samedi 16 février 2013

La Vague

Deux phrases, se saisir de deux phrases pour commencer, comme l'on se saisit de deux mains pour tour à tour les embrasser :

" C'est un hiver aux allures de printemps, le ciel est magnifique, j'ai marché sans but dans la nature plusieurs heures et j'ai atteint un petit promontoire qui surplombe la vallée. "

" Elle oublie tout ce qu'elle est, elle oublie tout ce qui l'a damnée, tout ce qu'elle a vécu jadis, elle sait qu'elle n'est pas folle, elle n'a pas assez de forces pour le prouver, quelqu'un devra le faire pour elle. "

Une pour l'ouverture, l'autre pour le final de ce troublant et léger petit roman, troublant car dans la beauté du style - qui ne surprendra pas ceux qui ont lu L'homme pacifique et Un voyage humain - se glisse cette étrange jeune femme, saisie parfois de tremblements des sens, d'une douleur qui par instant la recouvre comme une vague venue du large, du lointain invisible où naissent ces montagnes d'eau qui n'épargnent personne lorsqu'elles s'ouvrent et s'élancent vers les dunes. Un geste amoureux, de regard trop doux, suffisent à déclencher mille décharges de douleur, et la belle de la forêt se marbre de peur, le narrateur n'y peut mais, sauf à adoucir ses doutes de ses mots, sauf à offrir ses phrases comme l'on lance une bouée du quai, sauf à faire de son regard un phare d'espérance. Marc Pautrel a deux croyances, dans le style, la beauté de la phrase française, nette, juste, musicale, ne cherchant jamais à montrer qu'elle en sait beaucoup de sa genèse, mais la déroulant, comme l'on déroule un tapie de soie,  et dans ses personnages qui ont la légèreté d'une mouette qui se joue de l'écume et des vents mauvais, même aux pires moments, le vol est libre et éblouissant.

" Alors elle s'étire, les bras vers le ciel, les paumes ouvertes comme si elle voulait repousser les planètes, puis elle se dresse sur la pointe des pieds. Je la vois qui monte sur le muret, ouvre ses bras comme pour embrasser l'éther, puis en un geste de prière les réunit à nouveau au-dessus de sa tête. Elle admire la vallée. "

" Je me tiens tout près d'elle, elle est d'une beauté suffocante, j'en crois à peine mes yeux. C'est à moi qu'elle parle et ce sont mes réponses qui la font rire. "

" Nous sommes maintenant assis dans la cuisine à la table carrée. Je suis dos à la fenêtre, elle me fait face, son visage est parfaitement éclairé par la lumière du dehors, elle resplendit, je pense : Elle est stellaire. Puis, par référence au nom que les psychiatres donnent aux patients comme elle, bipolaires, je rectifie aussitôt : Elle est polaire. Oui, elle est perchée sur une des deux extrémités du monde. "

Ce petit livre vous accompagnera longtemps.

à suivre

Philippe Chauché





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