samedi 25 février 2012

Transpositions 6


Edouard Manet 1832-1883
Il lui arrivait souvent de se laisser enfermer dans les musées, pour cela il avait un secret, se glisser dans l'invisible de l'être, savoir acquis lors de fréquentations régulières de hauts dignitaires Thang, précise-t-il, il était bien là assis à deux mètres de la toile de Manet et en même temps au coeur du mouvement de la toile, les gardiens passaient devant lui sans le voir, comme les visiteurs passent devant les toiles sans les voir, dans le blanc des fleurs, sur cette banquette de bois doré, dans le silence de la nuit qui allait bientôt s'installer dans chaque salle du musée, il écoutait avec toute l'attention du chasseur, arc tendu, lèvres serrées, muscles prêts, parfois un gardien lors de son ultime ronde sentait un mouvement de tension dans un tableau, il s'approchait, braquait sa lampe torche sur le bouquet de fleur, finissait par rire de sa réaction, et reprenait sa longue marche colorée des éclats que lançaient les tableaux, il pouvait alors s'assoupir, car il lui arrivait souvent de s'endormir devant un tableau la nuit dans un musée et de se remémorer :

" Le soleil a franchi pour se coucher la chaîne de ces hautes montagnes,
Et bientôt toutes les vallées se sont perdues dans les ombres du soir.
La lune surgit du milieu des pins, amenant la fraîcheur avec elle,
Le vent qui souffle et les ruisseaux qui coulent remplissent mon oreille de sons purs... " (1)

à suivre

Philippe Chauché

(1) Le poète attend son ami Ting-kong dans une grotte du mont Nié-chy / Mong-Kao-Jèn / Poésie de l'époque des Thang / traduc. Marquis d'Hervey-Saint-Denys / Éditions Ivrea / 2007

1 commentaire:

Laissez un commentaire