
mercredi 28 avril 2010
L'Admirable (4)

mardi 27 avril 2010
L'Admirable (3)

lundi 26 avril 2010
L'Admirable (2)
Léonard de Vinci 1452-1519Depuis quelques jours ils s'entassent, il les ouvre, les referme, il a du mal à les lire dans le flot continue des mots, alors il y glisse un marque page en soie, une fleur séchée, une photo, un billet d'une corrida à Madrid - tendido 5 - dont il n'a aucun souvenir, et qui a échappé au grand ménage, un crayon dur. Il les reprend au hasard, comme ça pour simplement vérifier si les phrases tiennent le coup, c'est la seule manière se dit-il, vérifier s'il s'agit d'un écrivain ou d'autre chose, de ce qui domine, de ces phraseurs du blabla et du chichi moderne fané. Vérifier aussi si ces phrases, écrit-il, il aurait pu les lui lire sur l'Instant dans sa Tour, comme une prière au mouvement du Temps, une offrande absolue.
Il pense, l'Admirable est cette phrase qui appartient à tous ces livres d'hier, d'aujourd'hui et de demain, il y a dans un corps le même mouvement.
Si vous doutez un instant de la verticalité de l'amour, lisez. Si vous doutez une seconde de sa tellurique vibration, lisez. Si vous doutez un jour de la musicalité de son corps, lisez. Si vous doutez une année de la permanence de son regard, lisez. Si vous doutez un siècle de sa présence miraculeuse, lisez. Si vous doutez de vos raisons profondes, lisez. C'est lorsque vous ne pourrez plus rien lire de l'Admirable, qu'alors seulement vous pourrez définitivement refermer le Livre.
Il allume une cigarette américaine et se sert un verre de Tio pepe - Fino Muy Seco - Palomino Fino - Gonzalez Byass - 1835 et se met à lire, comme l'on offre un baiser :
" Il faut essayer simplement de devenir cet homme à " force rétroactive " imaginé par Nietzche : " A cause de lui, toute l'Hisoitre est remise sur la balance et mille secrets du passé sortent de leur cachette our être éclairés par son soleil. Il n'est pas du tout possible de prévoir tout ce qui sera encore de l'Histoire. Le passé demeure peut-être tout à fait inexploré. Il est encore besoin de beaucoup de forces rétroactives... " " Rétroactif " est évidemment ici le contraire de " réactionnaire ". La vraie révolution est rétroactive, elle tire à bout portant sur les fausses horloges, le passé fleurit comme l'avenir du présent, les meilleurs morts vivent et revivent, les pseudo-vivants meurent et demeure, l'essentiel demeure, et, soudain, une grande bénédiction sans raison envahit le ciel. " (1)
" La magique étude " dresse une âme et un corps... " ce charme a pris corps et âme ", ajoute Rimbaud... N'est-ce pas déjà dire, comme il l'écrit en conclusion de Une Saison en enfer : " il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps. " (2)
" C'est, un soir de mai, un forêt de signes rouges pour Soyeuse et moi. On court dans les rues. J'ai les poches remplies de cartes postales de la tenture, sur lesquelles j'écris pour Soyeuse des improvisations. " (3)
Il sait, alors que l'alcool coule et clarifie ses idées comme une prière : " ces phrases sont pour l'Admirable, elles vont quitter sa Tour et accompagner le passage surprenant d'un martinet égaré ". Il ajoute le miracle de l'Instant renaît dans chaque phrase envolée.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Les voyageurs du temps / Philippe Sollers / Gallimard
(2) Rimbaud en son temps / Marcelin Pleynet / L'Infini / Gallimard
(3) A mon seul désir / Yannick Haenel / Argol / Réunion des Musées Nationaux
dimanche 25 avril 2010
Giacometti Vivant
Giacometti vivant, il est là, dans la cour de la Fondation Maeght à Saint Paul. L'artiste qui marche, qui vous transperce dans la fraîcheur de l'été finissant, la dernière fois qu'il a avec lui échangé un regard et un silence, l'Inconnue était dans ce même mouvement, c'était pense-t-il les Temps bénis.
Giacometti vivant, était une énigme, se dit-il, un artiste qui ainsi traverse le Temps, et vous le fait traverser, est toujours une énigme - comme Cezanne, comme Picasso, comme Matisse, et quelques autres - et voilà, miracle des Temps, un petit ouvrage s'offre à lui, par le hasard des curiosités du Temps (1), un petit livre qu'il convient de garder à porter de main comme on garde à portée de coeur la photo de l'Admirable - tout est musique se dit-il.
