mercredi 6 juin 2012

Lui et les Autres


" Cribler la scène de grossièretés exemplaires de tact. Boxer contre l'époque mais prenant des gants pour éviter un scandale autre que celui de la simplicité, des formes et dans les formes. Démêler l'écheveau des lignes, refuser l'énigme en cours. Être encore plus ambitieux, plus juste, plus musical. " Je cherche quelque chose qui peut-être n'existe pas : le coup juste. ", dira McEnroe. Prouvez-le. Je pense à cette anecdote, Jean-Sébastien Bach répondant à l'admiration d'un élève : " Il s'agit de frapper les notes juste au bon moment. " Notez bien. Non pas les coups justes mais les coups justes au bon moment, juste comme ce qui relie la frappe au temps lui-même. Et comme résultat immédiat le bon moment ( je souligne ). Ici l'amateur supérieur paré prend le pari d'une avancée momentanée de la joie contenu dans un signe dérisoire, ce qui la distingue à jamais d'un modèle compétitif de bonheur professionnel. Un présent qui ne s'expose pas : inférieur du point de vue de l'offre et de la demande. De courte durée mais infinie. Sentir profondément l'instant, voilà. Ses stridences. Ses effloraisons. Ses basses. Son écriture. Cela passe bien sûr par une variété incessante des effets, de la cadence, du rythme, alternance du lift ( un peu ) et du slice ( en revers surtout ). Rigueur dans la fantaisie, maîtrise dans l'improvisation, fugue de fond. " (1)






Chercher le musicien là où il n'est pas censé être, c'est à cela qu'il s'emploie souvent, le corps amoureux lorsqu'il ne s'accorde pas au mouvement du Temps joue faux, lisez vraiment ce que vous êtes en train de lire en ce moment, non avec l'oeil, mais avec l'oreille, exercice très spirituel et finalement peu usité. Dans ce qui l'occupe là, le tennis, et qu'il lui arrive de regarder de ce qui s'y joue - au sens musical où il l'entend - il cherche la cadence, la fantaisie, la maîtrise, cette lame de fond, ce rondo qui tourne et vire à l'improvisation, McEnroe, c'est Jimmy Giuffre, Free Fall, et aujourd'hui, qui, quoi, où, il cherche cet art musical qui éclaire si bien le tennis lorsqu'il se livre et se délivre.

à suivre

Philippe Chauché

(1) Le scandale McEnroe / Thomas A. Ravier / L'Infini / Gallimard / 2006

9 commentaires:

  1. (( "...lorsqu'il ne qui ne s'accorde pas..."

    petite fausse note. ;-) ))

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  2. Lazarine de Manosque7 juin 2012 à 18:03

    De quoi parle-t-on? Ces partitions de différents instruments qui sont ici évoquées, piano, clavecin, raquette, lettres, verbes, mots, ne pourraient, pardon d'y revenir, prendre leur pleine dismensions sans sincérité et engagement. La technique ne suffit pas. L'appel est multisensoriel. Tonicité, écoute, toucher, fusion avec ce qui doit être fait pour que ça le soit bien,justement.

    Eh oui, les vieux démons de l'engagement, banière rouge ou partition, violon alto ou triangle, tuba ou flûte traversière, poème amoureux où discours enflammé,même parfaitement exécutés, ils pourraient ^jusque porter à rire sans la sincérité de l'engagement.
    Médiocre bafouillement, pianotement malhabile, si la générosité les porte, on pourra se laisser emporter. Peut-être pas convaincre, certainement pas transporter, mais il y aura plus de vie que face à une technique parfaite et désincarnée.

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  3. Lazarine de Manosque7 juin 2012 à 18:23

    Orthographe approximative pour cause de priorité au sens, encore une tolérance que provoque la sincérité de l engagement

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  4. On dit pas "engagement", on dit "service" ! ;-)

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  5. Lazarine de Manosque8 juin 2012 à 06:02

    Les serfs servent. Ils ont un maître. Moi non.

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  6. Aucun maître ?

    Pas même vous-même ?

    Les maîtres se cachent partout, même en soi...

    Peut-on se délivrer de son maître intérieur ? Vous savez, celui qui commande nos actions, nos "engagements"...

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  7. Lazarine de Manosque8 juin 2012 à 13:59

    Non Cédric, pas de maître auquel m esservir. Partenaire, exemple, référence le tout librement consenti, des deals parfois mais nulle servitude, encore moins de servilité.
    Bien à toi

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  8. Voilà des mots qui sonnent joliment !

    La question devient "A quel degré se contraint-on à librement consentir ?"...

    Tout autant de bien à toi.

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  9. Lazarine de Manosque9 juin 2012 à 02:46

    Les enjeux ! Le "consentement à payer". Le seuil ne sera pas le même selon l âge, les rencontres, les envies, besoins, toquades, le Désir

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