et écrit ce qu’elle vit, ce qui s’annonce – Saint-Simon –, ses affres et ses révoltes, ses colères et ses joies sont ses romans nationaux. Elle se projette, elle imagine. Ce roman politique est fait de cette pierre, de ce tremblement, de ces silences, qu’affectionnent les grands acteurs politiques, les héros, surtout lorsque la fatigue les gagne. De Gaulle va disparaître, se réfugier un temps à Baden-Baden, comme l’on se réfugie auprès de fidèles ou de moines silencieux. Un refuge pour choisir, un refuge auprès d’un vieux para, Massu, l’un des premiers fidèles, un grognard, qui a été de tous les combats.
 
« Il est avec eux, ce 23 novembre 1944, à 7h15 du matin. Il est avec Leclerc, dont c’est le quarante-deuxième anniversaire ; avec Massu, fourbu, qui arrive tard, et vient seulement de se frayer un chemin dans la ville. Il est avec ces clochards épiques qui ont osé ce serment fou. Il est partout, et même au sommet de la cathédrale ; tout là-haut ; sur un rebord de la pointe, près du paratonnerre, avec le soldat qui plante le drapeau tricolore, bricolé dans l’urgence ».
 
Le Général a disparu est le roman de toutes les tentations : l’abandon, le renoncement, la fuite, l’exil en Irlande – Pour Balzac, et pour moi aussi, Daniel O’Connell, c’est aussi grand que Napoléon. C’est le libérateur de l’Irlande au XIXe, et plus encore. Un héros de roman ! –, ou alors l’action militaire, une (re)prise du pouvoir. C’est en écrivain que Georges-Marc Benamou s’empare de cette histoire, qui a fait l’Histoire du Général. Cette disparition, ces hésitations, ces doutes, et finalement cette profonde détermination d’être là où il doit être, quoi qu’il arrive. Du Palais à Baden-Baden, ce roman pressé est un combat de boxe, tout va très vite, on retient son souffle, on est admiratif de la prouesse romanesque de la construction, de la composition, par les portraits de ces hommes d’action ou de pouvoir, par le regard aiguisé de l’écrivain, les esquives, les éclats, la vision romanesque d’un homme qui tremble et qui est sur le point de tomber.
 
 
Ce n’est pas un livre de plus sur le Général de Gaulle, c’est un roman du pouvoir qui chancelle et qui se redresse par la grâce stratégique de Massu, l’homme qui a su parler au Général. Le vieux soldat – l’écrivain en dresse un portrait troublant de vérité et de force, ce qui est d’autant plus admirable qu’il s’agit là du mal aimé, du para honni – qui a convaincu le vieux Général. Ce n’est jamais la question de la vraisemblance historique qui nous occupe, mais celle de la vérité du roman, et son style, musical, léger, gracieux, éblouissant, le swing de l’écrivain, comme il fut celui du boxeur Mohamed Ali.
 
« Il se dirige vers son bureau, comme le gladiateur va à l’arène. Il se répète, tel un mantra, les paroles de Toto. Il est un para ; il en a vu d’autres ; et cette fois, il ne va pas se faire avoir par le Grand. Il va se faire entendre, se battre, ne rien céder. Ce sera Lui qui sera forcé d’écouter, et Massu va y aller fort sans prendre de gants, sans tortiller. Le dernier combat de sa vie, le plus noble… ».
 
Georges-Marc Benamou n’ignore rien des enjeux, des complots, des intrigues, des coups, des complots naissants, des rancœurs, des règlements de compte, des rares fidélités, comme il n’ignore rien de l’art du roman, de sa force tellurique, qui comme toujours, éclaire l’Histoire. Le Général a disparu se lit comme il s’entend, comme il se voit, l’art du romancier est littéralement de vous faire voir les situations qu’il imagine, les dialogues qu’il compose, de nous faire entendre les voix, celle du Général, de Massu, de Toto, de Pompidou, de Mendès et les silences qui accompagnent cette disparition. Sur le ring de l’Histoire, Georges-Marc Benamou nous offre un étourdissant combat, celui de l’homme du 18 juin face à ses ombres et ses démons.
 
Philippe Chauché
 
 

jeudi 5 septembre 2019

Scrabble de Michaël Ferrier dans La Cause Littéraire


« J’eus une enfance de sable et de poussière. La vie nous avait posés là, sans crier gare, entre la savane et la steppe ».
« C’est ici que j’ai pris langue avec les bêtes et avec la terre, et ce négoce ne m’a jamais quitté ».
« La guerre s’approchait mais nous le savions pas. Elle chemine toujours ainsi, à petits pas. C’est une louve qui a perdu ses petits et qui est prête à tout pour dévorer ».
 
Scrabble est un lumineux livre de l’enfance, d’Une enfance tchadienne, tous sens en éveil. Une enfance placée sous le regard des hommes et des bêtes. Une enfance au ras de la terre pour mieux s’en inspirer, l’enfance d’un écrivain, béni des dieux africains. Michaël Ferrier offre ici des Traits et Portraits (1) de cette enfance unique et exceptionnelle entre la savane et la steppe. Ce livre est étourdissant de beauté, il grouille d’images, de sons, d’odeurs, de couleurs, de parfums d’Afrique, de mots et de gestes.
 