" On a voulu voir, dans la première grande sculpture monumentale réalisée par Giacometti, La Femme-cuillère ( 144 x 51 x 23 cm, en 1926 ), l'influence de l'art africain et océanien, découvert lors de l'exposition organisée par le musée des Arts décoratifs en 1923-1924. La curiosité informée, la culture et le savoir, littéralement encyclopédiques de Giacometti n'excluent pas, en autres, cette référence qui, par ailleurs, n'explique en rien l'admirable manifestation de l'oeuvre. " Tout l'art du passé, de toutes les époques, de toutes les civilisations, surgit devant moi, tout est simultané... Les souvenirs des oeuvres d'art se mêlent à des souvenirs affectifs, à mon propre travail, à toute ma vie ", écrit-il en 1945. " (1)
Giacometti vivant face à la mort, celle de son compagnon de voyage T. qu'évoque Marcelin Pleynet, Giacometti :" J'eus la vague impression que T. était partout, partout sauf dans le lamentable cadavre sur le lit, ce cadavre qui m'avait semblé nul ; T. n'avait pas de limite... A ce moment-là, je commençais à voir les têtes dans le vide, dans l'espace qui les entoure (...) Ce n'était plus une tête vivante, mais un objet que je regardais comme n'importe quel autre objet, mais comme quelque chose de vit et mort simultanément. Je poussai un cri de terreur comme si je venais de franchir un seuil, comme si j'entrais dans un monde encore jamais vu. " (1)
Et Pleynet toujours aussi lumineux : " Giacometti le dit et le répète, ce qu'il a vécu est non seulement inoubliable, mais encore ébranle les plus solides de ses convictions. Il découvre qu'il pense et qu'il voit autrement... Qu'il voit " le jamais vu ". Sait-il de quoi il s'agit ? Oui et non. Il ne cesse de le répéter : il a définitivement découvert qu'il doit rester vigilant quant à ce qui se donne à voir. " (1)
Et plus loin : " Que cette " transformation de la vision de tout " soit d'abord une pensée vécue où le caractère exceptionnel d'une situation dévoile l'essence même de la présence et des dispositions de l'être au monde, de façon dont Giacometti rapporte le souvenir qu'il garde de la mort de T. en témoigne.
Et que cette pensée soit la plus profonde qu'un homme puisse faire sienne, les sculptures de Giacometti, ces chefs-d'oeuvre sans exemple, l'attestent en nous entraînant émotionnellement en ces lieux où, pour reprendre un mot d'Hölderlin, " qui pense plus profond aime le plus vivant ". Mais alors, il faut aussi savoir aimer. " (1)

En ces temps, se dit-il, une seule question mérite notre attention si nous voulons marcher : savons-nous aimer ?
Philippe Chauché
(1) GIACOMETTI / le jamais vu / Marcelin Pleynet / Éditions Dilecta / 2007
samedi 24 avril 2010
Lire pour faire Vivre
http://www.not-the-germans-alone.org/AMEJDVF/html/plaque_des_deportes.html
Lire un nom pour le faire Vivre
Contre l'oubli dominant
Lire un nom pour le Mouvement du Temps
Contre la falsification dominante.
Ne jamais de sa mémoire effacer un nom
à suivre
Philippe Chauché
mercredi 21 avril 2010
L'Admirable
Gustave Courbet 1819-1877L'Admirable, le mot lui est venu comme un foudroiement, comme un éclair, une phrase de délivrance, une musique de Bach.
L'Admirable, comme une fleur que l'on embrasse comme un livre. L'Admirable, le mot lui est apparu dans le jour finissant où se glissent des martinets aux ailes glorieuses.
L'Admirable, il fait tourner le mot sous sa langue, il approche de ses lèvres, et s'élève dans une nouvelle phrase magique.
L'Admirable, magie blanche du mot qui sur l'instant devient le corps de l'Inconnue aux rubans de soie.
L'Admirable, si lointaine, et pourtant qu'il touche du regard - cette incitation de la pensée.
L'Admirable, le mot l'accompagne comme le piano de Glenn Gould dans les suites françaises de Bach, dans le jour pressé lui aussi semble-t-il d'en finir et de laisser la nuit adoucir chacun de ses gestes.
L'Admirable, le mot est là devant lui, vivant, vibrant, tournoyant, comme un temps son corps tournoyait dans ses bras.
L'Admirable, il précise, pour ses manières d'être, cette effervescence de la peau et de la pensée, pour les fleurs de son ventre, la musique sublime de la Joie offerte de son sourire, pour l'art de l'Instant qu'elle portait à son firmament.
L'Admirable, là dans sa tour, dans la présence de son absence, offrande au Temps de l'Instant.
L'Admirable, livre d'extases qu'il ne cesse de méditer dans sa définition du XI° siècle : digne d'admiration.
