L'Italie est si proche se dit-il, alors il pense à Moravia et au Mépris, pour rien, ou pour Ulysse peut-être.
Il s'attarde à s'attacher à l'Instant. Tout le reste n'est que bavardage.
Il aime à penser, que quelque part une Inconnue au visage à jamais fixé dans le Temps a vu ce film, mais cela n'a avouons-le que peu d'importance.
à suivre
Philippe Chauché
vendredi 9 avril 2010
jeudi 8 avril 2010
Journal du Temps (11)
" Chacun rend fou et trompe l'autre, et cet autre n'est que soi-même. Et celui qui se garde de se tromper lui-même, trompe et induit en erreur le monde entier. " (1)
" Il disait que pour un peintre, ou bien pour un poète, pour un compositeur, et parfois même pour un virtuose, bref, pour un artiste le souci portait sans faux-fuyant sur ce qu'il y a de plus réel, l'époque, qui n'aimait guère qu'on trahisse ses illusions, pour ne pas dire ses mensonges, serait toujours une ennemie implacable, ce qui, par voie de conséquence, lui faisait répéter combien sa vocation le conduisait incessamment au-devant du péril. " (2)
D'ici, face à la mer et aux collines, il lit, il écrit, et il aime dans la distance du Temps. Ici dans la beauté de l'art, présence de Watteau, de Fragonard, il médite et redouble d'attention aux présences vues de l'absence. Giagometti est là, l'homme qui marche vers le mouvement de la Courbe du Temps. De quelle marche s'agit-il ? il se le demande. De quel mouvement s'agit-il ? il l'ignore. Présence qui régénère ? Certitudes !
Rien ne m'obligera à être sans résonance, note-t-il.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Rabbi Naham de Bralav in Ligne de risque / N° 25 / Année 2010
(2) Valentin Retz / Double / Ligne de risque / N°25 / Année 2010
" Il disait que pour un peintre, ou bien pour un poète, pour un compositeur, et parfois même pour un virtuose, bref, pour un artiste le souci portait sans faux-fuyant sur ce qu'il y a de plus réel, l'époque, qui n'aimait guère qu'on trahisse ses illusions, pour ne pas dire ses mensonges, serait toujours une ennemie implacable, ce qui, par voie de conséquence, lui faisait répéter combien sa vocation le conduisait incessamment au-devant du péril. " (2)
D'ici, face à la mer et aux collines, il lit, il écrit, et il aime dans la distance du Temps. Ici dans la beauté de l'art, présence de Watteau, de Fragonard, il médite et redouble d'attention aux présences vues de l'absence. Giagometti est là, l'homme qui marche vers le mouvement de la Courbe du Temps. De quelle marche s'agit-il ? il se le demande. De quel mouvement s'agit-il ? il l'ignore. Présence qui régénère ? Certitudes !
Rien ne m'obligera à être sans résonance, note-t-il.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Rabbi Naham de Bralav in Ligne de risque / N° 25 / Année 2010
(2) Valentin Retz / Double / Ligne de risque / N°25 / Année 2010
mercredi 7 avril 2010
Plénitude de Pleynet (2)

Nouvelle excursion au centre du livre (1), avec un double accompagnement : Bach (2), et un petit verre de Glen Lairg Single Malt 12 Years Old. Nouvelle aventure qui dissipe tout mal vu et tout mal entendu. Car il s'agit bien de cela, se dit-il, mon oreille lit, mon oeil écoute, ma main droite prolonge ce que livre mon corps. L'amour n'est pas autre chose, une affaire follement sérieuse, joyeuse et habitée, une phantasia, qui va de l'oreille à l'oeil, de la main au ventre, de la pensée active à l'envolée d'un baiser, Bach ne dit pas autre chose.
Écouter c'est comprendre, regarder c'est entendre, aimer c'est savoir et être immergé dans légèreté de la saveur de la vie vive, lire dans le creux de la jouissance. Et, se taire aussi, pour laisser renaître la Courbe du Temps.
Belle excursion, ajoute-t-il, nécessaire immersion dans le mouvement marin du livre, la Lagune est là, il suffit de se pencher à la fenêtre pour entendre sa mélodie.
J'aurai, se dit-il, passé ma vie à essayer de m'y employer, à offrir mon regard à une voix, ma joie à une oreille, mon corps à un visage, mes mots à un ventre révélé. Offrir mes silences comme des accords divins. Même si la divinité de l'Instant - comment la nommer autrement ? -, n'est pas de ce siècle, ajoute-t-il, que l'on en finisse avec ce siècle obscène. Passons à autre chose, il serait temps. Passons au roman, à la joie qui délivre, à la jouissance qui fait sombrer le bavardage sexuel dominant. Passons à la vie qui nous tend son corps éclairant - peut-il être autre ? -, passons au verbe qui est abandon joyeux, au silence d'une caresse qui installe une éclaircie de la pensée, à l'éblouissement du Retournement d'un corps, soyons dans la Résurrection du Temps, ou alors laissons le Diable triompher, ce siècle nous y invite, c'est à chacun de voir ou plutôt de ne pas voir !
Joyeuse excursion dans le magnétisme du roman, lisons, comme nous aimons :
" Tous les saints, aujourd'hui même, ce 1 er novembre 2007, tous les saints noms qui m'accompagnent : " Si nous aimons la vie, disent-ils, ce n'est pas parce que nous avons l'habitude de vivre, c'est parce que nous avons l'habitude d'aimer. " (1)
" Regardant la mer, je revois ma vie et j'entends une musique dont les voix parcourent tous les tons et soumettent à un ordre caché leur succession de conflits et d'accords... " (1)
" Tout est dans la voix... C'est comme l'amour... le sang qui baigne le coeur... l'expérience... La voix extatique qui s'élève hors de... hors du camp des assassins... Hors de l'imitation... il faut s'embarquer dans le temps sans reste. " (1)
" J'ai une grande oreille. Le silence m'enveloppe comme une musique, comme un parfum.
Tout est musique visiblement... musique des parcs, des jardins... musique du coeur... du printemps...
C'est toujours une nouvelle jeunesse... Le charme, le rire, les jeux... Conviction musicale... ce qui se déclare en beauté... C'est bien entendu par amour pour moi. " (1)
" L'homme habite poétiquement... s'il est poétiquement habité de quelque conversation sacrée... C'est ce qui m'accompagne ici depuis plusieurs semaines... J'héberge un hôte que je dois pas décevoir. " (1)
" J'ai mes rituels. Je ne séjourne jamais à Venise sans, à un moment ou à un autre, m'arrêter, plus ou moins longuement devant le San Grisogono a cavallo, de Michele Giambono, dans l'église de San Trovaso. " (1)
" La rationalité est indissociable d'un ordo amoris... L'art ? Et de plus en plus, puisque c'est la même chose que l'amour... " (1)
Il se dit de la nuit au jour, un nouveau Temps, un nouvel Instant.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Chronique vénitienne / Marcelin Pleynet / L'Infini / Gallimard
(2) Italian Concerto / Glenn Gould / Columbia / anniversary edition
vendredi 2 avril 2010
Plénitude de Pleynet
Nous y sommes se dit-il, c'est là que se joue l'acte le plus troublant qui m'occupe ce soir. Il allume une cigarette américaine, et porte à ses lèvres un petit verre de Nikka Whisky et laisse la musique de Mozart flirter avec ses yeux plissés par quelques défaillances (1). De la fenêtre de sa tour, il aperçoit quelques oiseaux détachés du Temps qui jouent dans les hautes branches du platane de la synagogue. Mais toujours, ajoute-t-il, point de martinet dans cette rue des Illuminations. Le livre est devant lui, sur le bureau laissé là par un homme de qualités. Le livre ouvert ou fermé, c'est comme on le désire, le livre livré au Temps joyeux de sa plénitude. Il se dit, je sais durablement à qui je l'offrirai, et cela ne regarde personne d'autre que moi, comme d'ailleurs le vol de Plénitude des martinets. On offre un livre, comme l'on offre un vol d'oiseau un soir de vendredi Saint, nuit de la Passion, nuit des Passions, c'est le même accord musical, à entendre aussi du côté du corps et des mots, c'est la même chose, il suffit de le savoir et tout s'éclaire, et tout s'élève.
Plénitude de Marcelin Pleynet. Le titre lui est apparu comme un visage. L'apparition d'un visage est une chose étrange, une magie blanche, qui vous saisit comme un baiser, s'en défaire c'est se défaire du Temps et de l'écho permanent de sa Courbe. Un visage est toujours une apparition, ce livre est une apparition vibrante dans la lumière musicienne de Venise, dans la lumière qui délivre des tentations de littérature enchaînée.
Liberté de Marcelin Pleynet, comme jamais peut-être, pour qui connaît un peu ce que l'écrivain nous a déjà offert. Plénitude de la liberté de Marcelin Pleynet, il suffit pour s'en convaincre de lire et de lire encore, recommencer est toujours un acte nouveau. Il ajoute, un corps aimé choisi toujours le corps qui l'aimante, il en va de même du corps absent, il embrase à distance chaque pensée et donc chaque phrase. Plénitude de l'absence, note-t-il.
Liberté de cette Plénitude, note-t-il, ouvrons le livre, comme nous ouvrons nos bras au Mouvement de l'Instant :
" Un voyage, une traversée... Combien de fois déjà, ce passage, cette traversée, cette certitude ? Cette vision à travers les écrans... Cette présence à moi-même vivant de l'autre côté. " (2)
" J'avais devant moi une porte que personne ne peut fermer... " (2)
" Oui je crois que l'âge d'or et de sentir est en moi. L'esprit n'agit que sur les saints... On croit que je suis fou... " (2)
" En ce début d'aprés-midi le canal de Giudecca brûle de tous ses feux. Le soleil d'aplomb... Toute la lumière dans les yeux... La façade restaurée du Redentore... Le Christ au sommet de la coupole, dans le bleu tranchant... la Vierge Marie, en vertu théologale, domine le fronton central... blanc dans le blanc dressée... aveuglante.
On n'y voit que du feu... De l'autre côté... l'intant brille. La lumière partout est intérieure. " (2)