En écrivain à l’oreille affutée, à l’œil vif, aux gestes précis, aux mots justes, Michaël Ferrier livre ces instants de son enfance : ses découvertes, ses éblouissements, ses étourdissements, ses rires, ses sourires, ses émois, avant que le feu de la fureur des hommes ne se déploie sur N’Djamena. L’enfance est un jeu, ici le Scrabble, cette première aventure romanesque, où des lettres cachées dans un sac vont en un instant achever un mot, ou en faire naître un autre. Des mots naissent ainsi, portés par le hasard et la chance.
« Maintenant, la partie s’anime et la grille s’ouvre. Les lettres glissent sur les chevalets, les consonnes s’échangent et les voyelles permutent, les chiffres s’additionnent ».
 
« Le nez en l’air, je hume les odeurs qui m’entourent : l’odeur sèche et brûlée de la brousse, l’odeur froide et humide de la forêt. La senteur immense et limpide du matin, avec son petit goût de frais ».
 
Scrabble est aussi le livre de Saleh, le boy, l’homme à tout faire de la maisonnée, l’homme à tout dire – Pendant des années, il nous abreuvera de légendes, une différente chaque soir, à la lumière de la lampe à pétrole et dans toute la richesse des ombres sur le visage. Le livre des amis d’enfance, Abdel – doué d’une acuité visuelle phénoménale. On le surnomme l’AigleYoussouf aux-pieds-légers. C’est aussi le livre de ce paradis, cette maison que protège Saleh et ses chiens, le livre des corps et des voix féminines, Amaboua et Awa. Scrabble est le livre d’une vie qui se transmet, d’un savoir ancien, comme un conte ou une légende. Michaël Ferrier possède l’art de la composition, en quelques phrases il révèle, il fait littéralement voir ce qu’il vit, ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il ressent. Trois touches, quatre mesures, et le souvenir vif s’anime, comme la brousse s’anime quand le soleil décline et qu’un silence romanesque s’installe. Scrabble est le livre de l’enfance heureuse, celui de famille je vous aime, une famille ouverte et vagabonde. Une famille lumineuse, au verbe réjouissant, aux regards salvateurs, avant que le feu et la douleur ne s’abattent sur le Tchad.
 
« Les femmes : c’est une riche bijouterie de jaunes, de verts, de rouges, une grande baie vitrée de phénomènes et de sons. Même un enfant s’en rend compte. Quel bonheur de s’approcher de ces parfums et de ces corps, de ces radiations ».
 
Il y aura la joie et le bonheur, une certaine insouciance heureuse, puis, après l’alerte lancée par le feu du ciel, la guerre, des soldats partout, et partout des armes. Une guerre qui ne se raconte pas, alors l’enfant qui a grandi dans la lumière partagée de son voisinage est saisi, retourné par la violence et le sang. Scrabble devient alors le livre des rafales d’armes automatiques, du sang, des animaux blessés, des cris, et du corps de Youssouf qui entre dans la nuit sous les yeux de Michaël Ferrier. L’enfance déchirée par les éclats d’acier, c’est aussi cela Scrabble, toutes les lettres s’emboitent, s’alignent, et dessinent le plus beau des mots que l’homme a inventé : l’enfance.
 
Philippe Chauché
 
(1) La Collection Traits et Portraits est dirigée par l’écrivain Colette Fellous, qui a aussi durant des années produit et présenté sur France-Culture « Carnet nomade », qui pourrait être le beau nom d’une collection littéraire.

https://www.lacauselitteraire.fr/scrabble-une-enfance-tchadienne-michael-ferrier-par-philippe-chauche

samedi 31 août 2019

L'éternel printemps de Marc Pautrel dans La Cause Littéraire



« Nous nous décrivons nos royaumes respectifs, et chacun de ces pays est un délice pour l’autre. Nous nous faisons la cour mutuellement. La conversation française est bel et bien une forme de pratique érotique ».
 
L’éternel printemps est un roman d’amour et de séduction. Un roman parfait, une vie princière, un voyage humain, l’écrivain possède, comme son éditeur, l’art rare de savoir choisir les noms qu’il donne à ses livres. Comme il possède celui de composer ses romans, et c’est bien de cela dont il s’agit, de composition, comme on le dit pour la musique et la peinture. Marc Pautrel possède cet art d’écrire avec la précision d’un artisan joaillier, chaque geste est pesé, chaque phrase millimétrée, chaque mot choyé. L’éternel printemps est un roman qui mise sur l’amour et la littérature, comme l’on mise sur la vie. L’éternel printemps est le portrait à la plume d’une femme aimée, aimée sur l’instant, pour le timbre de sa voix, cette intonation, cette tessiture, pour ses doigts fins comme des crayons-mines, la grande mèche de cheveux qui lui barre le front, avec ce mouvement réflexe adorable dont je ne me lasse pas, mais aussi pour ses pertes d’équilibre – Je guette ses secondes de folie, les éclairs durant lesquels elle quitte la route et s’envole pour quelques minutes –, et sa conversation, cet art de vivre si Français. L’éternel printemps est un roman de la conversation, de la fréquentation.
Ils se fréquentent, comme nous disions au siècle passé, et fréquentent les livres et les auteurs anciens, lui écrit, elle conserve et préserve des livres qui continuent d’éblouir leurs lecteurs : Descartes, Alexandre Dumas, Voltaire, Stendhal, Baudelaire, les Bibles, Rabelais, des incunables, des in-folio, des in-plano, tout un univers qui vit et raisonne sur les étagères de sa librairie, et par rebond dans les phrases du roman. Des livres immortels, qui n’ont pas fait leur temps : deux êtres se rencontrent, et la plus belle bibliothèque du monde s’ouvre à leurs yeux.
 
