mercredi 16 novembre 2011

L'Isolé



" Qui me confirmera qu'il est vrai ou vraisemblable que c'est uniquement par suite de ma vocation littéraire que je ne m'intéresse à rien et suis par conséquent insensible. "(1)

Écrire c'est à chaque seconde affirmer son isolement choisi, note-t-il, un isolement libre, isolé, je le suis devenu, libre, je le suis à chaque phrase écrite, loin, si éloigné de la moraline sociale dominante.

à suivre

Philippe Chauché

(1) Kafka / Journal / traduc. Marthe Robert / Grasset / 1954

lundi 14 novembre 2011

Ma Librairie (28)



" Les arbres sont des alphabets, disaient les Grecs. Parmi tous les arbres-lettres, le palmier est le plus beau. De l'écriture, profuse et distincte comme le jet de ses palmes, il possède l'effet majeur : la retombée. " (1)

" Français par les fruits ( comme d'autres le furent " par les femmes " ) : goût des poires, des cerises, des framboises ; déjà moindre pour les oranges ; et tout à fait nul pour les fruits exotiques, mangues, goyaves, lichees. " (1)

" L'Amateur ( celui qui fait de la peinture, de la musique, du sport, de la science, sans esprit, de la science, sans esprit de maîtrise ou de compétition ), l'Amateur reconduit sa jouissance ( amator : qui aime et aime encore ) ; ce n'est nullement un héros ( de la création, de la performance ) ; il s'installe gracieusement ( pour rien ) dans le signifiant : dans la matière immédiatement définitive de la musique, de la peinture ; sa pratique, ordinairement, ne comporte aucun rubato ( ce vol de l'objet au profit de l'attribut ) ; il est - il sera peut-être - l'artiste contre-bourgeois. " (1)

Souvent, lorsqu'il fait le voyage jusqu'à ces terres qui ont un certain talent - l'Océan ( la majuscule s'impose ), vague à l'âme, décrite avec tout le talent qu'il lui connaît par un ameor sans qualités et sentimental - et qu'il s'aventure sur la route d'Urt, bords d'Adour - bords d'Amour - la lumière unique - la lumière seule - aux contours saisissants, réjouissants et troublants - réjouissance du trouble, trouble des réjouissances - qui le conduit, note-t-il, au village et à la tombe, poignée de petits cailloux, assemblés et désassemblés - l'art Juif - déposés avec tact - le tact anglais de Roland Barthes ( le toucher, le tangible ), mais aussi une belle élégance non tapageuse - la haine du tapage - passage par les mots et le texte, silence - ce qui l'occupe - puis retour, écrit-il, par le même chemin, avec une dernière escale aux Allées Marines - baisers d'iode - avant d'ouvrir allongé une nouvelle fois le petit livre, même ressenti sur le motif, un après-midi d'automne dans la montée du Jardins des Doms - un don -.


à suivre

Philippe Chauché

(1) Roland Barthes par Roland Barthes / Ecrivains de toujours / Seuil / 1975

Le Rire du Solitaire



à suivre

Philippe Chauché

dimanche 13 novembre 2011

Les Peintres


Giorgio de Castelfranco dit Giorgione - 1477-1510

" Combien ça dure la peinture ? Autant que ces corps en train de fondre ? Pas même. Le temps d'une brève déflagration et ça rentre dans l'ombre d'où ça n'aurait jamais dû sortir. Dans l'ombre des musées, dans l'ombre des foules à pieds soudés qui les visitent, dans celle de notre propre nuit marmiteuse où nous retournons vite fait. " (1)

Durée de la mémoire d'un tableau : de l'instant de l'éclair de l'oeil - appendre à regarder d'un seul oeil, jamais le même - à celui parfois fumeux de la mémoire - cimetière où l'on ne sait donner de la tête - ce qui n'est jamais très éloigné de l'idée de l'amour.