" Qu'est-ce qui retarde le départ ? L'embarquement est prévu... Nous sommes embarqués... de Breton à Rimbaud... Et pour tant d'autres. " (2)
" Mon corps s'engage dans sa musique... Il nage... Comme les éléments, le soleil, l'air et l'eau... la lumière et le vent, que pousse, soudain dans l'air, la suite cristalline et envahissante des cloches. " (2)
" Nouvelle traversée de l'exposition de Rosa Alba Carriera. Il n'est pas de meilleure, de plus noble, de plus belle compagnie... Littéralement de plus charmante. " (2)
Il se dit, il faudrait, ici tout recopier, mot à mot, phrase à phrase, n'oublier personne - Pound, Nietzsche, Céline, Proust, Sollers, Rimbaud, Matisse, Lautréamont, Cézanne, Pleynet, il ajoute, ce livre est un miracle, mais les miracles ne s'offrent qu'aux voyants, vérifiez si vous voyez, et l'on en reparlera.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Concerto pour Piano et Orchestre en ré mineur / Wolfang Amadeus Mozart / 1756-1791 (?) / Wiener Philharmoniker / Claudio Abado / Friedrich Gulda Piano / Deutsche Grammophon / 1975
(2) Chronique venitienne / Marcelin Pleynet / L'Infini / Gallimard
Plénitude de Marcelin Pleynet. Le titre lui est apparu comme un visage. L'apparition d'un visage est une chose étrange, une magie blanche, qui vous saisit comme un baiser, s'en défaire c'est se défaire du Temps et de l'écho permanent de sa Courbe. Un visage est toujours une apparition, ce livre est une apparition vibrante dans la lumière musicienne de Venise, dans la lumière qui délivre des tentations de littérature enchaînée.
Liberté de Marcelin Pleynet, comme jamais peut-être, pour qui connaît un peu ce que l'écrivain nous a déjà offert. Plénitude de la liberté de Marcelin Pleynet, il suffit pour s'en convaincre de lire et de lire encore, recommencer est toujours un acte nouveau. Il ajoute, un corps aimé choisi toujours le corps qui l'aimante, il en va de même du corps absent, il embrase à distance chaque pensée et donc chaque phrase. Plénitude de l'absence, note-t-il.
Liberté de cette Plénitude, note-t-il, ouvrons le livre, comme nous ouvrons nos bras au Mouvement de l'Instant :
" Un voyage, une traversée... Combien de fois déjà, ce passage, cette traversée, cette certitude ? Cette vision à travers les écrans... Cette présence à moi-même vivant de l'autre côté. " (2)
" J'avais devant moi une porte que personne ne peut fermer... " (2)
" Oui je crois que l'âge d'or et de sentir est en moi. L'esprit n'agit que sur les saints... On croit que je suis fou... " (2)
" En ce début d'aprés-midi le canal de Giudecca brûle de tous ses feux. Le soleil d'aplomb... Toute la lumière dans les yeux... La façade restaurée du Redentore... Le Christ au sommet de la coupole, dans le bleu tranchant... la Vierge Marie, en vertu théologale, domine le fronton central... blanc dans le blanc dressée... aveuglante.
On n'y voit que du feu... De l'autre côté... l'intant brille. La lumière partout est intérieure. " (2)