« Elle me fait penser à ces cerfs-volants que je vois l’été devant l’océan, si leur fil est tenu trop court, ils restent à quelques centimètres de hauteur, comme couchés, ils ne se dressent pas dans le ciel à cheval sur le vent, ils tournent en cage, à droite, à gauche, se plantant sans arrêt dans le sable. Le plus beau cerf-volant est celui dont on coupe le fil et qui part vers le firmament, très haut, très loin ».
 
L’éternel printemps est un roman attentionné, attentif aux mots, aux gestes et aux silences, attentif aux tressaillements de cette libraire d’exception, que le narrateur apprivoise. Attentif au motif : un visage, un regard, le mouvement d’une main, une rue, une table de restaurant, un ciel. Marc Pautrel porte autant d’attentions à sa libraire, qu’il en portait dans ses romans précédents à Blaise Pascal, Jean-Siméon Chardin, ou Ozu. L’éternel printemps est un roman bref et vif, musical, qui danse – on pense à Vivaldi et ses mandolines –, il pourrait s’intituler Le romancier de Paris, ou encore La Romance de la SeineL’éternel printemps est le roman portrait d’une femme, d’une étoile, que le narrateur ne peut totalement saisir, vérifiant ainsi que l’on ne peut jamais tout saisir de l’être aimé, l’aventure amoureuse est celle d’un saisissement chaque jour renouvelé. Marc Pautrel fidèle à ses brèves incises romanesques – il écrit, tel un cavalier galopant sur les collines et les chemins de l’art du roman, à vive allure, embrassant du regard les paysages qui s’offrent, les parfums qui volent, et les éclairs qui strient le ciel, le regard d’une femme en devenir d’amour –, nous offre là, une belle pierre bleue, un diamant aux 29 carats taillé par un orfèvre aux mains bénies, un éternel printemps romanesque.
 
« Nous longeons les Tuileries, chaque jour nous vivons naturellement au milieu de la beauté incroyable de cette ville, qu’à force d’habitude nous ne voyons plus, et que devront nous rappeler involontairement les amis italiens, japonais ou américains, lorsque la découvrant ou redécouvrant ils resteront devant nous comme tétanisés, et pris dans une euphorie continue ».
 

Philippe Chauché

https://www.lacauselitteraire.fr/l-eternel-printemps-marc-pautrel-par-philippe-chauche

vendredi 23 août 2019

Ordesa dans La Cause Littéraire




« Le passé est la vie déjà livrée au saint office de l’obscurité. Le passé ne part jamais, il peut toujours reparaître. Il revient, revient sans cesse. Le passé est porteur de joie. Le passé est un ouragan. Il représente tout dans l’existence des gens. Le passé est aussi porteur d’amour. Vivre obsédé par le passé ne nous permet pas de profiter du présent, et pourtant profiter du présent sans que le poids du passé chargé de désolation fasse irruption dans ce présent n’est pas un plaisir mais une aliénation. Il n’y a pas d’aliénation dans le passé ».
 
Ordesa est le troublant journal radical d’un espagnol d’aujourd’hui, d’un écrivain qui porte tout le passé de l’Espagne, et offre son présent turbulent. Il ne fait pas de cadeau à son époque, à son pays, à son passé, à ses contemporains et à lui-même, mais avec la manière. Pas un mot plus haut que l’autre, pas une phrase qui ne déroge aux belles règles du style, son humeur vagabonde, mais elle reste classique. Manuel Vilas a la politesse de bien écrire, et de bien rire des situations parfois ridicules où il s’aventure. Ordesa est le roman d’une vie, celui d’un enfant du siècle né durant une dictature, qui a connu la transition démocratique, Juan Carlos et son fils Felipe VI, et qui ne cesse de se souvenir de ses parents et de l’odeur des cigarettes qu’ils fumaient, comme si la crémation n’était pas autre chose qu’une dernière cigarette fumée jusqu’au filtre.
 
