lundi 15 juin 2020

Thibault Biscarrat dans La Cause Littéraire




« Il avance par fragments, séquences et fulgurances, psalmodiant un chant d’amour ou de désastre, c’est selon » (Patricia Boyer de Latour).
« Mon visage a la forme d’une pierre. Poussière mon corps, poussière ce que je dis.
La parole scinde le masque et l’offrande ».
 
 
 
 
L’homme des grands départs se lit et s’entend en écho au Livre de Mémoire, deux livres kabbalistiques, qui littéralement transmettent les visions de l’écrivain. Qui sait voir, sait écrire, et qui sait écrire, se doit de savoir voir. C’est le Zohar qui ouvrait Le Livre de Mémoire, comme le rappel d’une parole immortelle, ici, c’est l’Exode, dont le poète est un lecteur privilégiévous serez pour moi privilégié parmi tous les peuples, car toute la terre est à moi (1). Thibault Biscarrat est un voyant : Elle est retrouvée. Quoi ? – L’Eternité (2), et sa poésie, qui ne ressemble à aucune autre, suit pas à pas ce chemin d’Eternité, donc de liberté.
 
D’où vient cette poésie vibrante ? L’auteur nous en donne les traces naturelles : de l’eau, la terre, l’air et le feu. L’homme des grands départs est un livre de feu – Il est un brasier où les mots prennent source, s’assemblent –, un poème de terre – Je mesure les nuits d’ascèse, les longues marches, leurs splendeurs –, d’eau – Fraîcheur de la source –, et d’air – Je me lève alors dans le vent, la parole flambe tressée d’amour et de feu.
L’homme des grands départs est le livre de l’exil, du départ, de la traversée, d’une longue marche poétique où le corps se risque, où les mots s’y apaisent et s’enrichissent. Il faut saisir les stances de l’écrivain, ces demeures d’où il écrit, le Livre en est une, une demeure aux langues qui flambent, labyrinthique, qui ne se découvre pas d’un coup de dés, mais avec la patience de l’orfèvre qui polit ses mots et ses phrases, les assemble et leur donne vie.
 
« Il est un lieu au-dessus de tout,
Il est une voix qui résume le monde,
Il est un visage que recouvrent les lettres de l’alphabet.
La langue porte un mystère que le poème éclaire.
D’ombres sur ombres, en nuances d’ocres plus claires,
Le poème charrie sa lumière ».
 
L’homme des grands départs est livre façonné de beautés et de musiques. L’écrivain qui est aussi musicien sait que la poésie doit s’entendre, s’écouter, se chanter intérieurement pour qu’elle prenne corps, il écrit à vue d’oreille. Thibault Biscarrat prend très au sérieux la parole, les paroles divines – tout retourne à la parole, et donc très au sérieux la musique de la langue. C’est une parole qui s’entend et s’écrit, une parole vivante, comme ces langues que l’on dit mortes, mais qui ne sont qu’endormies. L’écrivain réveille ces langues, ces phrases endormies, comme un peintre, et leur donne, miraculeusement, une nouvelle vie qui rayonne et embrase son livre gracieux et profond, comme un chant.
 
Philippe Chauché
 
(1) Exode XIX, 6-15, La Loi ou le Pentateuque, trad. Edouard Dhorme, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1956
(2) L’EternitéVers nouveaux et chansons, Arthur Rimbaud, Edition d’Antoine Adam, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1972
 
http://www.lacauselitteraire.fr/l-homme-des-grands-departs-thibault-biscarrat-par-philippe-chauche

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