" Qu'est-ce qui retarde le départ ? L'embarquement est prévu... Nous sommes embarqués... de Breton à Rimbaud... Et pour tant d'autres. " (2)
" Mon corps s'engage dans sa musique... Il nage... Comme les éléments, le soleil, l'air et l'eau... la lumière et le vent, que pousse, soudain dans l'air, la suite cristalline et envahissante des cloches. " (2)
" Nouvelle traversée de l'exposition de Rosa Alba Carriera. Il n'est pas de meilleure, de plus noble, de plus belle compagnie... Littéralement de plus charmante. " (2)
Il se dit, il faudrait, ici tout recopier, mot à mot, phrase à phrase, n'oublier personne - Pound, Nietzsche, Céline, Proust, Sollers, Rimbaud, Matisse, Lautréamont, Cézanne, Pleynet, il ajoute, ce livre est un miracle, mais les miracles ne s'offrent qu'aux voyants, vérifiez si vous voyez, et l'on en reparlera.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Concerto pour Piano et Orchestre en ré mineur / Wolfang Amadeus Mozart / 1756-1791 (?) / Wiener Philharmoniker / Claudio Abado / Friedrich Gulda Piano / Deutsche Grammophon / 1975
(2) Chronique venitienne / Marcelin Pleynet / L'Infini / Gallimard
mercredi 31 mars 2010
Le Lieu de la Vie (2)
Comme il a beaucoup de choses à faire, il fixe le ciel qui a retrouvé son bleu originel, ce bleu qui parfois donne au printemps d'ici des airs d'été, pas un souffle, pas un oiseau, et le silence de Bach qui s'installe. L'Art de la Fugue par Pierre-Laurent Aimard (1): le Lieu de la Vie.
Il se dit, pour pouvoir écrire, il faut traverser le silence, comme l'on traverse le Néant. Exercice de haut saisissement, une autre face de la jouissance, qui en possède dix, cent, mille et même plus, il suffit pour cela de s'y être adonné, porté par une nouvelle tranquillité de l'âme. Une âme sage sait ce que jouir signifie et tend : le Lieu de la Vie.
Il pense aussi, dans le silence de cette fin de journée de printemps, qu'écrire s'apprend en lisant, que lire, se décline dans l'éblouissement d'un corps saisi par la permanence du renouvellement : le Lieu de la Vie.
Il écrit, aimer révèle le Temps, du Lieu de la Vie, et toutes les dispersions qui peuvent ensuite s'inviter, ne sont finalement que des mirages.
Comme il n'a rien de mieux à faire, il dessine son visage : le Lieu de la Vie, il se glisse dans les harmonies de sa peau et laisse sa partition se dérouler.
à suivre
Philippe Chauché
(1) L'Art de la Fugue / BWV 1080 / Jean-Sébastien Bach / 1685-1750 / later version of the original print, edited by Christoph Wolff / Pierre-Laurent Aimard / 2008 / Deutsche Grammophon
Il se dit, pour pouvoir écrire, il faut traverser le silence, comme l'on traverse le Néant. Exercice de haut saisissement, une autre face de la jouissance, qui en possède dix, cent, mille et même plus, il suffit pour cela de s'y être adonné, porté par une nouvelle tranquillité de l'âme. Une âme sage sait ce que jouir signifie et tend : le Lieu de la Vie.
Il pense aussi, dans le silence de cette fin de journée de printemps, qu'écrire s'apprend en lisant, que lire, se décline dans l'éblouissement d'un corps saisi par la permanence du renouvellement : le Lieu de la Vie.
Il écrit, aimer révèle le Temps, du Lieu de la Vie, et toutes les dispersions qui peuvent ensuite s'inviter, ne sont finalement que des mirages.
Comme il n'a rien de mieux à faire, il dessine son visage : le Lieu de la Vie, il se glisse dans les harmonies de sa peau et laisse sa partition se dérouler.
à suivre
Philippe Chauché
(1) L'Art de la Fugue / BWV 1080 / Jean-Sébastien Bach / 1685-1750 / later version of the original print, edited by Christoph Wolff / Pierre-Laurent Aimard / 2008 / Deutsche Grammophon
mardi 30 mars 2010
Journal du Temps (10)