Ordesa est le livre de la Nostalgie, en écho à celui de l’Intranquillité de son turbulent voisin Fernando Pessoa. Un livre que l’on aurait tort de ne pas prendre pour un roman. Quand un éditeur précise qu’il publie ce livre dans une collection baptisée « Non-Fiction », il faut s’en méfier, et finalement s’en réjouir. Ordesa a tout pour séduire l’amateur de roman, comme nous le dirions de l’amateur de vin. Le vin, cette magnifique fiction baignée de réel : la terre, l’eau, le ciel et la main inspirée du vigneron, cet écrivain dont le crayon est un sécateur. Il sait que ses ceps de vigne retrouveront leurs vitalités, lorsqu’ils seront séparés des sarments qui les « encombrent », l’écrivain fait de même avec ses phrases inutiles, il allège et rajeunit. Manuel Vilas taille son livre comme une vigne, et ses phrases en sont plus colorées, la vendange est abondante et le vin s’annonce exceptionnel. Ordesa est le roman des invisibles, des oubliés, des espagnols dont les villages ont disparu ou ont été désertés, le livre des paysans, et des pauvres, qui préféraient le silence à la révolte, le livre de la classe moyenne-basse espagnole. Comme dans tout grand livre, la mort rode dans Ordesa, la mort que le narrateur tente vainement d’apprivoiser – sans en faire un slogan criminel comme les franquistes et leur Viva la Muerte de la guerre d’Espagne –, celle de ses parents – A la mort de mes parents, ma mémoire est devenue un fantôme irritable, effrayé enragé –, et celle très symbolique de son couple, son divorce, cette faillite amoureuse qui se rembourse éternellement et qui ne cesse de faire écrire – Parfois, je confonds mon divorce avec un veuvage –, et si la mort rôde, tout comme la maladie réelle ou imaginée – Il y a de la beauté dans l’hypocondrie… –, c’est bien la vie qui l’emporte et qui rythme ce livre, qu’ouvre Gracias a la vida, la chanson de Violeta Parra. Un merci à la vie, qui est aussi : un merci à la littérature.
 
« Ils étaient beaux. Tous les deux. C’est pour ça que j’écris ce livre, parce que je les vois.
Je les ai vus à l’époque, quand ils étaient beaux, et je les vois maintenant qu’ils sont morts.
Que mes parents aient été aussi beaux est ce qui m’est arrivé de mieux dans la vie ».
 
Ordesa est le livre du père et de la mère disparus, celui de leurs habitudes, de leurs mots, leurs regards, leurs attentions, des instants partagés dans la joie, qui illuminent le livre de Manuel Vilas : « L’été, ma mère se levait tôt pour manger des fruits. C’est comme si je la voyais ». Les grands morts de Manuel Vilas sont finalement ses grands vivants, leur présence irradie le roman – persistons à le nommer ainsi –, ils ne cessent d’accompagner leur fils, et l’on se demande si c’est vraiment lui qui les invite, ou si ce sont eux qui le protègent de leur rassurante présence : « La dernière fois que je les ai vus, ils étaient morts, pas en même temps, mais séparément dans le temps, ma mère a encore vécu neuf ans après la mort de mon père ». Manuel Vilas construit son livre comme une cathédrale, pierre à pierre, colonne à colonne, vitrail à vitrail telle la Sagrada Família, sa Famille Sacrée, qui ne peut jamais s’achever, tant sa construction n’est plus du ressort des hommes. Ordesa est ainsi fait, c’est sa profonde constitution, sa matière et son style et nous ne cesserons de le visiter.
 
« Mon père s’est converti en électricité, en nuage, en oiseau, en chanson, en orange, en mandarine, en pastèque, en arbre, en autoroute, en terre, eau.
Je le vois dès que je veux le voir ».

Philippe Chauché

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samedi 13 juillet 2019

Ernest Pignon-Ernest et André Velter dans La Cause Littéraire










« Tenir Parole à bras le corps dans La Lumière et dans La Force ».
« Toujours & Toujours Attiser le Feu qui nous jette en Avant ».
« C’est le même Corps dans le Décor qui joue sa peau sans y penser ».
 
Ernest Pignon-Ernest et André Velter sont deux archers. Leurs flèches : pour l’un le fusain, la plume et le pinceau, pour l’autre la phrase et les mots acérés, ils se croisent, se lient et fécondent la poésie et le dessin. L’image chante dans son mouvement et la phrase l’illumine. C’est une main ouverte comme une offrande – on pense évidemment à celle du torero José Tomás (1) –, un pied ailé, un œil fermé de femme ombré de noir, un corps nu aux bras ouverts, comme une divine présence, un voilier dans le lointain, suspendu sur l’océan, comme les mouettes qui l’accompagnent : « Pour annoncer la couleur rien ne vaut le noir et blanc ».
 
 
 
« La main pense, l’œil écoute, les lèvres divaguent, les tempes s’évadent, l’imaginaire passe à l’acte ».
 
Annoncer la Couleur est un nouveau livre de deux complices à l’art affuté, ils dessinent et écrivent, comme s’ils se connaissaient depuis la nuit des temps, et nous n’avons aucun mal à les imaginer dans l’obscurité complice d’une grotte – c’est à leur façon leurs mains négatives –, dans une rue de Nice, à Certaldo en Italie, au Cap, à Paris, à Nîmes, dans la fraîcheur d’un temple chinois, où dans une pièce dérobée du Palais des Papes (2). Ils y invitent des anonymes, des Saintes, Pasolini et Rimbaud.
 
