
mardi 24 juin 2008
Les Larmes d'Avignon

samedi 21 juin 2008
Un Certain Esprit
Chacune de mes pensées est ainsi nourrie de cette langue éclatante et coupante, chacune de mes paroles sans y chercher un modèle, trouve dans ses portraits un terreau inestimable, chacun de mes gestes a la légèreté de ses coups de dague. En ces temps désaccordés et furieux, il n'est pas inutile de lire ce qu'il écrit :
" La gloire ou le mérite de certains hommes est de bien écrire ; et de quelques autres, c'est de n'écrire point. " (1)
" Il n'y a point au monde un si pénible métier que celui de se faire un grand nom : la vie s'achève que l'on a à peine ébauché son ouvrage " (1)
" Chez nous le soldat est brave, et l'homme de robe est savant ; nous n'allons pas plus loin. Chez les Romains l'homme de robe était brave, et le soldat était savant : un Romain était tout ensemble et le soldat et l'homme de robe. " (1)
" Il n'y a guère qu'une naissance honnête, ou qu'une bonne éducation, qui rendent les hommes capables de secret. " (1)
" Une femme inconstante est celle qui n'aime plus ; une légère, celle qui déjà en aime un autre ; une volage, celle qui ne sait si elle aime et ce qu'elle aime ; une indifférente, celle qui n'aime rien. " (1)
" Puissance de la littérature : grâce à une certaine précision d'expression, on s'inscrit au coeur du principe de contradiction. C'est ainsi que La Bruyère n'aurait pas été peu flatté de se voir réécrit par Lautréamont. La Bruyère ; " Tout est dit, et l'on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes et qui pensent... L'on ne fait que glaner après les anciens et les habiles d'entre les modernes. " Lautréamont ( dans Poésies ) : " Rien n'est dit. L'on vient trop tôt depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes... Nous avons l'avantage de travailler après les anciens, les habiles d'entre les modernes. " Tout est dit. Rien n'est dit. Le seul fait de dire ouvre le temps lui-même. " (2)
Ils n'ont finalement de moderne que leur médiocre savoir, ils n'ont finalement de moderne que leur impossibilité de se dire un jour Romain, l'autre Grec, un matin, frère de Dante, un soir, ami de Sade, ils sont sourds et aveugles, leur modernité revendiquée ne cache pas la canne blanche qui leur sert de pensée.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Jean de La Bruyère / Les Caractères ou les Moeurs de ce siècle / Editions Garnier Frères / 1964
(2) L'oeil de La Bruyère / Philippe Sollers / Éloge de l'infini / Gallimard
vendredi 20 juin 2008
Les Mains du Musicien

Seuls les sourds ne voient pas ses mains, les mains du Musicien.
Vous vous souvenez peut-être du mois de septembre 2002, une étrange lumière éclaire l'Ile aux Cygnes, à deux pas de là, le géant béni des fées s'installe au pupitre, les musiciens qui l'ont voulu écoutent le sage battement de ses mains, les mains du Musicien.
En ces temps, un écrivain assis sur un banc de son Ile des Cygnes écrivait :
" Du tissage de mes phrases dans le wagon face aux tours en bord de Seine avec la lumière fraîche de début septembre se formaient les conditions d'un vide par lequel vient d'exhausser pour moi la possibilité de vivre. Du rythme de ces phrases qui glissaient dans la rame se réglait la température du saut qui s'effectue quand s'ouvre la possibilité de vivre. Et c'est ainsi qu'afin de passer d'une rive à l'autre de la Seine, s'acheminent les milliers de phrases que vous allez lire. Un séjour éclaboussant dans le vide, puis les voici, elles filent. Qui vous croira si vous dites que pour écrire un livre, vous allez chercher chaque phrase sur l'autre rive, et que c'est une aventure ? " (1)
Qui me croira si je vous dis que pour jouer Beethoven, Chostakovitch, Tchaïkovski, Brahms, ou encore Bruckner, il va chercher chaque note sur l'autre rive, et que c'est d'une aventure dont il est question à chaque seconde.