Gérard Van Spaendonck 1746-1822
" Fermer les yeux sur bien des choses, s'abstenir de les écouter, ne pas les laisser venir à soir, c'est le premier commandement de la sagesse, la première façon de prouver qu'on n'est pas un hasard mais une nécessité. Le mot qu'on emploie couramment pour désigner cet instinct de défense c'est celui de " goût ". Son impératif ne commande pas seulement de dire " non " quand le " oui " serait une marque de " désintéressement ", mais encore de dire " non " le moins souvent possible. Eloignons-nous, séparons-nous de ce qui nous obligerait à répéter le " non " sans cesse. Rien de plus raisonnable : car, si petites qu'elles soient, les dépenses de force défensive, quand elles deviennent la règle habituelle, amènent une pauvreté extrême et parfaitement superflue. Nos grandes dépenses sont faites de la répétition des petites. " (1)
Ouvrir les yeux sur un regard, un mouvement, un silence. Ouvrir les yeux, pense-t-il, c'est ouvrir les bras. Il en va ainsi aussi, des livres, se dit-il, dans le matin gris-noir qui s'ouvre sur la ville des éclats. Il en va ainsi, ajoute-t-il, d'un corps, le " oui " l'élève, le " non " le terrasse.
Il se dit, le " goût " est un état d'Etre, je suis donc mes manières et mes façons, je suis les traces que je dépose, les mots que j'offre à la manière de l'admirable Gérard Van Spaendonck.
Ouvrir le Temps à la " belle endormie ", c'est ce qu'il a lu quelque part, à ses tremblements, à ses douleurs, à ses éclats. Ouvrir le Temps, c'est devenir l'offrande silencieuse du mouvement de la vie ouverte.
S'ouvrir au souffle du Temps pour faire advenir les temps nouveaux, pense-t-il.
Se contenter d'être là, autrement-dit, accordé à la musique, celle de Mozart, et savoir où elle conduit : au Paradis.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Ecce Homo / Friedrich Nietzsche / traduc. Alexandre Vialatte / 10-18
lundi 29 mars 2010
Journal du Temps (9)
Des pivoines pour le Temps, se dit-il, des pivoines qui s'ouvrent sur l'espace.
Tout s'éclaire dans le regard d'une femme, dans l'éclosion d'une fleur.
Les fleurs perdues ne se délitent jamais.
Il écrit cela dans le jour naissant sur la ville les éclats. Il se dit, il faut embrasser ce bouquet de pivoines comme on le fait du corps de l'aimée. L'aimée, une fleur ? qui en douterait, une fée éclatante qui éclaire sa tour et ses livres. L'aimée éclairante, dans le silence du Temps et de l'Instant.
Il faut embraser le temps comme les fleurs l'espace.
Des pivoines pour la vibration du corps, pour la Révélation des phrases, pour la musique de la vie vive.
Des pivoines qui délivrent, un regard qui élève et révèle, une épaule, un ventre, un sein, une jambe, un pied qui soulève la poussière de la Mort, la retourne, et lui donne vie, poussière de vie, c'est le corps aimé en mouvement, et ce mouvement est celui de la musique.
Il faut embrasser un regard comme l'on embrasse un bouquet de fleurs, dans l'abandon de l'admiration, et la nécessité du renouveau permanent, ce renouveau est nourri de tous les livres du Temps, de toutes les musiques vivantes, pour le reste, laissez tomber, pense-t-il, il appartient au Diable.
" Nous avons maintenant besoin de musique, de magie et de féerie. De même que pour le mystère de l'Incarnation la musique indispensable est l'Incarnatus de la Grande Messe en ut mineur de Mozart ( Marai Stader dirigée par Ferec Fricsay ), de même, pour les combinaisons secrètes et atomiques de la nature, il nous faut Purcell ou Bach, par exemple, les Suites Anglaises de ce dernier ( gavotte de la suite n°3, en sol mineur, par Murray Perahia ). Large broderie d'un côté, piqué et perles de l'autre. " (1)
Un baiser sauve, note-t-il, une fleur éclaire, un silence s'installe, la méditation face aux fleurs, des fleurs pour la vie, un baiser comme une musique, elle ne disparaîtra jamais, gravée dans le Temps de l'Instant, quoi qu'il arrive.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Fleurs / Philippe Sollers / Hermann Littérature
Tout s'éclaire dans le regard d'une femme, dans l'éclosion d'une fleur.
Les fleurs perdues ne se délitent jamais.
Il écrit cela dans le jour naissant sur la ville les éclats. Il se dit, il faut embrasser ce bouquet de pivoines comme on le fait du corps de l'aimée. L'aimée, une fleur ? qui en douterait, une fée éclatante qui éclaire sa tour et ses livres. L'aimée éclairante, dans le silence du Temps et de l'Instant.
Il faut embraser le temps comme les fleurs l'espace.
Des pivoines pour la vibration du corps, pour la Révélation des phrases, pour la musique de la vie vive.
Des pivoines qui délivrent, un regard qui élève et révèle, une épaule, un ventre, un sein, une jambe, un pied qui soulève la poussière de la Mort, la retourne, et lui donne vie, poussière de vie, c'est le corps aimé en mouvement, et ce mouvement est celui de la musique.
Il faut embrasser un regard comme l'on embrasse un bouquet de fleurs, dans l'abandon de l'admiration, et la nécessité du renouveau permanent, ce renouveau est nourri de tous les livres du Temps, de toutes les musiques vivantes, pour le reste, laissez tomber, pense-t-il, il appartient au Diable.
" Nous avons maintenant besoin de musique, de magie et de féerie. De même que pour le mystère de l'Incarnation la musique indispensable est l'Incarnatus de la Grande Messe en ut mineur de Mozart ( Marai Stader dirigée par Ferec Fricsay ), de même, pour les combinaisons secrètes et atomiques de la nature, il nous faut Purcell ou Bach, par exemple, les Suites Anglaises de ce dernier ( gavotte de la suite n°3, en sol mineur, par Murray Perahia ). Large broderie d'un côté, piqué et perles de l'autre. " (1)
Un baiser sauve, note-t-il, une fleur éclaire, un silence s'installe, la méditation face aux fleurs, des fleurs pour la vie, un baiser comme une musique, elle ne disparaîtra jamais, gravée dans le Temps de l'Instant, quoi qu'il arrive.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Fleurs / Philippe Sollers / Hermann Littérature
dimanche 28 mars 2010
Journal du Temps (8)
" Devant toi je me dévêts. Voilà. Viens et vois ma nudité.
Je t'offre cette image de moi.
- Je viens. J'entre dans le cadre.
Encore. Jusqu'au bout de l'abandon de soi.
- Je me prends en ton image pour l'avènement d'elle.
Ne te retourne pas. Pénètre-moi.
- Oh je suis perdu.
Tu es en moi. Reste. " (1)
Sortir d'un visage pour le retrouver, l'oublier pour le voir, passer de vie à mort pour en saisir la vie réelle, c'est ce qu'il écrit dans le bleu-blanc du ciel de la rue des vierges saisissantes.
Mais aussi, sortir de la parole qui s'entend pour entrer dans la parole du silence. Le silence : acte de résistance et de résurrection.
Sortir de la musique pour y entrer sans effraction.
Sortir de l'amour pour y trouver sa vérité vibrante.
Sortir du désert pour y trouver son sens profond.
Sortir de l'abandon pour entrer dans la réjouissance de la tension.
Et encore, offrir dans le Mouvement du Temps des éclats d'Instant.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Seuils / Patrick Kermann / Lansman Éditeur / Hors collections ( Création à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon dans le cadre des XXVIII° Rencontres d'été )
Je t'offre cette image de moi.
- Je viens. J'entre dans le cadre.
Encore. Jusqu'au bout de l'abandon de soi.
- Je me prends en ton image pour l'avènement d'elle.
Ne te retourne pas. Pénètre-moi.
- Oh je suis perdu.
Tu es en moi. Reste. " (1)
Sortir d'un visage pour le retrouver, l'oublier pour le voir, passer de vie à mort pour en saisir la vie réelle, c'est ce qu'il écrit dans le bleu-blanc du ciel de la rue des vierges saisissantes.
Mais aussi, sortir de la parole qui s'entend pour entrer dans la parole du silence. Le silence : acte de résistance et de résurrection.
Sortir de la musique pour y entrer sans effraction.
Sortir de l'amour pour y trouver sa vérité vibrante.
Sortir du désert pour y trouver son sens profond.
Sortir de l'abandon pour entrer dans la réjouissance de la tension.
Et encore, offrir dans le Mouvement du Temps des éclats d'Instant.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Seuils / Patrick Kermann / Lansman Éditeur / Hors collections ( Création à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon dans le cadre des XXVIII° Rencontres d'été )
samedi 27 mars 2010
Le Mouvement du Temps (7)
Vision de Bach, c'est ce qu'il se dit. Vision du Mouvement du Temps, éclats d'un regard, éblouissements, et musicalité inouïe d'un visage, pense-t-il. La musique est là, en mouvement devant lui. Il offre ces instants à l'Instant.
(1)
Vision de Bach, c'est ce qu'il pense sur l'Instant.
Écoutez et l'on vous ouvrira, pense-t-il.
Regardez et l'on vous écoutera.
Frappez sans crainte à la porte du Temps, et l'on vous embrassera.
Vision de Bach. Vision du Temps en Mouvement, c'est ce qu'il écrit dans le bleu du ciel. Esquisse du verbe qui se fait chair, esquisse d'une peau qui par le miracle de la musique se fait phrase, pinceau qui ne tremble pas et dessine la joie d'un mouvement, une main comme un violon, un baiser comme un luth, une caresse qui est une basse, le violoncelle de son regard, et les embrasements d'un basson, ajoute-t-il. La musique seule, l'éclat, et sa disparition. Vision de Bach un samedi de printemps.
" Chant pour les montées je lève les yeux vers les montagnes
D'où viendra mon aide
Mon aide me vient d'Adonaï
Lui qui fait le ciel et la terre
Non il ne fera pas que ton pied fasse un faux pas
Non il ne sera pas sommeil ton gardien
Vois il n'est pas en sommeil et il n'est pas endormi
Le gardien d'Israël
Adonaï est ton gardien
Adonaï est ton ombre il est à ta droite
Le jour le soleil ne frappera pas ni la lune la nuit
Adonaï te gardera de tout mal
Il gardera ton âme
Adonaï gardera ta sortie et ta venue
Dès maintenant et pour toujours " (2)
Vision de Bach un midi du printemps dans la ville des lumières.
Chant, pense-t-il, un corps doit chanter à la manière du Collegium Japan, allégresse.
Chant, dit-il, pour l'envolée, je lève les yeux, vers son regard.
D'où vient la musique ? La musique vient d'un regard, d'un Mouvement du Temps et du silence.
Vois, ajoute-t-il, l'ombre portée de son corps, de son absence aussi, l'ombre portée du Mouvement du corps s'élève vers le bleu du ciel.
Le jour, ce jour là, ce jour de printemps de la ville aux vierges perchées, ce jour lui ressemble, éclats de vie, qu'elle soit bénie de Vie et de Joie, et que la Beauté continue à mourir ses mots.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Bach/ Motets / Bach Cellegium Japan / Masaaki Suzuki / BIS ( cet enregistrement est une merveille absolue )
(2) Gloires / Traduction des psaumes / Henri Meschonnic / Desclée de Brouwer ( cet écritoire ne permet pas de laisser les espaces-Temps de la traduction, il faudra donc se reporter au livre, sans musique les livres sacrés s'effondrent comme les corps aimés )
(1)
Vision de Bach, c'est ce qu'il pense sur l'Instant.
Écoutez et l'on vous ouvrira, pense-t-il.
Regardez et l'on vous écoutera.
Frappez sans crainte à la porte du Temps, et l'on vous embrassera.
Vision de Bach. Vision du Temps en Mouvement, c'est ce qu'il écrit dans le bleu du ciel. Esquisse du verbe qui se fait chair, esquisse d'une peau qui par le miracle de la musique se fait phrase, pinceau qui ne tremble pas et dessine la joie d'un mouvement, une main comme un violon, un baiser comme un luth, une caresse qui est une basse, le violoncelle de son regard, et les embrasements d'un basson, ajoute-t-il. La musique seule, l'éclat, et sa disparition. Vision de Bach un samedi de printemps.
" Chant pour les montées je lève les yeux vers les montagnes
D'où viendra mon aide
Mon aide me vient d'Adonaï
Lui qui fait le ciel et la terre
Non il ne fera pas que ton pied fasse un faux pas
Non il ne sera pas sommeil ton gardien
Vois il n'est pas en sommeil et il n'est pas endormi
Le gardien d'Israël
Adonaï est ton gardien
Adonaï est ton ombre il est à ta droite
Le jour le soleil ne frappera pas ni la lune la nuit
Adonaï te gardera de tout mal
Il gardera ton âme
Adonaï gardera ta sortie et ta venue
Dès maintenant et pour toujours " (2)
Vision de Bach un midi du printemps dans la ville des lumières.
Chant, pense-t-il, un corps doit chanter à la manière du Collegium Japan, allégresse.
Chant, dit-il, pour l'envolée, je lève les yeux, vers son regard.
D'où vient la musique ? La musique vient d'un regard, d'un Mouvement du Temps et du silence.
Vois, ajoute-t-il, l'ombre portée de son corps, de son absence aussi, l'ombre portée du Mouvement du corps s'élève vers le bleu du ciel.
Le jour, ce jour là, ce jour de printemps de la ville aux vierges perchées, ce jour lui ressemble, éclats de vie, qu'elle soit bénie de Vie et de Joie, et que la Beauté continue à mourir ses mots.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Bach/ Motets / Bach Cellegium Japan / Masaaki Suzuki / BIS ( cet enregistrement est une merveille absolue )
(2) Gloires / Traduction des psaumes / Henri Meschonnic / Desclée de Brouwer ( cet écritoire ne permet pas de laisser les espaces-Temps de la traduction, il faudra donc se reporter au livre, sans musique les livres sacrés s'effondrent comme les corps aimés )
vendredi 26 mars 2010
Le Bel Eté
Il se dit, l'été sera beau. Les mots et les corps embraseront le Temps.
Il pense : un regard et un mouvement sur l'Instant pourraient le rendre encore plus lumineux.
Mais il se dit, de telles pensées sont de bien médiocres répliques.
Festival d'Avignon
à suivre
Philippe Chauché
Il pense : un regard et un mouvement sur l'Instant pourraient le rendre encore plus lumineux.
Mais il se dit, de telles pensées sont de bien médiocres répliques.
Festival d'Avignon
à suivre
Philippe Chauché
mercredi 24 mars 2010
Journal du Temps (7)
Voilà, se dit-il, les miracles s'écoutent et se voient, il suffit de s'accorder à la beauté de la pianiste.
Il pense, il en va ainsi de quelques aventurières du Temps, elles embrasent l'Instant comme un clavier.
à suivre
Philippe Chauché
Il pense, il en va ainsi de quelques aventurières du Temps, elles embrasent l'Instant comme un clavier.
à suivre
Philippe Chauché
mardi 23 mars 2010
Journal du Temps (6)
" On n'écrit pas parce qu'on a quelque chose à dire mais parce qu'on a envie de dire quelque chose. " (1)
" Les éclats du Temps sont d'acier brûlant.
Le mouvement du Temps donne la nausée.
Il ne boit pas pour oublier mais pour vider son verre.
La couleur de ce regard, c'est ce qu'il garde.
La musique de ce corps, c'est ce qui l'habite.
Les éclats d'une peau, comme un cantique.
Suerte amigo "
Il relit ces phrases qu'il a noté au dos d'une carte postée du sud de l'Espagne. Ce sont là ses façons de donner quelques nouvelles. La carte représente une plaza de toros au printemps, les fleurs des barreras en témoignent.
Il se dit, le Temps doit lui filer entre les lèvres, le mouvement secret de la vie aimée lui avoir échappé, l'évidence d'une élévation lui manquer.
Il ajoute, c'est l'Instant qui donne sa musique au Temps, au mouvement et à sa Courbe. Il note tout cela sur une carte où est reproduite l'une des vierges de la ville des prodiges et la confie aux martinets complices.
" Tu saisis l'insaisissable, mais le saisissable t'échappe. ", lui reprochait-elle. " (2)