 
 
Ernest Pignon-Ernest et André Velter calligraphient et dessinent leurs grandes passions, et leurs belles colères. La feuille blanche, une fenêtre s’ouvre sur un monde nouveau, une joie, une douleur, une réjouissance, une clairière : « Pour arriver à percer le mur invisible qui toujours là, entoure » (Henri Michaux, Par les traits), ainsi de surprise en surprise la couleur s’annonce, comme un éclair qui traverse un nouveau livre, qu’ils écriront et dessineront.
 
André Velter publie également René Char allié substantiel (Rencontres et Correspondances, Photographies de Marie-José Lamothe), et Le babil des dieux, Oracles et chamans du Ladakh, Le Passeur Editeur :
« Nos cerfs-volants, pour peu que le Rhône, en sa pauvre sagesse nouvelle, les retienne en vue de Viviers ou de Tain, arriveront presque en même temps en vos mains, car les poèmes de 1975-1977 deviennent en ce moment un petit livre qui s’achève… Je vous l’enverrai sans tarder, le paquet ouvert » (René Char, 11 sept. 77).
 
« Aujourd’hui, ce sixième jour du septième mois de l’année tibétaine a été choisi, en fonction de la maturité de l’orge et du blé, pour être celui du début de la moisson, et les habitants de Shey ont rendez-vous avec l’apparence et le verbe de leur déité protectrice » (André Velter, Shey, 9 août 1981).
 
Voyages pour l’un en pays provençal chez René Char, aux Busclats, sa maison de l’Isle-sur-la-Sorgue, et pour l’autre dans la vallée de l’Indus au nord-est de l’Inde, lieu de croyances, de traditions magiques, lieu de transmissions.
 


 
« Quand nous quittons la pièce des oracles, sur cet édifice perdu du Toit du Monde, le soleil marque midi. Et je m’amuse à brouiller les comptes que j’ai eu tant de peine à ordonner. Et je bats les cartes du temps avec ce plaisir profond d’être pleinement au présent, pleinement là, ce quinzième jour du premier mois tibétain, au neuvième jour des rituels, avant que ne se réalise la sixième transe des Ihapa » (Matho, 10 mars 1982).
 
Ces deux livres flirtent avec deux Toits du Monde : l’un bien réel dans le Petit Tibet, l’autre tout autant vertigineux, celui de l’un des poètes les plus fulgurants du siècle passé, vertiges des alliances naturelles, et des éclats du verbe tout aussi vertigineux que les gouffres où l’on peut chuter si l’on n’y prend garde.
 
« Tes ailes sont flammes défuntes,
Leur morfil amère rosée.
Vient la pluie de résurrection !
Nous vivons, nous, de ce loisir,
Lune et soleil, frein ou fouet,
Dans un ordre halluciné »
(René Char, D’un même lienDans la pluie Giboyeuse, œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1983)
 
Philippe Chauché
 
(2) Ecce Homo, 400 œuvres exposées au Palais des Papes d’Avignon jusqu’au 20 février 2020.


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samedi 29 juin 2019

Thibault Biscarrat dans La Cause Littéraire





« Sur ton bras une marque, un signe : voici le Verbe et les soixante-dix noms sacrés.
Voici le Livre de mémoire.
J’envelopperai la Terre de lumière et les rayons embraseront les rivages.
Nous susciterons le pourpre et le point étincelant. Nous susciterons l’encore et le poème.
Mystérieux infini d’où le Tout se déploie. Trois sortant d’Un, Un étant dans le Trois ».
Le Livre de mémoire s’ouvre sur une citation du Zohar : Ecoutez cieux, ce que je vais dire… Le Zohar ou le Livre de la splendeur, essentiel dans la mystique juive, ouvrage qui étudie, et interroge l’humain et le divin.
Thibault Biscarrat s’en inspire, il porte sa voix au plus haut, comme une adresse à l’homme raisonnable, qui sait la place que tiennent le Verbe et la Parole dans la poésie. Il interroge et étudie le Livre, le Verbe et ce qui s’offre à son regard, cette floraison qui parfume la vie. Page à page, l’écrivain musicien s’accorde à la joie, à une voie douce, à un parfum, à une fontaine d’eau vive, aux étoiles, aux nuages, à la lumière, au feu, à l’air et à l’eau, au sacré dans son flamboiement. Le poème se déploie comme un chant, un long chant, un canto, un cante jondo, un chant profond saisi par ce que les espagnols appellent le Duende, cette illumination, ce miracle qui ne se produit qu’une fois. Le Livre de mémoire donne le sentiment de toucher des yeux et des lèvres, une révélation, une vision, où chaque phrase sonne et résonne comme une voix qu’amplifie la nature : J’ai embrassé l’aube d’été, écrivait Rimbaud. Le Livre de mémoire est une prière, comme on l’entend de la poésie, et de la musique, une vibration, un éclair, une vive aventure romanesque.
« Voici la première et la dernière joie. Voici la fin, le commencement.
Qui dira l’immuable, l’inaltérable ? Le Verbe seul est sans origine.
Il se cache, se revêt de lui-même : tout est vie, présence, tout entier à jamais.
Des figures vivantes s’élancent vers les sept lumières éclatantes.
Un mot ouvre les yeux
qui étaient fermés ».
Thibault Biscarrat poursuit avec Le Livre de mémoire ce qu’il laissait entrevoir dans Dolmancé, son premier livre : écrire ce long chant, cette immense phrase prométhéenne, règne de la matière, des métamorphoses, mais la perspective a changé. L’écrivain reste imprégné de l’effraction romanesque et poétique unique de Lautréamont, aujourd’hui il laisse celle d’Hölderlin éclairer son livre : Le vent du nord-est se lève, / De tous les vents mon préféré / Parce qu’il promet aux marins / Haleine ardente et traversée heureuse. / Pars donc et porte mon salut ; A la belle Garonne…, le féconder, et embraser son écriture. Thibaut Biscarrat nous offre un réjouissant petit livre, à la parole révélée, autrement dit qui s’accorde à la terre, aux sources d’eau vive, aux corps, à la lumière, à l’Esprit vif. Un livre qui rend visible l’invisible et le sacré. Le Livre de mémoire est un bain de jouvence.
Philippe Chauché