" Delacroix : " Pour peindre, nécessité d'avoir la fièvre. "
Poussin : " Peignant, je me sens enflammé. "
La vitesse. Pas celle qui se déplace d'un point à un autre, mais celle qui fait du sur place, vous cloue au sol, et c'est le monde alors qui vous traverse. La vitesse que vous communique une forte fièvre, une joie intense, ou la douleur... " (1)


Nicolas Poussin - 1594-1665

Dans toutes les situations, garder toujours un oeil sur les classiques, ne jamais s'en défaire, leur être d'une fidélité croissante, et embrasser les modernes sans pudeur. Etre de son siècle, ne doit jamais sauter aux yeux.

" L'humour de De Kooning : sa plus sûre parade face aux agressives, aux monstrueuses contorsions de ses épouvantails numérotés. Je veux parler de ceux qu'on entretient à demeure, à l'intérieur de soi-même, qui font dire à la plupart des peintres, sur le ton de la naïveté et de l'extase : " Tiens ! je suis habité par un espace sans mesure, par un temps sans limites ", alors qu'il s'agit plus prosaïquement, encore et toujours, du bon gros nucléus de l'être enfermé dans son étroit meublé de viscères, dans cette flasque ceinture de fertilité, résidu d'un très vieux et très gluant cordon ombilical avec quoi l'espèce nous a insensiblement garrottés. Cet assemblage de deltas et de marécages sanglants dans quoi le moi se désaltère, De Kooning ne les ripole pas, comme le font les grands rouleurs de mécaniques avant-gardistes, à l'aide des Grandes Primaires. A la différence des Léger, Mondrian, Malevitch, Kandinsky, Newman. Les bleus, les rouges, les jaunes ne lui font ni chaud ni froid, ni peur, ni jouir. C'est un réaliste, De Kooning. Il peint ce qu'il voit, en toute humilité, et ce qu'il voit a de drôles de couleurs : ça brille ou c'est complètement plat, ce sont des tons indescriptibles, des orange, des violets, des roses pas possibles, des gris-brun, des gris acier et surtout la teinte la plus affectionnée, celle ( the fleshy part ) dite du " foie cuit coupé "... " (1)


Willem de Kooning - 1904-1997

Le peintre : au dessus du Volcan, toutes les couleurs du mouvement de la lave, sans craindre d'y sombrer.

à suivre

Philippe Chauché

(1) La Peinture et le Mal / Jacques Henric / Exils - essai / 2000

samedi 12 novembre 2011

L'Art de la Prudence



" Circé. - ... Il vous faudra d'abord passer près des Sirènes. Elles charment tous les mortels qui les approchent. Mais bien fou qui relâche pour entendre leurs chants ! Jamais en son logis, sa femme et ses enfants ne fêtent son retour : car, de leurs fraîches voix, les Sirènes le charment, et le pré, leur séjour, est bordé d'un d'un rivage tout blanchi d'ossements et de débris humains, dont les chairs se corrompent... Passe sans t'arrêter ! Mais pétris de la cire à la douceur de miel et, de tes compagnons, bouche les deux oreilles : que pas un d'eux n'entende ; toi seul, dans le croiseur, écoute, si tu veux ! mais, pieds et mains liées, debout sur l'emplanture, fais-toi fixer au mât pour goûter le plaisir d'entendre la chanson, et, si tu le priais, si tu leur commandais de desserrer les noeuds, que tes gens aussitôt donnent un tour de plus ! " (1)

Quelques conseils pratiques pour éviter l'envoûtement des Sirènes :

- changer d'avis toutes les minutes, jusqu'à les agacer.
- être terriblement désagréable.
- s'endormir discrètement au moment où la discussion porte sur le féminisme comme solution à la crise de la dette.
- affirmer, qu'à tout choisir, on s'amuse beaucoup plus chez Guitry que chez Duras.
- en cas de danger réel, se parer de ridicule.
- face à une trop grande insistance les inviter à vous parler de Paul Claudel et de Rodin, en sachant que c'est Camille qui les occupe.
- leur demander si les chiennes de garde sont vaccinées contre la rage.
- leur offrir un exemplaire dédicacé de La vie sexuelle de Catherine M.
- si vous tombez dans leurs bras, ne prendre aucune initiative prétextant une sciatique.
- leur offrir une arme de poing chargée, " ainsi tout ira plus vite ".


