lundi 5 mars 2012

L'Art et le Motif




" Le dessin, c'est le temps capté et perdu en même temps. Il faut aller sur le motif pour apprendre cela : cette fécondité de l'échec, qui est la matière même dont sont faites les oeuvres véritables. "

Le motif, toujours le motif, Matisse, Cézanne, mais aussi Watteau et Fragonard, et Van Gogh et Bacon, le motif, histoire d'y être réellement, physiquement, romanesquement, le motif une vivante histoire du réel, que le fusain, la gouache, l'acrylique, révèlent, note-t-il, de mille traits et de mille touches, le réel est une fontaine de jouvance où se baigne le peintre, et c'est du réel que viennent les arbres de Hollan, des arbres qui sont la vibration d'une immense forêt qui est celle de l'histoire de la peinture ; le peintre est dessinateur, le dessinateur peintre, tout un programme qui est l'essence même de sa présence sur le motif, et le motif donne à voir, à dessiner, à peindre et à vivre sur la toile et la feuille ce qui se vit là lorsque le regard est un regard et non sa vague projection ; la main dit le motif que saisit l'oeil, et son mouvement permanent déroule le Temps et toute la peinture s'en trouve retournée comme un arbre sous l'orage. (2)



" L'arbre symbolique, assemblé de petites lignes, que Matisse nomme " l'arbre d'école ", est une esquisse non pas de l'arbre en soi, mais du principe de fixité inhérent à l'existence en tant que plante... Dans ses notes rédigées en français, Hollan déclare que " l'arbre est invisible "..." Je le regarde cent fois et ils m'accueillent toujours avec la même apparence. "... " L'arbre est si complexe que l'oeil ne le voit jamais deux fois de la même manière "... Dans sa peinture, la différence réside dans les variations de lumières. Dans ces changements a coeur de son atelier d'hiver, il existe une équivalence entre le changement de couleur et le changement de forme. En été, ses arbres émergent et se fondent dans une variation de gris, sa transition  en est la tonalité et sa nature aussi. "  (3)



La beauté absolue et nécessaire du trait, le trait saisit sur le motif ou dans l'atelier, le trait de l'arbre est le trait du peintre, les gris, les noirs, les jaunes et les rouges, rares sont ceux qui touchent à cette aventure là.



à suivre sur le motif

Philippe Chauché

(1) Pierre Wat / L'épreuve de l'arbre / Cinq remarques sur le travail d'Alexandre Hollan / Alexandre Hollan / Le chemin de l'arbre / Musée Fabre de Montpellier / 2012
(2) Musée Fabre de Montpellier jusqu'au 3 juin 2012
(3) Péter Nadas / Arbor mundi / d°

4 commentaires:

  1. Aller sur le motif c'est prendre la mesure de la distance entre la réalité et l'art. Qu'on aime ou non l'œuvre produite par l'artiste, sa capacité à transformer ce que voit le vulgaire est admirable car impossible de tricher. Avant s'exposer son travail, l'artiste s'expose lui même quand il se mesure au motif. Il expose son engagement à le retranscrire. S'il se cache, s'il s'économiste, s'il triche, ces restrictions seront l'essence du travail. Alors, que va chercher le public? La puissance de cette transgression de la pudeur à se livrer sans doute. Et selon qu'il sera ou non Éclairé, il acceptera sans besoin de le nommer, le tumulte de cet impérieux besoin de créer, projettera ses propres émotions dans les intentions de l'artistes, rejettera en bloc cette immense force comme l'expression d'une tellurique expression de liberté inaccessible poir lui... Qui sait?

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  2. Se trouver sur le motif d' un peintre c'est prendre la mesure de sa puissance. Le motif émeut, la peinture trouble, regarder les deux alternativement vous terrasse. La réification d' un paysage pourrait l'amoindrir et, selon le peintre, à la fois semblable et autre, le motif peint, la toile représentative permettent d'evaluer la distance entre le motif et l'oeuve. Cette distance c''est le talent, le génie.

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  3. Les anonymes ont du talent.

    Philippe Chauché

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