samedi 15 juin 2019

Le Roman du Tour de France dans La Cause Littéraire



Christian Laborde, l’écrivain gascon, est un passionné de vélo. On lui doit notamment un Dictionnaire Amoureux du Tour de France (Plon), et plus récemment Robic 47 (Ed. du Rocher). Il a reçu en 2015 la médaille du Tour de France pour l’ensemble de ses livres consacrés aux Géants de la route, des mains de Bernard Hinault, le quintuple vainqueur de la Grande Boucle.
Il s’agit d’un Tour de France aux mille entrées, où l’on croise Louis Aragon – le goût violent de vaincre la nature et son propre corps, l’exaltation de tous pour les meilleurs. René Fallet – Prince du comptoir, des syllabes et du braquet… Laurent Fignon – Il rayonne dans l’exploit, l’attaque, l’assaut, n’assiégeant que les plus hautes citadelles… Mais aussi Antoine Blondin – Le général de Gaulle est le président des Français onze mois sur douze. En juillet, c’est Goddet. Ou encore Lance Armstrong – L’on reproche souvent à Lance Armstrong d’être hautain. Il l’est. Hautain : doué pour les hauteurs. Et enfin – mais une fin toute provisoire – Nico Mattan – Le 13 juillet 2000, le Belge Nico Mattan fait son miel du col de Notre-Dame des Abeilles avant de laisser Marco Pantani-Korsakov interpréter Le vol du bourdon dans le Ventoux.
Ce Tour de France est une escapade, une escapada, une échappée, d’où se détachent quelques figures héroïques de cette aventure unique : Géminiani, Fignon – Il a tellement de classe, tellement « la troisième jambe » qu’il remporte le Tour de France lors de sa première participation. Armstrong – Je ne roule pas pour le plaisir, je roule pour la douleur. Froome – Le 20 juillet 2017, dans la montée du col de l’Izoard au sommet duquel se juge l’arrivée de la 18e étape, Christopher Froome répond aux accélérations et aux attaques de ses rivaux par une pédalée frénétique, un ainsi-Froome-Froome-les petites-manivelles qui les écœure tous.
C’est en somme des hommes et des Dieux, c’est piquant, réjouissant, souvent drôle, touchant, savant et savoureux.
 
entre Pau et Avignon, les Pyrénées et le Ventoux, mai 2019 rencontre avec Christian Laborde

Philippe Chauché : Christian Laborde, d’où vient cette mémoire vive du Tour de France, de ses héros et de ses anonymes, des corps stylés, des cols et des échappées, qui sonnent chez vous, comme des Odyssées ? Comment est née cette passion ?
 
Christian Laborde : Elle vient de mon enfance, de la cuisine de mon enfance : la toile cirée, les verres Duralex, la bouteille de rouge, et mon père qui me raconte les exploits des héros du Tour, Vietto, Gaul, Lazaridès… Mon père était un fabuleux conteur. Et les héros dont il me parlait durant l’hiver, je les voyais passer devant moi, en juillet, dans les lacets du Tourmalet. Ça a commencé là, ça a commencé comme ça.
 
Ph. Chauché : Quand on évoque le Tour de France, on pense immédiatement aux Pyrénées, comme si cette chaîne de montagnes était née pour le vélo ?
 
Ch. Laborde : Elle est née pour le vélo, bien sûr, vous avez raison. Les livres d’histoire disent que Dieu a créé les Pyrénées pour séparer les Français des Espagnols. Billevesées que tout cela ! Il s’en fout, Dieu, des frontières et des états. Il a créé les Pyrénées pour distinguer les grimpeurs des non-grimpeurs. Car « Dieu s’intéresse aux courses cyclistes », comme l’écrit Marcel Aymé.
 