à suivre

Philippe Chauché

(1) Odysée / Homère / traduc. Victor Bérard / Bibliothèque de la Pléiade / Gallimard / 1955

vendredi 11 novembre 2011

Ma Librairie (27)


Gian Lorenzo Bernini

" Paris, jeudi 11 janvier

Poésie et pensée. Imaginons le commencement d'un livre. Incipit. Imaginons un livre... occupé d'une pensée qui vient d'ailleurs, et s'employant à se tenir devant cette pensée : " Si on connaît les commencements, on connaît les fins. Nombres et choses continuent indéfiniment, comment pouvoir savoir ce qui est commencent et ce qui est fin ? " Tshai Chhen ( penseur chinois du XII° siécle, cité par Joseph Needham, Science et civilisation en Chine, vol II ). " (1)

" Nice, mardi 23 janvier

Céline échange le manuscrit du Voyage au bout de la nuit contre un " petit Renoir ". " (1)

" Nice, mardi 30 janvier

Pourquoi Molière meut-il sur scène ? Parce que c'est là.
Pourquoi Cézanne va-t-il chaque matin travailler sur le motif ? Parce que c'est là. " (1)

" Paris, jeudi 22 févier

Le 27 février 1907, sur Les Demoiselles d'Avignon in progress : " Dîné chez Picasso, vu sa nouvelle peinture : couleurs égales, rose de chairs, de fleurs, etc., têtes de femmes pareilles et simples, têtes d'hommes aussi. Admirable langage que nulle littérature ne peut indiquer, car nos mots sont faits d'avance. Hélas ! ( à propos d'Apollinaire illégitime ) " (1)

" Nice, jeudi 1° mars

Neige sur les montagnes qui dominent Nice - l'horizon se rapproche, brusquement dressé au-dessus de la ville. Soleil vif et comme un miroir éblouissant, en face de la maison... percée d'où se découvre la mer et son étendue. " (1)

" Dimanche 29 avril

En novembre 1896, Claudel écrit à Mallarmé : "... ignorant la photographie, je suis obligé, pour donner quelque fixité au passé, de me servir de l'art et du métier dont je dispose. " (1)

" Nice, Costebelle, lundi 22 octobre

Nietzsche à Nice
Nietzsche , venant de Venise, arrive à Nice le 22 octobre 1887. Il y séjourne jusqu'au début avril 1888. Lecture de Montaigne, Galiani, Lettres à Madame d'Epinay, Baudelaire, Oeuvres posthumes, Dostoïevski, Les Possédés ( traduction par V. Derély ).
" L'hiver... sous le ciel alcyonien de Nice, qui alors illuminait pour la première fois ma vie, je trouvais la troisième partie de Zarathoustra. " (1)

Céline, Cézanne, Apollinaire, Claudel, Nietzsche : tout l'art d'écrire et de peindre sur le motif, ce journal en témoigne admirablement et avec allégresse, liberté libre de l'écrivain engagé dans le siècle, s'accordant en permanence aux siècles passés par un regard circulaire, vertical et horizontal, une manière d'embrasser la beauté, et de vivre dans l'art du détachement, et le détachement de l'art, seule radicalité in progress.


à suivre

Philippe Chauché

(1) Nouvelle liberté de pensée / Marcelin Pleynet / Éditions Marciana / 2011

jeudi 10 novembre 2011

Autre Époque ?


photo Helmut Newton

" Je tiens pour un avantage, disait quelqu'un, de pouvoir me battre en duel quand j'en ai absolument besoin ; car il y a toujours de braves camarades autour de moi. Le duel est la dernière voie parfaitement honorable qui nous reste pour nous suicider, c'est malheureusement un chemin détourné et qui n'est pas vraiment sûr. " (1)

à suivre, 5 heures du matin, mes témoins sont prévenus.

