jeudi 18 octobre 2012

Désinvolte



Il y a note-t-il des écrivains de la nuit et d'autres du jour, c'est ainsi, ce qui ne veut pas dire que l'un ne fréquente pas un temps les domaines de l'autre et inversement. Il y a ajoute-t-il, des écrivains qui d'un coup de dé traversent le Temps, et inversent la révolution en cours, dominante pourrions-nous écrire, ils n'accordent leur confiance qu'à quelques écrivains que peu lisent, et d'évidence à ce qu'ils vivent depuis qu'ils épousent le mouvement de leur vie et ne craignent aucune terreur et ni aucune transcendance qui en découle, l'humanité bruyante et criminelle leur ait aussi étrangère que la Joconde l'est à un aveugle.

" Avec moi, le monde a vendu la mèche tout de suite. On n'a pas pris soin de me dorer la pilule. On m'a obligé à saisir deux ou trois choses, de quoi faire sauter tous les boulons de l'amarrage social. Geindre ? Après tout, cela ne m'a pas brisé. Et puis le discernement, en général, vient comme une plaie. Alors voilà : j'ai discerné. Discerné comment, à tous les niveaux, la perversité ne se fait pas voir, même quand elle s'exhibe, et plastronne en habit de parade. Discerné comment on lui fait la courte échelle, quitte à se dédouaner en douce. Discerné comment ceux qui se calquent sur les autres se laissent facilement berner ; et d'abord parce qu'ils désirent être. Enfin, combien ne compte pour eux que le toc, ne percevant que des babioles, et ne déchiffrant que des brides, pour ne pas remarquer ce qui est sous leur nez. Alors, bon, celui qui fait ce genre d'expérience, et qui commence à voir, celui-là on l'étoufferait de bon coeur entre deux traversins, n'est-ce pas ? "

Il est évident pour qui sait voir et lire que Meyronnis est de la trempe d'un Lautréamont et d'un Sade qui avaient en leur temps discernés ce qui se jouait tout autour d'eux, leurs proses, leurs poésies et leurs vies ne cessent continûment de le prouver, l'évidence, c'est que cette traversée est aussi une traversée de l'écriture, et l'écriture est l'arme la plus juste pour à la fois mettre à nue le monde et s'en défaire.

" Cette fois, j'ai une trentaine d'années : dans le crâne, pas d'autres dessein que de m'approcher de la parole, et même d'être la parole " dans une âme et un corps ". Tous les jours, s'asseoir devant du papier pour que cela advienne. "

La suite, le lecteur désinvolte l'a connaît : la revue Ligne de Risque, Ma tête en liberté, L'Axe du néant, De l'extermination considérée comme un des beaux-arts, Brève attaque du vif, Poker, Prélude à la délivrance et aujourd'hui Tout autre, mais l'autre suite, comme chez Bach, est à découvrir, il s'agit encore une fois d'y voir clair, ce qui n'est pas donné à tout un chacun ! Et y voir clair avec la traversée de la mort ! Lautréamont est là ! Sade à deux pas !






Reprenant à l'occasion de cette lecture terrible, La Beauté de Schiffter, il se dit, tout en sachant que le Philosophe sans qualités, n'apprécie guère Meyronnis, et que ce dernier ne doit rien savoir du surfeur sentimental, il se dit, que les deux font la paire, nuit et jour, jour et nuit.

à suivre

Philippe Chauché


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Laissez un commentaire