jeudi 8 avril 2021

Pascal Boulanger et Lambert Schlechter dans La Cause Littéraire

« Qui dans le lointain / devient reconnaissable / sinon celle dont les baisers / sont comme des reflets du ciel ? / Là où le vent léger, quelques nuages, / adoucissent celui qui marche ; / l’agréable de ce monde / quand veille celle au souffle qui se penche / sur l’arc de vie / en bleu l’école de ses yeux » (Pascal Boulanger). 

« ne pas chercher ne plus chercher / laisser faire laisser voir / 
qui cherche ne trouve pas / qui trouve ne cherche plus / 
la feuille qui tombe / est une feuille qui tombe / 
un cœur qui bat / va s’arrêter de battre / 
savoure la merveille de l’instant » (Lambert Schlechter) 




L’un écrit face à l’océan sous la haute protection d’Hölderlin, l’autre colorie ses neuvaines que protège la plus luxuriante des bibliothèques. Pascal Boulanger et Lambert Schlechter sont deux écrivains uniques, attentifs l’un comme l’autre aux éclats de la nature qui se dévoile et s’offre à leurs yeux inspirés, attentifs aux mots, à ce qu’ils disent, ce qu’ils révèlent et parfois ce qu’ils dissimulent, au temps suspendu qui se livre aux âmes vives. On les imagine tissant une étourdissante correspondance, une musique de chambre à deux ou trois voix, entre la Bretagne – Le chant haute marée battant le rivage / acte aussi le ciel en tumulte –, et la Moselle Luxembourgeoise – écoute plutôt le merle / qui n’a aucun message / il ne fait que chanter et il n’y a rien à comprendre / sa mélodie te ramène à l’essentiel, qui pourrait, qui sait, voir le jour aux éditions Tinbad que tous les deux fréquentent. L’un passe au tamis sa poésie romanesque, ses trames vivifiantes, l’autre, son aîné, bâtit livre après livre une cathédrale de mots qui reflète sa vie, une cathédrale d’instants, de sensations, d’images, de parfums qui illuminent son visage, les deux écrivains partagent ce lieu intime où se reflète le monde. Tous les deux savent que pour bien écrire, il faut savoir bien voir et bien écouter, et ils savent que la nature est une luxurieuse encyclopédie qu’ils ne cessent d’ouvrir et d’admirer. 

« Naissance d’un jour lumineux, perlé / elle seule est réelle. / Aux pluies fertiles d’été / l’éternel donneur d’énergie comme / amour répare la perte » (Pascal Boulanger). 

« comment ce jour-là, nous sommes assis / devant la mer, ensemble, en silence / 
regardant les vagues, si proches / regardant l’horizon, si lointain / 
après tant d’années ce silence / vibre encore en moi, plein de nous / 
après tant d’années, loin de la mer / je suis assis, et notre beau silence / 
n’est plus que ton hostile mutisme » (Lambert Schlechter). 

Pascal Boulanger est un grand lecteur qui chemine entre livres et falaises, sans jamais oublier de se laisser inspirer, là par un vent léger, ici par un jour lumineux où se glisse l’aimée, mais aussi nourri par le Mont Saint-Michel ou la tombe de Chateaubriand – Ma tête que tant d’orages insultèrent en emportant ma chevelure était sensible au souffle du vent (1) –, plus loin Hölderlin – Le vent du nord-est se lève, / De tous les vents mon préféré / Parce qu’il promet aux marins / Haleine ardente et traversée heureuse (2). Ce sont ces Grandes Présences qui irriguent son art corsaire. Lambert Schlechter est un grand collectionneur, qui chaque jour fait renaître sa bibliothèque emportée par les flammes, un grand lecteur, et un écrivain de la Haute Mer, ici superbement accompagné des dessins fins et soyeux de Lysiane Schlechter qui prolongent comme un écho, et des ricochets, cette lumineuse quête littéraire. Lambert Schlechter publie une Odyssée qui ne compte pas moins d’une trentaine de volumes qui jonglent entre récits, et romances. L’écrivain a du style, autrement dit une voix, un murmure, quand nous le lisons nous l’entendons, une voix qui déroule ses mots et ses phrases, comme un pêcheur son filet, et nous offre sa vie aux lettres enluminées. 

Philippe Chauché 

(1) Mémoires d’outre-tombe, in Paysage de Chateaubriand, Jean-Pierre Richard, Editions du Seuil, 1967 
(2) Souvenir, Hymnes, Bibliothèque de la Pléiade, Edition de Philippe Jaccottet, Gallimard, 1967

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