Philippe Chauché

(1) Aurore / Livre quatrième / Friedrich Nietzsche / traduc. Julien Hervier / Gallimard / 1980

mercredi 9 novembre 2011

Faenas (5)

José Bergamin y Raphaël Alberti - Las Ventas - Madrid


" Le spectacle d'une course de taureaux ne vaut pas seulement par l'impression sensible que nous en recevons, si forte soit-elle. Plus cette impression sera uniquement sensible, moins elle sera intelligible, et plus il nous sera difficile, de lui attribuer une valeur morale et esthétique. Pour savoir ce que vaut moralement ou esthétiquement le toreo, il faut avant tout le comprendre. Et comment le pourrions-nous s'il répugne à notre sensibilité, si celle-ci s'oppose obscurément à lui ? Ceux qui, sous prétexte d'une exquise sensibilité, se refusent à comprendre cet art pourront se vanter de tout ce qu'ils voudront, de tout absolument sauf d'intelligence. Ils pourront se targuer d'une sensibilité instinctive, primitive, rudimentaire, toute de réflexes comme celle de l'animal, sans que ces réflexes psychopathétiques révèlent pour autant une sensibilité délicate... Une sensibilité vraiment délicate est une sensibilité ferme, sûre, exercée, comme celle d'un chirurgien, c'est-à-dire de conception ou de rationalisation ultra-rapide. Et seule cette rapidité fonctionnelle, à partir de la sensation, peut permettre le toreo, c'est-à-dire l'abstraction, la conceptualisation immédiate par la pensée d'une expérience sensorielle : vérification dangereuse relations évidentes qui se déroulent dans le temps et l'espace sensibles, avec l'exactitude précise et abstraite d'un temps et d'un espace mathématiques... Le toreo est un jeu vif de l'intelligence, si exclusivement intelligent que la plus infime erreur contre l'exactitude, dans l'exécution de suertes, peut coûter la vie au combattant. " (1)




Le jeu vif de l'intelligence, voilà note-t-il, une bien belle manière de définir le toreo, cet art de l'abstraction que tous nos aimables nationalistes catalans, altermondialistes amis des animaux, philosophes chichiteux et chansonniers populaires ne peuvent en saisir la portée tellurique et soyeuse, cet art de géographes et de mathématiciens lettrés est insaisissable, sauf à être un adepte du savoir et de la saveur.





El Juli

à suivre

Philippe Chauché

(1) José Bergamin / L'art du Birlibirloque / traduc. Marie-Amélie Sarrailh / Le temps qu'il fait / 1992

lundi 7 novembre 2011

L'Écrivain de l'Invisible



Pascal Quignard, écrivain de l'Invisible, de la Nuit Sexuelle et des Ténèbres, écrivain musicien - comment être l'un sans être l'autre ? -, maître de l'art de la disparition de l'écriture qui renaît dans la précision des phrases, le tranchant des verbes, et la verticalité des citations, pense-t-il, écrivain romain à la langue intouchable. Ses livres : partitions du secret de l'oubli qui tournent dans la nuit, avant que d'être recouvertes de laves.

" Fragment de Marc Aurèle : Tout se passe dans les temps d'aujourd'hui comme dans les temps de ceux que nous avons mis au tombeau. Toute l'étrangeté est rendue
habituelle par l'expérience ;
éphémère par le temps ;
vile par la matière ;
bondissante par la source. " (1)

Pascal Quignard, écrivain du retrait, du trait et du foudroiement.