Ph. Chauché : Le Tour de France est un rendez-vous unique pour les sportifs, les professionnels, les journalistes – le Tour avant les images, ce sont des voix à la radio, ce que vous faites durant le tour sur les ondes de RTL –, les amateurs, les curieux, des milliers de français sur les bords des routes ou devant leur poste de télévision. Un rendez-vous avec parfois la fantaisie, souvent la douleur et la joie. Un rendez-vous également avec le verbe, peu de sports – avec le tennis, la boxe, et parfois le rugby – n’offrent autant d’échappées belles aux écrivains. Le Tour fait parler et fait bien écrire. Vous en connaissez les raisons ?
 
 
Fausto Coppi
 
 
Ch. Laborde : Le Tour est source d’inspiration pour les écrivains, et la raison, la voici. Que fait le Géant de la route ? Il tente une échappée, une « fuga » comme on dit chez Fausto Coppi. Bref, le Tour de France, ou d’Espagne, ou d’Italie, c’est l’art de la fugue. L’écrivain reconnaît, dans le champion, quelqu’un qui lui ressemble, quelqu’un qui, comme lui, s’enfuit. Il s’agit, par l’exploit ou par l’écriture, de sortir du peloton, de s’échapper, d’échapper à l’usine, à la ferme, à son milieu, à la société, à soi-même. C’est bel et bien cette fuite capitale, héroïque qui fascine et inspire les écrivains. Cette échappée, qui plus est, est poétique lorsqu’elle naît dans le Tourmalet, c’est-à-dire dans une nature redevenue hostile, une nature qui se défend, aidée par la pluie, l’orage, le froid. On n’est donc plus dans le sport, mais dans l’épopée, mot qui désigne à la fois l’exploit et le texte qui le raconte. Ajoutons que le Tour fait aussi le bonheur du romancier en lui offrant des personnages colorés. Ecoutons Raymond Mastrotto parlant d’une défaillance survenue dans le Tourmalet, en 1967 : « Dans le Tourmalet, je suais tellement que je graissais la chaîne ». Où parle-t-on de la sorte : à Roland Garros ? Non, chez Audiard.
 
Ph. Chauché : Le Tour est donc une affaire de mots et de langue, les surnoms que l’on donne aux coureurs, cet incroyable bestiaire : Le Bison, La Gazelle de Peyrehorade, Le Blaireau, Le Taureau de Nay, Le Sanglier, de noms de cols, des coureurs, dont en quelques phrases vous offrez un souvenir, une image, un éclat, dans une langue virevoltante : Luis Ocaña qui fait parler la poudre… les géants du Tour parfois se querellent, prennent leurs maigres gants pour des gants de boxe, le bitume pour un ring. Je me souviens que votre ami musicien gascon Bernard Lubat disait que Coltrane devait jouer avec l’accent, vous diriez la même chose des Géants du tour, ils pédalaient et pédalent avec l’accent ?
 
Eddy Merckx dans le Ventoux
 
 
Ch. Laborde : Qu’est-ce que l’accent ? Si j’en crois Michel Serres, « l’accent c’est la trace d’une autre langue dans la langue ». Cette autre langue, cette langue ancienne, les Géants du Tour la parlent quand ils pédalent. C’est une langue vivante, un désordre verbal absolu, hautement subversif, qui s’oppose aux mots d’ordre, ceux des communicants, et ceux des agents du marché qui nous somment de nous taire et de consommer, une langue qui secoue de l’intérieur la langue régnante, globale, fade et tyrannique. La langue ancienne, c’est la langue des légendes, de la démesure, les mots de l’âme enchâssée dans la « viande » (terme lubatien), la langue de Pantani, la langue de l’enfance. Que Pantani s’envole dans l’Izoard, et l’enfance tout à coup reprend ses droits.
 
Ph. Chauché : Les « entrées » de votre Tour de France sont truffées d’anecdotes – choses inédites et petits faits curieux dans son premier sens –, de courtes histoires, qui pourraient à chaque fois devenir des romans d’aventure. Si je vous dis que vous auriez pu baptiser votre livre Les romans du Tour de France, ou alors Le Tour de France de la saveur et du savoir, vous êtes d’accord ?
 
Ch. Laborde : Les romans du Tour de France : oui ! Car chaque entrée raconte, comme vous le dites, une histoire, laquelle peut faire trois lignes ou deux pages, ou prendre la forme d’un dialogue ou d’un slam. Les Romans du Tour de France, oui ! Ou bien Les Contes du Tour de France. Car je demeure profondément un conteur. Je n’oublie pas que savoir et saveur ont la même étymologie…
 
Ph. Chauché : L’aventure se poursuit en juillet prochain, nouveau Tour et nouvelles escapades sportives et littéraires, vous le suivrez ? Et bientôt un nouveau roman ?
 