Les musiciens n'ont jamais douté, ils ont fait le voyage quelques mois plus tôt, nuit blanche dans les lueurs des phares des camions des autoroutes, les musiciens savaient sans savoir, ils attendaient de l'entendre, ils rêvaient de le voir, de voir les mains du Musicien.
" Le 16 mai 1962, Igor Stravinsky se réveille à Paris, tout près d'ici, dans sa chambre du Berkeley, son hôtel, avenue Matignon, quand il vient en vacances pour quelques jours.
Il a déjà transformé sa chambre en chapelle et pharmacie, sur sa table de chevet, ses icônes, il est orthodoxe, et des piles de boîtes de médicaments. Il va avoir quatre-vingt ans, en juin, il se plaint de ses mauvaises jambes, mais il a une santé de fer.
Pour le moment, il laisse reposer l'oeuvre en gestation, Abraham et Isaac, une ballade sacrée, en hébreu, qu'il veut dédier au peuple et à l'Etat d'Israël. Il ne connaît pas l'hébreu ? Avant de se mettre à la composition, il s'est fait expliquer la structure verbale de la langue par un ami.
Plus il vieillit, plus il fait confiance à son rythme biologique : six mois d'isolement dans sa maison de Hollywood, enfermé dans son bureau à doubles portes ; six mois de voyages et de concerts partout sur la planète. " Je n'ai pas le temps de ne pas avoir le temps ", dit-il souvent. " (2)
à suivre
Philippe Chauché
(1) Évoluer parmi les avalanches / Yannick Haenel / Gallimard / L'Infini
(2) Le sourire de Stravinsky / Lucile Laveggi / Gallimard / L'Infini
jeudi 19 juin 2008
L'Aventurier des Landes
Chercher l'Or du Temps

" On commençait à se défier des mots, on venait tout à coup de s'apercevoir qu'ils demandaient à être traités autrement que ces petits auxiliaires pour lesquels on les avait pris ; certains pensaient qu'à force de servir ils s'étaient beaucoup affinés, d'autres que, par essence, ils pouvaient légitimement aspirer à une condition autre la leur, bref, il était question de les affranchir. A l' " alchimie du verbe " avait succédé une véritable chimie qui tout d'abord s'était employée à dégager les propriétés de ces mots dont une seule, le sens, spécifiée par le dictionnaire. Il s'agissait : 1° de considérer le mot en soi ; 2° d'étudier d'aussi près que possible les réactions des mots les uns sur les autres. Ce n'est qu'à ce prix qu'on pouvait espérer rendre au langage sa destination pleine, ce qui, pour quelques-uns dont j'étais, devait faire faire un grand pas à la connaissance, exalter d'autant la vie. " (1)
" Tu as le sens de l'infini, calme et stupéfiant, comme un doigt pointé sur une ligne de ta propre écriture. " Et ainsi de suite. L'opération "sacrée" menée sur le langage par Breton, en continuité avec sa volonté de rassembler de partout l'expérience poétique, a déclenché l'histoire souterraine de notre siècle. Les épisodes de cette histoire sont très connus et peut-être très méconnus. Breton est l'homme qui a pu rêver, de leur vivant, de Picasso et d'Appollinaire. Il a pensé que le grand matin était arrivé où pourraient se nouer la volonté révolutionnaire, l'ouverture de l'inconscient accomplie par Freud, la vie vécue comme poésie permanente. Il a été l'acteur principal de cette synthèse impossible dans la réalité, et, assez vite, il a dû devenir l'exégète des déceptions éprouvées. Nous ne le savons que trop aujourd'hui : non, la révolution sociale n'entraîne pas forcément la reconnaissance de Rimbaud et Lautréamont. Non, l'inconscient freudien ne ressuscite par l'alchimie et l'occulte, bien au contraire, et Nicolas Flamel est décidément introuvable dans les rues de Paris. Non, la morale n'est pas la garantie suprême de l'invention littéraire, et l'écriture automatique ou les rêves n'engendrent pas le merveilleux promis. Et pourtant... Ce que le premier universitaire venu pourrait savamment désigner comme les erreurs de Breton est sans doute préférable au sommeil où nous sommes. (2)