" La fulguration ( le coup de foudre ), l'angoisse, la fascination, le rêve à l'origine sont la même chose ( ni image ni signe encore ).
Fulgura en latin ne sont pas seulement les éclairs et la foudre qui en eux se déverse du ciel et tombe : ce sont aussi les objets sacrés, les objets fanatiques, les objets intouchables.
A Rome tout objet frappé par la foudre est séparé, sacré, secret, enfoui, vénéré, inhumé, est comme un aïeul.
Il est aussi comme un amant. " (2)

Choisir un titre, tout un art ! Concentré chimique, tellur, rayon de soleil qui traverse un vitrail et n'en dévoile qu'une forme en devenir, trinchera - Manzanares -, première primevère fixée sur un chemin qui me conduit, note-t-il, à une source miraculeuse - tentative de définition du roman ! - épaule découverte dans l'ébauche d'une danse de séduction - la danse est-elle autre chose ? - première secousse tellurique de la littérature ( autre point cardinal où elle rencontre le toreo ) - sentez-vous, note-t-il, comme il tremble ? - inutilité - voyez-vous tous ces livres utiles qui encombrent les librairies ? - détachement lettré, abandon soyeux et douloureux, toujours vérifié ce qui s'est écrit, ce que les anciens ont porté - on porte sa plume comme une arme ! - sage traversée de la bibliothèque éternelle, en ce livre glisser toute les bibliothèques enfouies.
Les Titres, Art Majuscule : La Barque Silencieuse - Abîmes - Carus - Le Sexe et l'Effroi - Les Paradisiaques - Le Voeu de Silence - La Nuit Sexuelle, tant de titres devenus des livres, comme parfois tant de regards fixent à jamais le mouvement du temps.



Les premiers phrases, art de saisir dans le mouvement de l'écriture la fureur et la joie qui pour la première fois s'offrent - offrande de la page comme on le disait d'un corps dans les temps anciens ? -, mais aussi graver dans le marbre sa destinée,
ses solidarités mystérieuses.

" Sur la falaise, immobile, le corps dans le vent, dans le ciel, elle redevient heureuse.
Elle écoute, en contrebas, la mer.
Elle ferme les yeux. " (3)

à suivre

Philippe Chauché

(1) Les Paradisiaques / Pascal Quignard / Grasset / 2005
(2) Vie Secrète / Pascal Quignard / Gallimard / 1998
(3) Les solidarités secrètes / Pascal Quignard / Gallimard / 2011

dimanche 6 novembre 2011

Dédicaces



à suivre

Philippe Chauché

samedi 5 novembre 2011

De l'art de peindre


Mark Rothko - Hommage à Matisse - 1954

" Rotkho a voulu, c'est incontestable, laisser attaché à son oeuvre ce signe, cette référence explicite à un peintre français et, je dirais même, au plus français des peintres : Matisse. On peut bien entendu par ailleurs débattre de la connaissance que Rothko avait de l'oeuvre de Bonnard. Mais, une fois encore, si l'on ne s'en tient pas à la vulgarité anecdotique des analogies formelles, ou chromatiques, on peut comprendre comment, et pourquoi, Rothko s'est employé à associer à son oeuvre le nom de Matisse... c'est une fois encore dans un état d'esprit où la peinture est d'abord prise en compte comme ce qui dans l'oeuvre est à l'oeuvre et traverse la peinture : ce qui traverse l'oeuvre de Matisse, comme ce qui traverse l'oeuvre de Rothko, ce qui de l'oeuvre de Matisse comme l'oeuvre de Rothko fait signe à la vérité ; à cette étonnante et fabuleuse découverte déclarative de Cézanne : " Je vous dois la vérité en peinture et je vous la dirai ". N'est-ce pas d'abord cela qui s'impose, et avec qu'elle hauteur, au seuil du XX° siècle, dans la peinture de ce vrai " primitif d'un art nouveau " qu'est Paul Cézanne ? N'est-ce pas d'abord cela qui dans l'oeuvre est à l'oeuvre, pour toute oeuvre qui mérite ce nom ? " (1)