à suivre
Philippe Chauché
(1)E. M. Cioran / Écartèlement / Gallimard / 1979
(2) Emmanuel Moses / Le rêve passe / L'Infini n° 109 / Gallimard / en attente de parution chez Gallimard
" Les éclats du Temps sont d'acier brûlant.
Le mouvement du Temps donne la nausée.
Il ne boit pas pour oublier mais pour vider son verre.
La couleur de ce regard, c'est ce qu'il garde.
La musique de ce corps, c'est ce qui l'habite.
Les éclats d'une peau, comme un cantique.
Suerte amigo "
Il relit ces phrases qu'il a noté au dos d'une carte postée du sud de l'Espagne. Ce sont là ses façons de donner quelques nouvelles. La carte représente une plaza de toros au printemps, les fleurs des barreras en témoignent.
Il se dit, le Temps doit lui filer entre les lèvres, le mouvement secret de la vie aimée lui avoir échappé, l'évidence d'une élévation lui manquer.
Il ajoute, c'est l'Instant qui donne sa musique au Temps, au mouvement et à sa Courbe. Il note tout cela sur une carte où est reproduite l'une des vierges de la ville des prodiges et la confie aux martinets complices.
" Tu saisis l'insaisissable, mais le saisissable t'échappe. ", lui reprochait-elle. " (2)

à suivre
Philippe Chauché
(1)E. M. Cioran / Écartèlement / Gallimard / 1979
(2) Emmanuel Moses / Le rêve passe / L'Infini n° 109 / Gallimard / en attente de parution chez Gallimard
samedi 20 mars 2010
Journal du Temps (5)
Finalement, se dit-il, il aura consacré une belle partie de ses longues nuits aux livres. Les livres la nuit me lisent, note-t-il. Il en va parfois aussi ainsi des femmes, rares sont celles qui auront pris ce Temps suspendu d'en faire de même, mais cela, pense-t-il, n'a au bout du compte, et donc du Temps, que peu d'importance.
Un corps à livre ouvert, se lit avec une concentration mêlée de détachement, ou avec un détachement vivifié de concentration.
Les livres donc, il y revient, il s'y glisse, plusieurs fois, comme l'on se glisse à maintes reprises dans le ploi joyeux d'un regard apaisé, dans le mouvement rayonnant d'une parole de Joie, dans les didascalies de soies et de coton, dans l'espace inouïe où naît la parole. La parole, ajoute-t-il, ne vient pas que d'une bouche ambrée, mais de tout le corps. Un sexe muet est un sexe mort, pense-t-il.