ne soit plus rien sinon grande lenteur
plus parfaite et qui m'environne d'automne
- il me semble que Tu me parles -
lenteur où s'oeuvre l'oeuvre de l'or
" ... suu plen mieijorn
en plen dens l'esparvèr ala-larg
arren s'i passi pas mèi sonque la lentor
assancerida dont çô m'amiroa lo gorra
- e dirén atau que me parlas -
ont s'i obra l'obra de l'aur " (3)
Ce matin calme
Le vol des martinets, une nouvelle fois
J'apprends le silence
à suivre
Philippe Chauché
(1) Les mots sans rides / Les Pas Perdus / André Breton / Gallimard /
(2) Breton Manifeste / Philippe Sollers / La Guerre du Goût / Gallimard /
(3) L'Enterrament a Sabres / Bernard Manciet / Mollat
mercredi 18 juin 2008
La Déesse aux Pieds Nus
En ces temps, le cinéma misait sur la beauté, la déesse aux pieds nus dansait, et cela nous suffisait. En ces temps, le cinéma n'était pas un art, et cela d'évidence nous convenait.
La déesse aux pieds nus effleurait le divin par l'élégant mouvement de son corps, et nous prenions cela pour un intermède délicieux.
En ces temps, le cinéma aimait les corps mouvants, et il savait les mettre en musique.
" Un coup de ton doigt sur le tambour décharge tous les sons et commence une nouvelle harmonie.
Un pas de toi, c'est la levée des nouveaux hommes et leur en-marche.
Ta tête se détourne : le nouvel amour ! Ta tête se retourne, - le nouvel amour !
" Change nos lots, crible les fléaux, à commencer par le temps ", te chantent ces enfants. " Élève n'importe où la substance de nos fortunes et de nos voeux " on t'en prie.
Arrivée de toujours, qui t'en iras partout. " (1)
Que mille étoiles illuminent tes dérives
à suivre
Philippe Chauché
(1) A une raison / Illuminations / Arthur Rimbaud / Oeuvres complètes / Bibliothèque de la Pléiade / Gallimard
lundi 16 juin 2008
Silence de la Chine
" Il est dit : " Le détachement, le silence, le vide et le non-agir constituent l'équilibre de l'univers et la substance de la vertu. " Il est dit : " Le saint se tient au repos. Le repos lui assure l'équilibre et l'aisance qui lui assurent l'indifférence, écartent de lui les soucis, les malheurs et les influences néfastes. Il conserve l'intégralité de sa vertu et de son esprit. " (1)" La nuit dernière, au plus profond de ma chambre, le souffle du printemps pénétrait;
Mon esprit s'en retourna bien loin, sur les bords du fleuve Kiang, près de la jeune fille qui l'occupe.
Il dura bien peu ce songe de printemps ; il fut bien court l'instant où ma tête reposa sur l'oreiller :
Cependant cet instant si court m'a suffi pour aller dans le Kiang-nân, à plus de cent lieux d'ici. (2)
Ici point de méditation publicitaire, aucune posture imposée, rien d'autre que le regard qui file et qu'on laisse filer. Ici point d'obstacles, de visées, de but, rien que le vol invisible des martinets qui se dérobent aux glissements du vent. Ici point de nostalgie, ni de doutes, point d'attachement, le vide contemple le vide, et les cris des martinets s'accordent au silence des vierges blanches.
