vendredi 20 décembre 2013

Parisis et Roberts dans la Cause Littéraire


Tiens, me dis-je, un petit livre sur Jean-Marc Roberts par un autre Jean-Marc, dont je ne sais rien. Il est là devant mes yeux, sur la table d'une librairie parisienne où un ou deux exemplaires de chaque nouveauté est sur le champ soldé. Livres offerts, services de presse trop vite lus, vite oubliés, détestés, délestés, que sais-je ? Je me souviens d'avoir ainsi acquis l'an passé, trois ou quatre livres dédicacés par leurs auteurs, des envois comme l'on dit, envois revendus à bas prix sans laisser d'adresse en quelque sorte. Sur le boulevard, j'ai glissé le livre dans la poche intérieure de ma veste, l'ouvrant, le refermant, le laissant faire son nid durant les deux jours de ce séjour Capital. Alors lisons :

" Beaucoup de ses livres pouvaient se lire comme des lettres tardives, retenues, à des enfants, des femmes, des amis, des lecteurs. Façon de réapparaître, de refaire l'histoire en un clin d'œil, de ressortir l'un de ses tours que les autres n'auraient pas compris, qui leur avait échappé. "

La mort de Jean-Marc Roberts, c'est cela, une lettre tardive, retenue, lettre roman à un éditeur qui était aussi écrivain, à un écrivain-éditeur, un clin d'œil à la vie face à la domination outrageuse de la mort, un tour, un petit tour, pour en rire à jamais. Les livres ont des dialogues dont nous ignorons tout, quelle musique dans ma bibliothèque !  Les livres ne meurent jamais, ils parlent, se contredisent, s’admirent,  bourdonnent, bouillonnent. Les phrases comme les étreintes, ne s'éteignent point, il suffit, et ce n'est pas une mince affaire, de savoir écrire et bien écrire, c'est le cas de Jean-Marc Parisis, de savoir lire et bien lire, ce furent les manières de Jean-Marc Roberts. La vie est une fête, pensais-je, sous le regard amusé d'un styliste de la vie, amateur de femmes, d'alcools forts, de désespoirs comptés, de toros, et de chasse au lion en Afrique. Alors comme chez l'américain à Biarritz, les fantômes et les déesses s'invitent, les bavards et les silencieux, les talentueux et les opportunistes de salon, tous ont leur mot à dire sur l'éditeur au visage d'adolescent, sur l'écrivain, sur l'homme,  pas mal de blabla, de chichi, de pleureuses, et parfois, comme un éclair, une phrase nette, une phrase de romancier, un livre en offrande, pour poursuivre l'aventure. Beau programme !

Dans la tristesse… Là encore, mauvaise pioche. J'étais moins triste que désappointé, sombre, las. Nous partagions au moins cela, la fin, les fins nous révoltaient, nous insultaient. La mort signait la défaite de la fiction. Restait la triste vérité, on allait s'ennuyer sans lui. "

Bonne pioche que ce petit livre, il nous donne de bien belles nouvelles de l’éditeur-auteur disparu, en mouvement permanent, d’une écriture l’autre, la sienne et celle des autres, d’une passion l’une, la littérature. N’est pas éditeur qui veut ! Il faut avoir été bien accompagné par les hommes et les livres passés et à venir, il faut avoir cette science de la saveur et du savoir, l’âpreté de la sagesse, et la douceur de la colère, le regard aiguisé et la main musicale, il faut être après avoir été, et l’inverse.
Belle occasion d’ouvrir à nouveau Deux vies valent mieux qu’une, de Jean-Marc Roberts – Flammarion - l’ultime éclat de l’écrivain-éditeur, d’un récit l’autre, vérité et fiction, fiction de sa réalité, rire illuminé porté par une voix de bonheur.

«  Et puis, il y a ces messages inénarrables délivrés sur mon portable que j’écoute attentivement. Des voix de malheur, d’outre-tombe, à l’entame souvent identique : «  Mon pauvre Jean-Marc, qu’est-ce j’apprends là… ! » Je ne leur réponds que par texto : Père-Lachaise, allée 23, tombe 608. Visites autorisées tous les jours de 9 heures à 19 heures. »

Instant magique que de faire se rencontrer ces deux récits : ils s’écoutent et se répondent, et ont encore et toujours mille choses à s’écrire et à se dire.

Philippe Chauché 


 http://www.lacauselitteraire.fr/



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