Il a donc repris le petit livre léger (1), comme l'on allume une cigarette au blond tabac américain :
" C'est un carré spacieux qui s'arrondit en bordure, assez spacieux pour y allonger une Gitane entière, sur fond blanc bien qu'il y paraisse peu, occupé qu'il est en son centre par un précepte. Aux quatre coins un bouquet vert cyprès, une touche ensoleillée de jaune, une pointe rose confèrent à l'ensemble un air de félicité campagnarde parfaitement accordé à l'inscription qui va disant :
O BEATA
SOLITUDO
O SOLA
BEATITUDO
O béate solitude, ô béatitude, est-ce à toi seule désormais qu'il me faut aspirer ? " (1)
Si seule cette phrase restait en cendre dans le fond de son écritoire, il s'en contenterait.
Il se dit, qu'il n'en a pas fini d'être ainsi lu par le petit livre.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Mes Cendriers / Florence Delay / Gallimard
Un corps à livre ouvert, se lit avec une concentration mêlée de détachement, ou avec un détachement vivifié de concentration.
Les livres donc, il y revient, il s'y glisse, plusieurs fois, comme l'on se glisse à maintes reprises dans le ploi joyeux d'un regard apaisé, dans le mouvement rayonnant d'une parole de Joie, dans les didascalies de soies et de coton, dans l'espace inouïe où naît la parole. La parole, ajoute-t-il, ne vient pas que d'une bouche ambrée, mais de tout le corps. Un sexe muet est un sexe mort, pense-t-il.

Il a donc repris le petit livre léger (1), comme l'on allume une cigarette au blond tabac américain :
" C'est un carré spacieux qui s'arrondit en bordure, assez spacieux pour y allonger une Gitane entière, sur fond blanc bien qu'il y paraisse peu, occupé qu'il est en son centre par un précepte. Aux quatre coins un bouquet vert cyprès, une touche ensoleillée de jaune, une pointe rose confèrent à l'ensemble un air de félicité campagnarde parfaitement accordé à l'inscription qui va disant :
O BEATA
SOLITUDO
O SOLA
BEATITUDO
O béate solitude, ô béatitude, est-ce à toi seule désormais qu'il me faut aspirer ? " (1)
Si seule cette phrase restait en cendre dans le fond de son écritoire, il s'en contenterait.
Il se dit, qu'il n'en a pas fini d'être ainsi lu par le petit livre.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Mes Cendriers / Florence Delay / Gallimard
vendredi 19 mars 2010
Journal du Temps (4)
Célébrité - relative - oblige, le roman est en bien bonne place chez mes charmants libraires. C'est son titre qui l'attire. Mes Cendriers. C'est un peu, se dit-il, comme s'il était écrit sur le jaune bambou de la collection : Mes Amants - épuisant -, Mes Aventures - faut voir -, Mes Jouissances - aucun succès avec un tel titre, s'amuse-t-il à penser -, Mes Pleurs - très porteur, vérifiez -, ou encore, Mes Douleurs, Mes Trahisons - amusant -, Mes Certitudes - cherchez le coupable -, Mes Doutes, Mes Livres - à partager amoureusement -, Mes Nuits Blanches, Mes Saveurs - un sourire -, Mes Souvenirs, Mes... c'est ajoute-t-il, le pluriel qui change tout !
C'est son titre, et son auteur qui l'ont attiré : Florence Delay.
Il est ainsi souvent attiré par un mot, un nom. Le mouvement d'un mot écrit ou prononcé, un mot, un nom, offerts comme un baiser. Un baiser donné comme un mot, un nom où il pose sa main, comme un bouquet de pivoines.
L'éclosion d'un mot : éclat de jouissance fleurissant.
Le silence d'un nom : livre ouvert où il se glisse.
Il se souvient, l'avoir croisé trois ou quatre fois, sur la colline qui domine la ville aux deux rivières, autour du quinze août, lorsque l'haizegoa soulève les capes et les jupes. Il se souvient de son regard net et coupant, de son élégance, de sa légèreté, de son sourire de blondeur, de ce qu'il imagine de ses certitudes raisonnables, de ses passions ibériques. Il se souvient d'une belle personne - à employer avec modération- que le Temps accompagnait de ses baisers et que les taureaux saluaient lorsqu'ils s'aventuraient loin du campo.
Il se souvient du silence saluant une trinchera de Manzanares. Etait-elle là ? D'une naturelle de Joselito allumant mille étoiles dans le bleu du ciel. Etait-elle là ?
Mes Cendriers, où, se dit-il, il dépose les cendres de cigarettes que l'on voudrait me faire définitivement abandonner.
Éclats volatiles d'instants gracieux. Fumer, ajoute-t-il, relève parfois de la grâce, de l'embrasement du Temps. Je ne fume pas pour oublier, note-t-il, mais pour conserver l'instant soyeux, les cendres délicates en sont la trace.
Mes Cendriers, conservés, oubliés, brisés, offerts, cachés, dérobés. Ils possèdent la mémoire d'escapades et d'horizons toujours nouveaux.
Mes Cendriers, il ouvre le livre à l'ombre de son olivier vivace qui éclaire de son vert léger la face nord du Palais des Papes :
" Qui suis-je ? La propriétaire apparemment. La détentrice de petites réceptacles. Celle qui produit le contenu. La productrice de cendres. Hier encore, je n'aurais pas affiché aussi impudemment mes biens. Mais tout change, les frontières, les choses, moi incluse, avec une telle rapidité. " (1)
Cet objet, note-t-il, n'est à aucun autre comparable, il témoigne du Temps réel, du mouvement d'une main qui s'en approche, de doigts qui se croisent, d'un regard qui le fixe, et du feux qui parfois, lorsqu'une cigarette s'avère mal éteinte, y couve. Il est ce Temps réel du chapardage de ces objets dans quelques escapades hôtelières.
Il poursuit sa lecture dans la douceur du tabac blond américain :
" La main, le briquet, la flamme, la fumée, la cendre. Il y a quelque chose de divin dans cette répétition générale. " (1)