Matisse, Cézanne, Picasso, et pour certains Bonnard - quoi qu'en pense Marcelin Pleynet, seul peintre, note-t-il, qu'il semble ne pas avoir su ou voulu voir, et pourtant les liens entre Bonnard et Matisse sautent aux yeux et au coeur : le manifeste de la couleur confronté à celui de la nature - il est heureux de voir à quels points ils ont été essentiels et nécessaires à ces artistes qui ont donné aux États Unis, les oeuvres les plus bouleversantes du XX° siècle, ils ont pour nom : de Kooning, Rohtko, Motherwell, Pollock, puis plus tard, Rauschengerg, Mitchell et Stella. Cette situation unique vérifie l'exceptionnelle vitalité, la superbe, l'éclat, et l'invention permanente de la peinture française - traversée de deux siècles - et la clairvoyance des américains libres de la liberté libre de la peinture française.
Et aujourd'hui : vide sidéral, absences d'admirations et blabla généralisé d'un art de boutiquiers sans mémoire.



" La couleur est le lieu où notre cerveau et l'univers se rencontrent, c'est pourquoi elle apparaît toute dramatique au vrai peintre. "
Paul Cézanne cité par Marcelin Pleynet (1)

La couleur, donc, ces couleurs, pôle autour dequel tourne le peintre, et qui va de soi dans sa troublante réalité, dans sa dramatique apparition, comme le dit si justement Cézanne, note-t-il, la couleur dont on ne défait jamais, révélation, action - comme cela se dit au cinéma avant que les comédiens ne jouent la scène qui leur est demandée - et admiration, la couleur à prendre toujours avec la bonne distance qui convient à l'artiste - le motif toujours le motif - car elle se dérobe souvent, la couleur comme état du monde, voyez-mes couleurs et leurs compositions, vous saurez où j'en suis, et où en est le monde. Les couleurs du XXI° siècle : invisibles !

à suivre

Philippe Chauché


(1) Rothko et la France / Marcelin Pleynet / Les Éditions de l'Epure / 2005

vendredi 4 novembre 2011

Les Couleurs du Jour









Vous affichez Rothko alors que l'Europe tremble ?
Les couleurs nous préservent des humeurs des hommes !


à suivre

Philippe Chauché

jeudi 3 novembre 2011

Faenas (4)



Pas un mot sur l'attentat qui a détruit les locaux de Charlie Hebdo ?
Contre qui ?
Vous savez-bien que la démocratie est en danger en France ?
La quoi ?
Allons, un peu de sérieux, la liberté d'expression est menacée !
Non, c'est incroyable, et l'on ne m'a rien dit !

à suivre

Philippe Chauché

mercredi 2 novembre 2011

Faenas (3)


Kiki de Montparnasse - Man Ray

Le regard vertical est toujours une aventure.

à suivre

Philippe Chauché

mardi 1 novembre 2011

Faenas (2)



Verticalité du Flamenco.

à suivre

Philippe Chauché

lundi 31 octobre 2011

Faenas


Auguste Rodin

" Tous les mécanismes de l'émotion imprévue, inspirée par la réussite d'une figure, se résument pour moi dans la perpendiculaire formée par une ligne horizontale, muette, s'étirant avec une feinte paresse, et une trajectoire verticale, chargée de tous les cris de surprise et de joie. C'est en quelque sorte la variante impalpable et sonore du théorème d'Ortega y Gasset, selon lequel toute la tauromachie tient à la rencontre entre l'horizontalité du taureau et la verticalité du torero. " (1)

" Une passe de poitrine : la lui mettre entre les seins. " (2)

" Parce qu'elle est émotion et parce qu'elle est torera, l'émotion torera est magique. " (3)

" C'est dans la campagne de Castille, celle de Miguel de Unamuno, de Cervantes, d'Antonio Machado, andalou celui-ci, mais castillan en définitive, que je me suis fait torero. C'est dans la campagne de cette Castille, si aride et si pauvre parfois qu'elle a pour seuls propriétaires les philosophes, les poètes et les rêveurs, que j'ai appris à devenir un homme. " (4)

Même dans les pires moments, note-t-il, ne jamais oublier son sitio, tout un roman, qu'il faudra bien écrire, comme une faena impossible.
Ses naturelles en surprennent plus d'une d'une, lui seul sait qu'elles le conduisent de facto à un volapie.

