vendredi 19 novembre 2021
Fouad El-Etr dans La Cause Littéraire
mardi 16 novembre 2021
En mémoire d'une saison de pluie de Fouad El-Etr dans La Cause Littéraire
mardi 2 novembre 2021
La Divine Comédie de Dante dans La Cause Littéraire
mardi 26 octobre 2021
J'ai exécuté un chien de l'enfer de David di Nota dans La Cause Littéraire
mardi 19 octobre 2021
Wonder Landes d'Alexandre Labruffe dans La Cause Littéraire
mercredi 13 octobre 2021
Insula Bartleby de Serge Airoldi dans La Cause Littéraire
« La révolte de Bartleby est une música callada ou bien une soledad sonora, dans quelque nuit obscure jamais apaisée où ne vient aucun détachement, aucune illumination. La révolte de Bartleby ne sert à rien qu’à sa fin même ».
Insula Bartleby est un vibrant et pétillant hommage au roman d’Herman Melville. Un hommage construit comme un puzzle littéraire, où le lecteur croise citations et réflexions, traductions, et impressions de l’auteur sur ce livre étrange, qu’il n’a plus qu’à assembler pour voir apparaître un heureux petit roman tout aussi étrange que celui qui l’a inspiré.
Bartleby d’Herman Melville est aussi ce puzzle, où le lecteur est invité à rassembler ces pièces éparpillées, pour tenter d’en saisir la complexité, l’ampleur, la force d’inertie romanesque du scribe de Wall Street, de voir se dessiner son visage, son corps de clown triste, d’écouter avec grande attention les quelques mots dont il se déleste, et d’en saisir l’humour, comme s’il voyait Buster Keaton campant Bartleby et devenant en un tour de magie cinématographique le scribe de Melville. Serge Airoldi est un chef d’orchestre qui a, face à lui, traducteurs – ces œnologues des lettres – et écrivains, qui à leur tour jouent cette partition silencieuse, cette musique tue, silencieuse, écrivait José Bergamin dans La Solitude sonore du toreo (1), en écho au commentaire de Jean de la Croix sur Le Cantique des Cantiques, comme si Bartleby vivait dans la solitude sonore de son bureau-maison. Il s’agit de se laisser guider par une phrase qui est la phrase fondatrice de ce petit roman, I, would prefer not to, traduite là par : Je
préférerais ne pas ; ici : J’aimerais mieux pas ; ou encore : Je préférerais n’en rien faire ; et ainsi vont les traductions. L’auteur en a relevé dix, toutes à leur manière éveillent en cette langue l’écho de l’original, note Walter Benjamin, qui est lui aussi convié à cette évocation ludique. Les traductions devenant par miracle les échos du roman, de multiples échos. Insula Bartleby est à sa manière savante et savoureuse un écho, un ricochet sur l’eau qui semble calme, du roman de Melville.
« Qui sait où nous conduit Bartleby depuis le refuge de sa grotte, de sa glotte qui gratte et grippe le système ? Sa glotte qui s’interrompt. Qui rompt ».
« Je boutonnai ma jaquette, me redressai ; j’avançai lentement vers lui, lui touchai l’épaule et dis :
“L’heure est venue ; vous devez quitter les lieux ; j’en suis désolé pour vous ; voici de l’argent ; mais vous devez partir.
– Je préférerais ne pas, répliqua-t-il, toujours de dos.
– Vous le devez”.
Il resta silencieux » (Bartleby le scribe, Herman Melville, trad. anglais Jean-Yves Lacroix, Editions Allia).
Serge Airoldi a sous les yeux pour éclairer le roman de Melville, une bibliothèque des plus étourdissantes, des écrivains, des traducteurs et des commentateurs, qui ne manquent pas d’audace, comme l’auteur n’en manque jamais. Il saute de l’un à l’autre, tel un furet des lettres. La figure invisible de Bartleby se dessine page après page, ses mots, son retrait, et ses silences, ses mystères, sa résistance, non au système, mais peut-être à lui-même. Il ne se mure pas dans le silence, mais n’a qu’une phrase à la bouche, qui finit par le conduire en prison, où il n’a plus de mots. Un roman s’écrit face à un mur du silence, comme Bartleby rêveur, simplement arrêté là, sans pouvoir aller plus loin, comme avalé lui aussi par une baleine blanche, et ne pouvant que répondre aux sollicitations des humains qui ignorent tout de sa destinée : I, would prefer not to. A nous d’en déduire ce que l’on souhaite, à nous de l’interpréter comme on l’entend, à nous de prolonger cette énigme sans évidemment être sûr de pouvoir un jour en trouver le sens et la raison. Il n’est finalement pas très raisonnable d’écrire un tel roman, et encore moins de s’y prélasser, d’en faire un petit festin littéraire, Serge Airoldi n’est pas très raisonnable, c’est ce qui fait le charme de son livre.