" Pas facile de dire le charme d'une petite poterie marocaine, arrondie comme les hanches d'une femme des Mille et Une Nuits dans sa jupe aux couleurs vives, surmontée d'une ceinture qu'on détache pour vider les cendres. " (1)
" Un carré rose andalou fabriqué à Séville fut, dans les années quatre-vingt, garçon de compagnie d'un roman intitulé Riche et légère. " (1)
" Celle qui parle a vu s'éteindre un cigare d'Ernest Hemingway dans les arènes de Bayonne lors d'un mano a mano entre Luis Miguel Dominguin et Antonio Ordonez, l'été dangereux où l'Américain suivait leur rivalité à la trace. Oui. Oui, Ava Gardner était là. C'est dans les mêmes arènes qu'il lui fut donné d'établir une relation entre les meilleures places, barreras, contre barreras, et le cigare que fument plus particulièrement les Espagnols. Leur fumée monte vers ceux qui sont assis plus haut. Personne ne proteste. " (1)
Il poursuit, que de cigarettes fumées dans les arènes du sud océan, et de son rival des garrigues, à Séville, Madrid, que sais-je encore, ajoute-t-il, que de cigarettes prolongeant le regard de douceur porté à une femme d'exception qui fumait avec une rare dictinction.
Il allume une cigarette. Un cendrier jaune et bleu dérobé il y a un siècle dans un hôtel de Madrid posé sur son bureau lui donne la direction du sud. La fumée se noue entre ses doigts et s'élève dans le trouble du Temps. Il ne lui offrira pas de cendrier, mais quelques phrases qui s'enroulent comme le velouté d'un baiser.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Mes Cendriers / Florence Delay / Gallimard
C'est son titre, et son auteur qui l'ont attiré : Florence Delay.
Il est ainsi souvent attiré par un mot, un nom. Le mouvement d'un mot écrit ou prononcé, un mot, un nom, offerts comme un baiser. Un baiser donné comme un mot, un nom où il pose sa main, comme un bouquet de pivoines.
L'éclosion d'un mot : éclat de jouissance fleurissant.
Le silence d'un nom : livre ouvert où il se glisse.
Il se souvient, l'avoir croisé trois ou quatre fois, sur la colline qui domine la ville aux deux rivières, autour du quinze août, lorsque l'haizegoa soulève les capes et les jupes. Il se souvient de son regard net et coupant, de son élégance, de sa légèreté, de son sourire de blondeur, de ce qu'il imagine de ses certitudes raisonnables, de ses passions ibériques. Il se souvient d'une belle personne - à employer avec modération- que le Temps accompagnait de ses baisers et que les taureaux saluaient lorsqu'ils s'aventuraient loin du campo.
Il se souvient du silence saluant une trinchera de Manzanares. Etait-elle là ? D'une naturelle de Joselito allumant mille étoiles dans le bleu du ciel. Etait-elle là ?
Mes Cendriers, où, se dit-il, il dépose les cendres de cigarettes que l'on voudrait me faire définitivement abandonner.
Éclats volatiles d'instants gracieux. Fumer, ajoute-t-il, relève parfois de la grâce, de l'embrasement du Temps. Je ne fume pas pour oublier, note-t-il, mais pour conserver l'instant soyeux, les cendres délicates en sont la trace.
Mes Cendriers, conservés, oubliés, brisés, offerts, cachés, dérobés. Ils possèdent la mémoire d'escapades et d'horizons toujours nouveaux.
Mes Cendriers, il ouvre le livre à l'ombre de son olivier vivace qui éclaire de son vert léger la face nord du Palais des Papes :
" Qui suis-je ? La propriétaire apparemment. La détentrice de petites réceptacles. Celle qui produit le contenu. La productrice de cendres. Hier encore, je n'aurais pas affiché aussi impudemment mes biens. Mais tout change, les frontières, les choses, moi incluse, avec une telle rapidité. " (1)
Cet objet, note-t-il, n'est à aucun autre comparable, il témoigne du Temps réel, du mouvement d'une main qui s'en approche, de doigts qui se croisent, d'un regard qui le fixe, et du feux qui parfois, lorsqu'une cigarette s'avère mal éteinte, y couve. Il est ce Temps réel du chapardage de ces objets dans quelques escapades hôtelières.
Il poursuit sa lecture dans la douceur du tabac blond américain :
" La main, le briquet, la flamme, la fumée, la cendre. Il y a quelque chose de divin dans cette répétition générale. " (1)

" Pas facile de dire le charme d'une petite poterie marocaine, arrondie comme les hanches d'une femme des Mille et Une Nuits dans sa jupe aux couleurs vives, surmontée d'une ceinture qu'on détache pour vider les cendres. " (1)
" Un carré rose andalou fabriqué à Séville fut, dans les années quatre-vingt, garçon de compagnie d'un roman intitulé Riche et légère. " (1)
" Celle qui parle a vu s'éteindre un cigare d'Ernest Hemingway dans les arènes de Bayonne lors d'un mano a mano entre Luis Miguel Dominguin et Antonio Ordonez, l'été dangereux où l'Américain suivait leur rivalité à la trace. Oui. Oui, Ava Gardner était là. C'est dans les mêmes arènes qu'il lui fut donné d'établir une relation entre les meilleures places, barreras, contre barreras, et le cigare que fument plus particulièrement les Espagnols. Leur fumée monte vers ceux qui sont assis plus haut. Personne ne proteste. " (1)
Il poursuit, que de cigarettes fumées dans les arènes du sud océan, et de son rival des garrigues, à Séville, Madrid, que sais-je encore, ajoute-t-il, que de cigarettes prolongeant le regard de douceur porté à une femme d'exception qui fumait avec une rare dictinction.
Il allume une cigarette. Un cendrier jaune et bleu dérobé il y a un siècle dans un hôtel de Madrid posé sur son bureau lui donne la direction du sud. La fumée se noue entre ses doigts et s'élève dans le trouble du Temps. Il ne lui offrira pas de cendrier, mais quelques phrases qui s'enroulent comme le velouté d'un baiser.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Mes Cendriers / Florence Delay / Gallimard
mardi 16 mars 2010
Journal du Temps (3)
Il s'est assis sous l'olivier, où font souvent escale quelques vieilles dames aimables et bavardes. De là, il écoute et voit les esquisses du Temps que soulève le vent. Il écrit en fermant les yeux :
" S'il ne devait conserver qu'un seul geste, ce serait...
S'il ne devait se souvenir que d'un seul mot, ce serait...
S'il ne devait garder qu'un Instant, ce serait...
S'il ne devait ... "
Sous les éclats du Temps cet écritoire change de couleur, c'est ce qu'il pense en retrouvant sa tour et ses livres. Il note trois ou quatre banalités d'usage comme on le disait en un temps que les plus jeunes ignorent et dont les plus vieux se moquent :
" Rien ne peut lui advenir, même l'avenir. "
" Lorsque l'on traverse un désert, chercher une source claire relève de la superstition. "
" Il faut de toute urgence s'inoculer le vaccin du Vide. "
" Chaque jour consacrer au moins une minute à se moquer de ce que l'on est. "
" Rire de sa laideur en se rasant est finalement une belle occupation. "
" Seul intérêt à consulter la météo, s'assurer que les mauvais jours perdurent. "
" Devenir invisible, intouchable et illisible. "
à suivre
Philippe Chauché
" S'il ne devait conserver qu'un seul geste, ce serait...
S'il ne devait se souvenir que d'un seul mot, ce serait...
S'il ne devait garder qu'un Instant, ce serait...
S'il ne devait ... "
Sous les éclats du Temps cet écritoire change de couleur, c'est ce qu'il pense en retrouvant sa tour et ses livres. Il note trois ou quatre banalités d'usage comme on le disait en un temps que les plus jeunes ignorent et dont les plus vieux se moquent :
" Rien ne peut lui advenir, même l'avenir. "
" Lorsque l'on traverse un désert, chercher une source claire relève de la superstition. "
" Il faut de toute urgence s'inoculer le vaccin du Vide. "
" Chaque jour consacrer au moins une minute à se moquer de ce que l'on est. "
" Rire de sa laideur en se rasant est finalement une belle occupation. "
" Seul intérêt à consulter la météo, s'assurer que les mauvais jours perdurent. "
" Devenir invisible, intouchable et illisible. "
à suivre
Philippe Chauché
dimanche 14 mars 2010
Journal du Temps (2)
Il se dit, il en va des livres comme des corps, ce n'est pas vous qui les lisez, mais ce sont eux qui vous lisent. Il en est des livres comme des corps, perdus, ils perdurent, ajoute-t-il. Il écrit aussi, les corps s'ouvrent comme les livres, ils ont parfois le même éclat net et coupant, la même légèreté éblouissante, et vous offrent la grâce. Il se dit aussi, lorsque le temps est venu du regard perdu, le livre doit esquisser la danse du renouveau. Il écrit, les livres doivent sauver du déchirement de la Courbe du Temps.
" Depuis quelques temps Bosmans pensait à certains épisodes de sa jeunesse, des épisodes sans suite, coupés net, des visages sans noms, des rencontres fugitives. "
(1)
Il se dit, ce livre déroule le Temps, et s'accorde à mon propre déroulement. Eclats de noms oubliés qui renaissent par le miracle de l'art du roman. L'art du roman, devient là une Révélation. Les noms ont un corps, les corps un mouvement, un nom. C'est un chinois, cet écrivain se dit-il, ses phrases appliquées à l'encre noire saisissent en un éclat de mots de mouvement intérieur du roman.
" Bien des années plus tard, il s'était retrouvé par hasard dans cette rue Bleue, et une pensée l'avait cloué au sol : Est-on vraiment sûr que les paroles que deux personnes ont échangées lors de leur première rencontre se soient dissipées dans le néant, comme si elles n'avaient jamais été prononcées ? " (1)
Il se dit, écrire c'est faire apparaître un corps lorsqu'on écrit son nom. Il ajoute dire le mouvement d'un corps, c'est sauver un nom, sauver un nom, c'est l'écrire dans l'horizon lumineux du verbe.
" On se dit que le temps n'a peut-être pas achevé son travail de destruction et qu'il y aura encore des rendez-vous. " (1)
Il ajoute, le roman français est là devant moi, la haute idée du roman qui déchire l'oubli. Déchirer l'oubli, voilà l'horizon.
object width="560" height="340">
à suivre
Philippe Chauché
(1) L'horizon / Patrick Modiano / Gallimard
" Depuis quelques temps Bosmans pensait à certains épisodes de sa jeunesse, des épisodes sans suite, coupés net, des visages sans noms, des rencontres fugitives. "
(1)
Il se dit, ce livre déroule le Temps, et s'accorde à mon propre déroulement. Eclats de noms oubliés qui renaissent par le miracle de l'art du roman. L'art du roman, devient là une Révélation. Les noms ont un corps, les corps un mouvement, un nom. C'est un chinois, cet écrivain se dit-il, ses phrases appliquées à l'encre noire saisissent en un éclat de mots de mouvement intérieur du roman.
" Bien des années plus tard, il s'était retrouvé par hasard dans cette rue Bleue, et une pensée l'avait cloué au sol : Est-on vraiment sûr que les paroles que deux personnes ont échangées lors de leur première rencontre se soient dissipées dans le néant, comme si elles n'avaient jamais été prononcées ? " (1)
Il se dit, écrire c'est faire apparaître un corps lorsqu'on écrit son nom. Il ajoute dire le mouvement d'un corps, c'est sauver un nom, sauver un nom, c'est l'écrire dans l'horizon lumineux du verbe.
" On se dit que le temps n'a peut-être pas achevé son travail de destruction et qu'il y aura encore des rendez-vous. " (1)
Il ajoute, le roman français est là devant moi, la haute idée du roman qui déchire l'oubli. Déchirer l'oubli, voilà l'horizon.
object width="560" height="340">
à suivre
Philippe Chauché
(1) L'horizon / Patrick Modiano / Gallimard
samedi 27 février 2010
Journal du Temps (1)