à suivre

Philippe Chauché

(1) Taurine / François Zumbiehl / Climats / 1992
(2) Miroir de la tauromachie / Michel Leiris / Fata Morgana / 1981
(3) La solitude sonore du toreo / José Bergamin / traduc. Florence Delay / Seuil / 1989
(4) Pour Pablo / Luis Miguel Dominguin / traduc. George Franck / Verdier / 1994

dimanche 30 octobre 2011

samedi 29 octobre 2011

Sade Vivant !



" L'imagination est l'aiguillon des plaisirs ; dans ceux de cette espèce, elle règle tout, elle est le mobile de tout ; or, n'est-ce pas par elle que l'on jouit ? N'est-ce pas d'elle que viennent les voluptés les plus piquantes ? (Mais) l'imagination ne nous sert que quand notre esprit est absolument dégagé de préjugés : un seul suffit à la refroidir. Cette capricieuse portion de notre esprit est le libertinage que rien ne peut contenir ; son plus grand triomphe, ses délices les plus éminents consistent à briser tous les freins qu'on lui oppose ; elle est ennemie de la règle, idolâtre du désordre. " (1)




C'est ce que l'on pourrait appeler une rencontre de premier ordre, rencontre entre deux écrivains, Donatien Alphonse François, marquis de Sade et Noëlle Châtelet, d'un château l'autre pourrions-nous dire, d'un roman l'autre ; le marquis n'a plus qu'un an à vivre, nous sommes le 2 décembre 1813, il n'aura jamais revu son château de La Coste, que des mains sales, avides de vengeance mettront à terre, et que d'autres transformeront en scène culturelle des plus obscènes - qui douterait que ne ce soit là que l'obscénité se tienne - ni Avignon, ni Carpentras, ni Saumane, ni Mazan ; Noëlle Châtelet fréquente ses romans et ses lettres depuis des années, elle le connaît de réputation, mais pense qu'il faut le voir, non pour le croire, mais pour poursuivre ce dialogue furtif et foisonnant, et le dialogue a lieu, la rencontre de premier ordre, lumineuse, tempétueuse, éblouissante, non qu'il faille rétablir, pense-t-il, quelques vérités sur le marquis de Sade - il suffit de lire sa correspondance - , mais à nouveau l'entendre - pour de bon cette fois -, Sade Vivant et Châtelet brillante et piquante. L'automne libyen brûlera-t-il, lui aussi le marquis ? La charia est un bûcher que ne désavoueraient pas ceux qui l'ont embastillé.


" N. C. - Le plaisir est donc " énergie " ?
M. de S. - Examinez un homme vraiment libertin : vous le verrez toujours occupé ou de ce qu'il a fait, ou de ce qu'il projette de faire. Dans une parfaite insouciance sur tout ce qui ne tient pas à ses plaisirs, vous le verrez pensif, concentré dans lui-même, et comme s'il craignait de donner accès à un mouvement qui pût le distraire une minute des libidineuses idées qui l'enflamment ; on dirait qu'une fois enchaîné au culte de ce dieu, il lui devient absolument impossible d'être ému par quoi que ce puisse être et que rien n'est capable de distraire son âme de la délicieuse passion qui la captive. " (1)



" Foutez ! Vous êtes nées pour foutre !... C'est pour être foutues que vous a créées la Nature ! Laissez crier les sots, les bégueules et les hypocrites. " (1)

Les sots, les bégueules et les hypocrites n'ont peut-être jamais fait autant de bruit, glissons-nous pour les oublier dans les phrases du marquis.

à suivre

Philippe Chauché

(1) Entretien avec le marquis de Sade / Noëlle Châtelet / Plon / 2011

vendredi 28 octobre 2011