Philippe Chauché
(1) « Musique pour les yeux de l’âme et pour l’oreille du cœur, qui est la troisième dont nous parlait Nietzsche, celle qui écoute les harmonies intérieures » (La Solitude sonore du toreo, José Bergamin, trad. espagnol, Florence Delay, Fiction & Cie, Seuil, 1989).
http://www.lacauselitteraire.fr/insula-bartleby-serge-airoldi-par-philippe-chauche
vendredi 8 octobre 2021
Le mystère Richelieu de Philippe Le Guillou dans La Cause Littéraire
mardi 28 septembre 2021
Christian Laborde : Bonheur et Le Bazar de l'hôtel de vie dans La Cause Littéraire
vendredi 24 septembre 2021
Les Bourgeois de Calais de Michel Bernard dans La Cause Littéraire
mercredi 15 septembre 2021
L'art de naviguer d'Antonio de Guevara et L'art de faire naufrage de Pierre Senges dans La Cause Littéraire
jeudi 9 septembre 2021
Une année de solitude de Didier Ben Loulou dans La Cause Littéraire
« Jusqu’à quel âge se sent-on immortel ? Sûrement jusqu’à ce que tu ne puisses plus avancer ni sentir les “onze encens de la beauté du monde” ».
« Être à Jérusalem, c’est avoir choisi d’être définitivement dans la rupture ».
« Tu es accompagné, lors de ton dîner ce vendredi soir, par un petit bouquet de fleurs sauvages qui poussent un peu partout en abondance : fleurs jaunes et oranges, capucines et mimosa. Elles tiennent conversation à ton âme et la tendresse de leurs pétales te fait sentir que la vie ne tient qu’à un souffle ».
Une année de solitude, c’est une année passée à écrire, à lire, à écouter, à parler, à photographier, une année virale qui semble durer un siècle. Une année qui s’ouvre un 12 janvier froid à Paris, un jour sans éclat, où les mots et l’amour s’envolent, les uns reviendront, l’autre qui le sait. Une année qui s’achève un an plus tard par une citation d’Hölderlin : Mais toi, tu es né pour un jour limpide. Une année de solitude à Jérusalem, ce lieu hors de tout, intermédiaire entre ciel et terre ; parfois cloîtré dans son bureau, sur sa petite terrasse, parfois arpentant comme il le fait depuis des années les rues de la vieille ville et ses collines.
L’écrivain-photographe est à l’affût du mouvement invisible des pierres sacrées, des lettres inspirées et inspirantes qu’il découvre sur les pierres tombales, souvent ouvrant un livre et notant dans son journal, une phrase limpide qui va l’accompagner toute l’année durant : Seule la pierre de Jérusalem m’apaise. Ce journal inspiré, parfois touché par la douleur et l’angoisse, est placé sous la haute protection de Benny Lévy, de son ami le vieux rabbi – Tout est miraculeux, même ce qui te semble naturel est de l’ordre du miracle –, du Rabbi Nahman de Bratslav, de Paul Celan, de Camus le méditerranéen, de Walter Benjamin, mais aussi du Zohar. Un bain révélateur d’écrivains et fixateur de livres fondateurs, éclairants, troublants, saisissants, qu’il croise à Jérusalem. L’écrivain-photographe habite sa ville, dont il connaît chaque rue, chaque place, chaque maison, et sa ville se livre comme une offrande, il y est chez lui, comme il est chez lui chez les écrivains qui l’accompagnent durant ce journal Infini. Didier Ben Loulou, quand le confinement ne l’astreint pas à faire le tour de son bureau, est un marcheur, un pèlerin qui se confond avec le paysage qu’il arpente, à sa droite un jeune berger arabe qui surveille ses moutons, à sa gauche un olivier millénaire qui abrite la mémoire de cette terre, dans le ciel un rapace veille sur lui, il arme silencieusement son appareil photographique, il peut viser, cadrer, il est invisible, comme le sont les penseurs Juifs qu’il lit en silence.
« Te tenir toujours là-bas au loin pour voir si tes rêves y sont ».
« Atteindre la clarté, voilà ce qui te motive le plus dans tes images ».
« Le vieux rabbi : De quoi a-t-on besoin dans cette vie ? De pain et de livres ».