Que mille papillons dessinent ton visage.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Se Torturer l'Esprit / Tchouang-tseu / L'oeuvre complète / Philosophes taoïstes / Bibliothèque de la Pléiade / Gallimard / 1999
(2) Tsin-Tsan / Un songe de printemps / Poésies de l'époque des Thang / traduct. du Marquis d'Hervey-Saint-Denys / Éditions Ivrea
dimanche 15 juin 2008
Vera Icona

samedi 14 juin 2008
Un Pas de Côté
Photo Wilfried Krügerjeudi 12 juin 2008
Autres Vies

mercredi 11 juin 2008
Les Mains du Pianiste
Il est des mains qui en disent plus que mille notes, il est des mains qui montrent la pensée en mouvement, métronomes absolus de la musique qui se construit dans l'invisible, cet homme est ainsi, évitez de parler au passé, le pianiste est vivant, il suffit pour s'en rendre compte d'écouter ce qu'il écrit de Bach.
La musique est un paradis que les admirateurs du diable ont depuis des lunes déserté.
Que mille soleils rythment tes gestes.
à suivre
Philippe Chauché
lundi 9 juin 2008
Le Corps et la Voix
dimanche 8 juin 2008
Les Mains du Héros
" La peinture subit une épreuve de fond : c'est comme si elle devait franchir un mur du voir. On se tue en deçà du mur, on vient s'écraser sur lui. Dire des papiers collés qu'ils ont été des "machines à voir" est juste, mais il faudrait plutôt parler de machines permettant de voir plus loin que le voir, de l'entendre en s'enfonçant dans un acte. Il y a une nature musicale de l'espace conçu comme un clavier de forces, un jeu de cordes sensibles, un volume de résonances fuguées. Les tableaux cubistes de Picasso devraient tous s'appeler : fugues.Ils sont en train de faire le mur. Là est le paradis, là la jouissance, comme le montre Violon ( Jolie Eva ) du printemps 1912. Mais oui, c'est un autoportrait, et en même temps un portrait d'Eva. De "machine à souffrir", une femme devient, à cet instant, une muse amusante, une musique pour qui sait la dessiner vivement. Marcelle Humbert, de son vrai nom Eva Gouel, est cette femme du bonheur de Picasso ( c'est sans doute pourquoi on n'a pratiquement aucune représentation figurative d'elle, sauf une photo lointaine, en kimono ). Eva c'est Ma Jolie, titre d'une chanson populaire de l'époque. En juin 1912, Picasso écrit à Kahnweiler : " Marcelle est très gentille et je l'aime beaucoup et je l'écrirai sur mes tableaux. " Il vient de partir avec elle. (1)
Il a le tableau sous les yeux, cette huile sur toile qui fit scandale. (2)
Ces cinq femmes qui le regardent dans la nudité absolue d'un salon de curiosité du Bario Chino de Barcelone. Jamais un tableau ne l'a ainsi regardé, jamais peintre n'a osé cela, et pourtant, il fallait savoir le vouloir, vouloir que la peinture s'empare du regard et du sexe, et pourtant, il fallait le savoir, savoir regarder le sexe en face, une affaire privé paraît-il, c'est en tout cas ce que l'on veut nous faire croire, une affaire qui ne doit pas être "portée sur la place publique", alors, alors que le peintre et l'écrivain - il s'agit de cela chez Picasso -, veut autre chose, sait d'autres choses, il sait regarder les femmes en face, il sait regarder les sexes en face, comme les taureaux - là encore, il faudrait se pencher une bonne fois sur l'affaire -, il va donc peindre, franchir le mur du voir, et donc vivre.
Chez Picasso le geste du pinceau est un geste de vie, la peinture vivante qu'il invente chaque jour jouit de la vie. Ces cinq femmes dans ce défi inouïe de leur regard ne disent pas autre chose, nous avons joui, et nous allons jouir, arrangez-vous avec ça. Si vous croisez de telles femmes regardez-les en face, elles ne demandent pas autre chose, ensuite vous pourrez peut-être inventer d'autres toiles sur le vif.