Antoine Watteau 1684-1721
Ce journal, écrit-il, est un journal de l'embarquement dans le Temps, il n'a point de vision de sa destinée, aucune côte imaginée, aucune autre raison que celle d'un départ toutes voiles écrites.
Écrire toutes voiles déployées, écrire dans la douceur des alizés, accompagné par instant d'une fée boussole, note-t-il, débarrassé à jamais de toute pression terrestre, écrire pour le vent et la houle, écrire, pour le regard troublant d'un oiseau du large qui se pose sur mon écritoire, écrire dans la nuit océane, écrire pour déjouer les ouragans et les dépressions, écrire sur les cartes imaginaires du mouvement perpétuel de ma goélette, ajoute-t-il.
Embarquement, c'est ce qu'il se disait de ses façons d'être dans l'Instant, embarquement pour la joie vive, pour le Temps du miracle, pour le retournement du mot et du corps, pour l'évidence du bonheur, embarquement ne triche jamais.
Embarquement, écrit-il aujourd'hui dans la présence du Temps, dans le déferlement des phrases qui se lèvent et se couchent sous ses mains, embarquement dans les éclats de foudre qui déchirent les vagues, embarquement pour ne pas être enseveli par les ténèbres.
Embarquement, c'est un livre qui se déploie et se tend comme un corps aimé, embarquement, c'est un regard qui guide sa course, note-t-il, à la proue du Temps.
à suivre
Philippe Chauché
vendredi 26 février 2010
L'Année des Délices (20)

Jean-Honoré Fragonard 1732-1806
" A mon corps défendant ! " C'est une phrase terrible, se dit-il, il l'entend souvent, cette phrase complice de la mort. " Ton corps se défend de quoi ? ", a-t-il eu envie de lui demander, mais il a préféré n'en rien dire. Alors, alors pense-t-il que le corps s'offre ou de retire, c'est aussi net que cela. Si vous ne me croyez pas, ajoute-t-il, vérifiez sur le motif, si motif il y a.
Il serait temps, note-t-il, que l'on en revienne au corps qui ne s'en défend pas, il serait temps, que l'on prenne le corps au mot, c'est bien là l'enjeu, le seul qui mérite attention, et point de défense, sauf celle de l'Infini.
à suivre
Philippe Chauché
jeudi 25 février 2010
L'Année du Tigre (16)

Shen Zhou 1427-1509
" Seul, assis, je contemple l'eau et la montagne,
Appuyé contre un mol oreiller, j'écoute le vent et la pluie.
Tous les jours des amis viennent et s'en vont,
Tous les ans les fleurs éclosent et tombent. " (1)
25 février
Du gris au bleu et du bleu au gris, éclats de soleil et pluies, charme des hésitations.
Plongée dans l'espace et le Temps.
Instant retrouvé.
Il sourit.
La distinction d'un regard comme une source de lumière.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Fantaisie / Hsu Pen / La poésie chinoise / Anthologie / traduc. Patricia Guillermaz / Club des libraires de France / Pierre Seghers Éditeur / 1960 / exemplaire N° 591
mardi 23 février 2010
L'Année du Tigre (15)
Zhu Da 1624-1705
ya
" Les feuilles bruissent agités par le vent ; la jeune lune est déjà couchée ;
La rosée répand sa fraîcheur bienfaisante. Accordons nos
luths au son pur.
Les ruisseaux se glissent dans l'ombre, caressant les fleurs
de la rive.
Les constellations silencieuses étendent sur nos têtes un
dais étoilé. " (1)

Il se dit :
la nuit s'avance sans se montrer,
le ciel s'obscurcit,
la divine pensée je la cherche,
son éclat je le garde sur mon coeur,
et le sourire du Temps lui appartient.

" Le soleil a franchi pour se coucher la chaîne de ces hautes montagnes,
Et bientôt toutes les vallées se sont perdues dans les ombres du soir.
La lune surgit du milieu des pins, amenant la fraîcheur
avec elle,
Le vent qui souffle et les ruisseaux qui coulent remplissent
mon oreille de sons purs. " (2)

mǎ
" Je descendis de cheval ; je lui offris le vin de l'adieu,
Et je lui demandai quel était le but de son voyage.
Il me répondit : Je n'ai pas réussi dans les affaires du monde ;
Je m'en retourne au monts Nan-chan pour y chercher le repos.
Vous n'aurez plus désormais à m'interroger sur de nouveaux voyages,
Car la nature est immuable, et les nuages blancs sont éternels. " (3)
à suivre
Philippe Chauché
(1) Thou-fou / Poésies de l'époque des Thang / traduc. Marquis d'Hervey-Saint-Denys / Éditions Ivrea
(2) Mong-kao-jèn / d°
(3) Ouang-oey / d°
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