Ch. Laborde : L’aventure se poursuit et, en juillet, j’ai rendez-vous avec l’enfant émerveillé que j’étais, à Aureilhan, dans la cuisine, quand mon père parlait, ou dans le Tourmalet quand Bahamontes passait, seul. Un nouveau roman bientôt ? Probablement, mais laissons les mots décider, cher Philippe. Et faisons nôtres ceux d’André Breton : « Après toi, mon beau langage ! »
 

Philippe Chauché

http://www.lacauselitteraire.fr/le-tour-de-france-christian-laborde-par-philippe-chauche
http://www.lacauselitteraire.fr/rencontre-philippe-chauche-et-christian-laborde

vendredi 31 mai 2019

Pascal Boulanger dans La Cause Littéraire







« Aragon a été rimbaldien : Je ressentais vivement l’espoir de toucher à une serrure de l’univers : si le pêne allait tout à coup glisser. Rimbaud : J’ai seul la clé de cette parade sauvage. Et puis Aragon a renoncé, il est tombé dans les bras de maman Triolet et du Parti communiste (à l’inverse Artaud n’a jamais cédé, mais au prix de la folie) ».
 
Les chemins de Pascal Boulanger ne sont jamais de charmants layons ombragés et odorants, il goûte plus profondément les sentiers escarpés, les chemins caillouteux où à chaque pas on risque la chute. Les à-pics, les falaises, l’océan en furie au pied du tombeau de Chateaubriand. Il s’y aventure sans complaisance, comme il s’aventure sur les plages près de chez lui en Bretagne, écrire c’est aussi entendre le silence du vieil océan.
L’écrivain poète croise le fer avec le réel et l’histoire, ne ruse pas avec son siècle, mais lui rend coup pour coup. Il sait que le style est l’arme la plus affutée des poètes,  il sait que pour bien écrire, il faut savoir bien lire, que se soit Aragon, Rimbaud (dont il partage l’écoute précise avec Marcelin Pleynet), de Gaulle et Debord (le co-fondateur de l’Internationale Situationniste s’amusera à détourner le Général dans Panégyrique : Toute ma vie, j’ai n’ai vu que des temps troublés… quand de Gaulle écrit : Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France), Lautréamont, Claudel (Un poète regarde la Croix… La Croix, le vertical de la transcendance et l’horizontal de l’immanence se croisent sur un corps jeté en pâture, autrement dit, sur l’actualité comme reconduction de l’Enfer), Claude Minière, Philippe Muray et Arno Schmidt. Ils l’accompagnent, il vérifie à leurs côtés la pertinence de leur singulière présence dans ces carnets acides et heureux.
 
 
 
 
« Je suis issu d’une famille nombreuse : Baudelaire, Rimbaud, Claudel, Léon Bloy, Péguy, Pasolini, Louis Calaferte… La liste est longue, je cite ceux-là à dessein. Voilà des témoins qui ne s’embarquent pas dans la nef des fous, bouche béante et langue vide ».
« Je suis en avance… J’aime aimer d’avance ».
« Le mal aimé est mal armé ».
 
 
 
 
C’est bien, ici, comme dans sa lumineuse Anthologie 1991-2008 (L’œil habillé d’une paupière n’est pas dans la tombe. D’ailleurs, placé en ce lieu de parole qui fait parole, Rien ne meurt qui a commencé), une affaire de style qui prévaut, le style comme une arme aiguisée à souhait. Pour bien frapper, il faut frapper juste et avec la rapidité de l’éclair. Face à ce qu’il qualifie de nihilisme actif ou passif, aux concessions à la platitude, à l’épuration technique (…) qui gagne en effet, et depuis des années, les médiathèques avec la complicité de la plupart des nouveaux bibliothécaires incultesà la débâcle collective, il porte le fer. Ses armes : les grands complices de la pensée, de la poésie et de la littérature, des mots et de phrases explosives. Si vous vous demandez : Pascal Boulanger combien de divisions ? Nous répondons des siècles de romans et de poèmes, de dictionnaires et d’encyclopédies, de penseurs et de poètes, de romanciers et de saints.
 
« Pourquoi j’apprécie tant le catholicisme de la Contre-Réforme ? Parce que l’incarnation est une poésie grandiose…
Le sang qui baigne le cœur est pensée (Empédocle) ».
« Chaque jour, avec nos yeux de chair grands ouverts, sur la musique, sur les ruines de la ville, chaque jour est un miracle ».
 
Jusqu’à présent je suis en chemin va aggraver cette mauvaise réputation du poète, trop à droite diront certains, trop conservateur ajouteront d’autres censeurs embusqués, trop chrétien pourra-t-on peut-être lire ici, et d’autres compliments qui ne manqueront pas à l’appel, mais Pascal Boulanger ne s’en émeut pas, il lit, il écrit, il griffe, il convoque, compare, admire et raille, il est en guerre. C’est un nouvel acte de la guerre du style qu’il partage avec un Girondin des Lettres.


Philippe Chauché

http://www.lacauselitteraire.fr/jusqu-a-present-je-suis-en-chemin-carnets-2016-2018-pascal-boulanger-par-philippe-chauche