Que mille couleurs nourrissent tes nuits.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Picasso, le héros / Philippe Sollers / Éditions Cercle d'Art / repris in Éloge de l'Infini / Gallimard
(2) Les demoiselles d'Avignon / Pablo Picasso / Printemps été 1907 / The Museum of Modern Art, New York
samedi 7 juin 2008
Si Près du Large

Variations
" Goya dénude sa belle laitière bordelaise dans son minuscule salon où s'amoncellent les dessins et les toiles. Leurs corps s'unissent et ses mains se posent sur sa poitrine, délectation. Il est de fort bonne humeur et la jeune femme aime venir poser pour son peintre, les séances se déroulent en début d'après-midi, pas tellement pour la lumière qui fait briller ses pinceaux, mais parce que c'est à ce moment de la journée où il est de forte bonne humeur. Il se souvient d'avoir peint ce tableau pour le Duc, il se souvient de la cour d'Espagne, de la musique, qui s'éloignent, des fantômes qui s'invitent. Mais aujourd'hui, il peint la vie, et embrasse sa laitière d'amour. Elle a fait glisser son chemisier blanc et il embrasse ses seins. Puis il prend ses distances et pose sur la toile quelques touches de blanc, de gris, de jaune, juste ce qu'il faut pour attendre. Elle est nue dans ses bras et le vieux peintre comme on l'appelle dans la rue, le vieux peintre se lance dans la découverte sur le vif d'un corps. Ce n'est pas une épreuve, c'est une aventure. Leur jouissance dure longtemps, elle donne au vieux peintre des pistes pour les toiles qui vivront demain, mais l'heure n'est pas à la peinture, l'heure est à la jouissance. Leurs rencontres l'étonne toujours, il est heureux, un répit, car le soir venu ses fantômes prennent toute la place, l'assomment, l'enferment dans leurs cercueils de douleurs, c'est insupportable, il n'en parle à personne, seule sa peinture peut dire tout cela, les mots ils se refusent à les laisser être contaminés, c'est comme sa peau, même usée, elle doit avoir la même élasticité, la même vérité du corps. Parfois le matin, il va saluer la Garonne, le visage de sa belle laitière se reflète dans les eaux qui se projettent sur les piliers du Pont de Pierre. La lumière de ses toiles claque sur les voiles des bateaux qui attendent la marée, barriques de vin, ballots de tissus colorés, malles de tissus. Il croise des jeunes femmes qui remontent leurs jupes en le voyant. Il s'est déjà fait traité de fou, on a voulu l'enfermer, lui prendre ses pinceaux et ses couleurs, mais en vain, il continue de peindre sur le motif. Sa belle laitière a dégrafé le haut de son double corsage brodé, remonté ses jupes, il s'est placé à la bonne distance. Il fixe la toile et son modèle, leurs yeux se croisent, ses pinceaux se signent et libèrent l'espace, sa laitière est contre lui, il admire cette forte poitrine blanche, fait courir un pinceau sur sa peau, sa brosse couvre ses cuisses. Il lui parle de l'Espagne, du sable, de la pierre, des fleurs, du chant qui monte des rues d'Almonte, de lui, de Cervantès, il voudrait follement lire à haute voix les aventures de Quichotte, mais ici à Bordeaux, pas un livre, rien que ses couleurs, ses rêves et ses pinceaux. Il ont joui au pied du chevalet. Ma fée des bords du Rhône aime cette histoire, elle aime lorsque ma voix glisse dans les draps et s'enroule autour de ses cuisses. " (1)Que mille peintres adoucissent tes doutes
à suivre
Philippe Chauché
(1) Esquisses du bonheur / Philippe Chauché / roman à paraître
Ravissement