Didier Ben Loulou a écrit son journal du deuil de l’amour, de l’amour en fuite, mais aussi un journal des passions vives, celles d’écrivains, de collines, de fleurs, de visages, de pierres, de villes, du Sud, et de phrases qu’il saisit, comme il saisit un visage ou le mouvement de la mer Méditerranée. Ce journal est une confession, un dialogue intérieur qui s’articule autour d’heureuses citations d’écrivains et de penseurs Juifs qui habitent sa vie errante, sa mémoire et les photographies qui l’accompagnent. Il a composé son journal avec l’attention d’un imprimeur-éditeur avisé et savant, choisi les polices d’écriture des citations, leur articulation, leur résonance, et ainsi, il fait parler son journal, pour nous faire voir ce qu’il voit et ce qu’il ressent. Une année de solitude est à l’image de la photo de couverture du livre : sol pierreux où quelques herbes poussent, un arbre recouvert de fleurs blanches, sous un ciel que se partagent nuages et éclaircies. Durant un an, les nuages ont assombri la vie de l’écrivain-photographe, mais sans que le bleu du ciel ne s’estompe. Durant un an, il a noté ses impressions, son ressenti face à la pandémie, et à sa vie un instant mise sur pause, recopié des citations et des confidences, cadrant sa vie, pour la réenchanter et sentir à nouveau les « onze encens de la beauté du monde ».
Philippe Chauché
http://www.lacauselitteraire.fr/une-annee-de-solitude-didier-ben-loulou-par-philippe-chauche
mercredi 1 septembre 2021
Mon maître et mon vainqueur de François-Henri Désérable dans La Cause Littéraire
samedi 21 août 2021
La Dame au cambriolet de Guiou & Morales dans La Cause Littéraire
Dominique Guiou et Thomas Morales ont réussi un réjouissant petit roman policier écrit à quatre mains et à mille idées, inventant par la grâce du roman un privé : une Dame au cabriolet. Yvonne Vitti n’est pas de son temps, mais d’une autre époque, celle des chansons italiennes que plus personne n’écoute et des voitures décapotables fumantes et pétaradantes, qui énervent les écologistes, elle roule au volant d’une Saab cabriolet jaune citron sans âge, et celle des films aux répliques pétillantes et piquantes. On imagine sans mal Yvonne Vitti face à Jean-Pierre Marielle sous l’œil amusé de Philippe de Broca, une héroïne comme le cinématographe, aujourd’hui trop occupé à s’auto-célébrer, n’ose plus en inventer.
Heureusement la littérature comble ce vide et La Dame au cabriolet nous réjouit par son humour, sa verve, son coup de fourchette et ses coups de foudre. Le roman qui pourrait être placé sous la haute protection de Léo Malet (1), nous entraîne dans une enquête à tiroirs, pimentée de truands énervés, de morts subites, d’un enlèvement, de la découverte d’une valise où abondent les billets de banque, de repas à faire frémir les nouveaux véganes aux regards froids comme des cadavres de poissons, sans oublier les coups de cœur et de corps, pour des partenaires volubiles et voluptueux. Dans ce roman pimenté, les truands vont vite comprendre que le dernier qui parle c’est souvent le premier qui tire et que l’on ne manipule pas, sans y laisser quelques plumes, la pétillante Yvonne Vitti.
« Des types me kidnappent pour une mallette que j’ai effectivement dérobée, ils me relâchent à la condition expresse de la leur rendre, et enfin ils m’apprennent qu’ils ne veulent plus en entendre parler. Je nageais en plein dadaïsme ».
La Dame au cabriolet est un roman policier comme l’on en rêve, léger, gracieux, et enflammé. On se met à rêver qu’Yvonne Vitti deviendra une héroïne qui fera à nouveau parler d’elle dans de nouvelles aventures qu’affineront et affuteront Dominique Guiou et Thomas Morales. Yvonne Vitti est un beau personnage, vivant, tout aussi douée pour dénouer les fils emmêlés d’intrigues les plus loufoques, que pour entraîner le lecteur dans ses discussions poivrées avec sa complice journaliste Brigitte Lemercier admiratrice de Jean-Pierre Cassel et fan de Christophe, on pourrait avoir plus mauvais goût, et Yvonne Vitti elle aussi à bon goût et une saveur unique, qu’elle soit en goguette en Corse où sur les traces d’une boulangère manipulatrice et meurtrière. La Dame au cabriolet est un roman d’été, comme on le dit d’une chanson, qui ne craint pas les coups de soleil, et qui n’attend qu’une chose de ses lecteurs : aimer les histoires légères, sanglantes, amusantes, et délicieusement fantaisistes.
Philippe Chauché
(1) Léo Mallet (1909/1996) a inventé le personnage de Nestor Burma « détective de choc », un privé piquant et pétillant d’humour. « Le tabac, le vin et l’intérêt aidant, certaines particularités sensationnelles de cette affaire me revenaient à l’esprit » (Nestor Burma contre CQFD, Librairie la Butte aux Cailles, 1979).
http://www.lacauselitteraire.fr/la-dame-au-cabriolet-guiou-morales-par-philippe-chauche















