
" La plupart des critiques d'art ( Cézanne : " Ne soyez pas critique d'art ! Faites de la peinture ! Là est le salut ! " ) sont ici gênés par le " catholicisme " de l'auteur des Grandes Baigneuses, lequel, sur la fin, confesse qu'il ne peut plus aller, comme d'habitude, écouter la messe à la cathédrale d'Aix parce qu'un " crétin d'abbé tient les orgues et joue faux ", en ajoutant : " Je crois que pour être catholique, il faut être privé de tout sentiment de justesse, mais l'oeil ouvert sur les intérêts. " N'empêche : on ne plaiante pas, en 1905 - 1906, avec ces choses, pas plus qu'aujourd'hui. Le clergé anticlérical veille. Ce Cézanne a peur de la mort, disent-ils. Il a besoin de protection, il est un peu dérangé, on expliquera ça un jour par ses relations d'amour-haine avec son père, la psychanalyse n'est pas encore là mais il n'y en a pas pour longtemps. De toute façon, son diabète s'est aggravé. Il est de plus en plus susceptible, nerveux, irritable. Phobique ? Paranoïaque ? J'allais le dire. Il admet lui-même, dans sa correspondance, avoir des " troubles cérébraux ", vous voyez bien. Finalement, c'est un conservateur, pas un tableau sur la Commune de Paris, pas un mot, mais des réticences facilement amplifiables, sur l'Affaire Dreyfus, une amitié douteuse pour les régionalistes qui vont devenir, c'est forcé, plus ou moins fascistes, tout cela est suspect, et s'il " s'appuie sur Rome ", comme il le dit, c'est bien la preuve de sa faiblesse de caractère. Ainsi va le psychologisme courant, véritable plaie d'époque, taie immédiate sur l'oeil. Cézanne ne manifeste aucun intérêt pour la radieuse expérience humaine qui s'annonce, millions de morts en vue, camps d'extermination ? En effet. Il veut du temps, le plus de temps possible. " (1)
à suivre
Philippe Chauché
(1) Le paradis de Cézanne / Philippe Sollers / Éloge de l'Infini / Gallimard
Mais notre savoir vient aussi, souvent, de cette redoutable voie de sirène qui, d'un lointain d'allure si proche, nous assure qu'ils n'existent pas, ces peintres aux nus d'élévation, ces musiciens amoureux des vols de martinets, ces écrivains à la fine épée, qu'ils ne sont que mirages, qu'ils ne sont pas de ce monde, notre monde ! et qu'ainsi, parce qu'irréels, ils ne peuvent avoir aucun effet sur lui !
RépondreSupprimerMerci Philippe
Amitié.
Gilles