" Je me suis mis à la chercher en faisant confiance au hasard. Je déambulais en me disant : elle est forcément dans une rue de Paris, tout prés , dans celle-ci, peut-être, et je courais. Ferme les yeux, me disais-je ; quand tu les ouvriras, elle sera devant toi. Mai non. La suite des mots se refait en silence. Avec l'insomnie, les piqûres et le Maldoror, tout allait en tourmente. C'était léger dans l'oubli, et dix minutes plus tard, crissé d'angoisse. " (2)
" Angélique est appliquée, ses mots me questionnent et ses mains palpent, sondent, mesurent, écoutent cette vie qui est toujours là, même si les assaillants ne manquent pas d'initiatives. Tout va bien ? Tout va bien mon ange ! Je lui tends mon bras droit. Elle m'écoute, prends ma tension, me regarde, note ses remarques sur son cahier de bord, vérifie le bocal de la machine à perfuser. Je transpire. Ma respiration s'accélère, je ne bouge pas, je ne pense à rien, tout cela dure un siècle. Les cornes sont longues et effilées, la mort que je tiens à distance veut pourtant avoir le dernier mot, c'est toujours la même histoire. Elle déteste perdre du terrain, comme les taureaux, elle croit dans ses raisons, dans sa force, dans l'illusion, comme les toreros. J'ai passé l'après-midi à écrire et à lire, accompagné de ma machine à perfuser, longue tige blanche, bras articulé, flacon transparent, goûte à goûte vital, la maladie doute, et elle commence à comprendre que je suis invisible. Et si l'écriture sauvait, me demande t-elle. Sauvait de la terreur, de la maladie et de la mort. Et si l'écriture sauvait de la mélancolie, de la boulimie bavarde, de la fidélité acceptée, du mensonge organisé, de la surdité, de l'aveuglement.
vendredi 6 juin 2008
La Plume du Peintre

Je ne sais rien d'elle, seulement que l'on découvre ses toiles sur "exercicesdestyles", je ne sais rien de sa peinture, je la regarde comme l'on doit regarder une toile, à la bonne distance, dans la grâce musicale du temps aimé, je la regarde comme l'on regarde passer le soir les martinets de la rue pavée de la Sorgue, leur mouvement soudain s'imprime dans ma mémoire, il en va de même de cette toile. La musique des couleurs s'ouvre sur l'espace du bonheur. Cela n'est pas donné à tout le monde !
Que mille couleurs dessinent ta bouche
à suivre
Philippe Chauché
lundi 2 juin 2008
L'Idée Aventureuse (2)
J'ai vu l'Italie dans son regard, senti la liberté dans son sourire, retrouvé le rythme du temps ralenti dans ses mouvements. C'est à Montplaisir que cela se joue, à deux coups d'ailes de martinet de la rue des Vierges Vives, dans un espace pourtant encore inconnu, et qui le restera peut-être. J'ai le temps, tout le temps du temps aimé pour découvrir cette palpitation de vie sauvée.
" Elle m'apparaît dans un envol de lumières glissantes. Son sourire tourbillonne au-dessus de la Seine, et la Seine, ce soir, est gavée de fraîcheur. Il y pleur des baisers. Les phrases que j'écris débordent de la page ; elles plongent dans cette eau où je les arrache l'une après l'autre, et certains jours je vais chercher loin, en amont, derrière celles qui s'offrent trop facilement. Mais pour Mara, aujourd'hui, elles affluent, avec un zèle d'éclaircies fiévreuses. " (1)
Sa chevelure s'envole et son regard appareille, frégate noire chargée de diamants, de vins précieux, de livres dont le vent, léger frémissement courtois, tourne les pages. Sa chevelure épouse les miroitements de l'eau du canal, ses mains dessinent les contours du temps éprouvé.
J'ai éprouvé le temps, et retrouvé le bonheur de m'accorder aux mouvements de ses voiles rouges.
Que mille gondoles t'accompagnent sur l'île joyeuse et soyeuse.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Évoluer parmi les avalanches / Yannick Haenel / Gallimard / L'Infini
dimanche 1 juin 2008
Son Seul Regard





