lundi 6 juin 2011

Éphémères Admirations (5)



Comme on le fait avec la langue française que personne jamais ne pourra épuiser, il faut saisir un corps dans ses courbes, ses rebonds et ses lignes, le retourner, le prendre à distance, s'en dessaisir, l'imaginer, s'en éloigner pour mieux s'y plonger, ne point craindre sa représentation, pense-t-il, mais s'en faire une alliée, se mourir en permanence de ses éclats, de sa perfection, de sa grâce.
Écrire, note-t-il, revient souvent à dévêtir un corps tendu comme une phrase, la tension d'un corps, si l'on sait le regarder, est une phrase sous tension, cette tension électrise notre regard, vérification que seule la foudre fait sur la situation fondre pour quelques secondes nos doutes, nos tremblements et nos terreurs, c'est dans par ces délices que nous nous apprenons à mourir.

" ( Seulement, alors, ) Don Juan n'est pas un imbécile mais le symbole terrible de la semence tragique que nous portons tous, nous les hommes, que nous couvons plus ou moins au-dedans de nous : le soupçon que nos idéaux sont manchots et incomplets, la folie d'une heure d'ivresse, qui culmine dans le désespoir, l'embarquement joyeux, un jour ou l'autre, sur des navires pavoisés, qui toujours finissent par couler. " (1)

à suivre

Philippe Chauché

(1) Introduction à un " Don Juan " / Le Spectateur / José Ortega y Gasset / traduc. Christian Pierre / Rivages poche / 1992

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