à suivre
Philippe Chauché
lundi 19 avril 2010
Danse Me
Danse-moi jusqu'à la fin de l'amour
Danse-moi ta beauté
avec un violon brûlant
Danse-moi dans la peur
jusqu'à ce que je sois rassemblé
enlève-moi comme un rameau d'olivier
sois la colombe du retour
Danse-moi jusqu'à la fin de l'amour
Laisse-moi voir ta beauté
quand les témoins seront partis
laisse-moi sentir tes mouvements
comme autrefois dans Babylone
Montre-moi lentement ce dont
je ne connais que l'entour
Danse-moi jusqu'à la fin de l'amour
Danse-moi vers le mariage
Danse-moi encore et encore
Danse-moi très tendrement
danse-moi très longtemps
Nous sommes sous notre amour
nous sommes dessus pour toujours
Danse-moi jusqu'à la fin de l'amour
Danse-moi vers les enfants
qui nous demandent à naître
Danse-moi à travers les fenêtres
que nos baisers ont épuisées
Dresse une tente pour notre amour
malgré chaque fil déchiré
Danse-moi jusqu'à la fin de l'amour
Danse-moi ta beauté
avec un violon brûlant
Danse-moi dans la peur
jusqu'à ce que je sois rassemblé
Caresse-moi de ta main nue
Caresse-moi avec ton gant
Danse-moi jusqu'à la fin de l'amour
Traduction de Jean Guiloineau
Elle danse dans les effleurements du printemps, dans la douceur qui s'annonce, au centre du mouvement du Temps, dans les éclats du vol des martinets amoureux.
Elle danse, dit-il, dans l'éblouissement des mots. Ses phrases dansent dans celles qu'il offre au mur des souvenirs de demain. Il pense aussi, cette danse est pour elle, dans le dévoilement de l'absence, dans l'Instant.
Elle danse, ajoute-t-il dans la beauté absolu de son visage, dans l'invisible et la suspension des phrases qu'elle illumine de rubans de soie.
Elle danse et l'espace s'en voit transformé.
Danse pour l'amour du Temps et sa Félicité.
à suivre
Philippe Chauché
dimanche 18 avril 2010
Qui ?
Qui par le feu ?
Qui par le feu ? Qui par l'eau ? Qui au grand soleil ? Qui dans la nuit ?
Qui par grand épreuve ? Qui par jugement ? Qui en ton joli, joli mois
de mai ? Qui par lente déchéance ? Et qui appelle, le dirais-je ?
Qui dans sa fuite solitaire ? Qui par les barbituriques ?
Qui dans ces royaumes de l'amour ? Qui par quelque chose d'émoussé ?
Qui par l'avalanche ? Qui par la poudre ? Qui pour son appétit ?
Qui pour sa faim ? Et qui appelle, le dirais-je ?
Qui par courageuse montée ? Qui par accident ? Qui en solitude ?
Qui en ce miroir ? Qui sur l'ordre de son amie ? Qui de sa propre main ?
Qui en des chaînes mortelles ? Qui au pouvoir ? Et qui appelle,
le dirais-je ?
Traduction de Jean Guiloineau
Ici dans sa tour lézardée, le ciel se voile. Il se dit mille choses, sur cette absence. Cette flamme que le vent du Temps a soufflé, sur l'Inconnue admirable au regard saisi une fraction de seconde dans le matin finissant, à la voix à jamais gravée dans le royaume de l'amour, dans le saisissement du Temps, au corps multiple et déployé, aux mots offrandes qui se sont glissés entre chaque page de ses livres, à l'éblouissement de l'Instant à jamais gravé sur sa peau. Il se dit que le miroir du Temps s'est brisé, que toute admiration doit être à jamais enfouie dans le déchirement du Temps, il se dit, rien, rien jamais n'égalera la Permanence de sa Présence.
à suivre
Philippe Chauché
L'Embrasement du Printemps

AFP PHOTO / LIBRAIRES ASSOCIES / ADOC-PHOTOS
Arthur Rimbaud, deuxième à droite, à l'hôtel Univers, à Aden au Yémen, dans les années 1880.
Il se dit, les Temps Modernes (?), sont passés maîtres dans l'art de l'effacement de la poésie vivante. Preuve éclatante, cette photo évènement, reprise ici et là, commentée, analysée, exposée, par quelques doctes spécialistes d'Arthur Rimbaud, par des journalistes aux gencives approximatives, et cela va de soi, mise en lumière et en vente sur le marché spectaculaire dominant. Et comme de bien entendu, cette photo est là pour effacer ce que n'a cessé d'écrire - donc de vivre - Rimbaud, - il est amusant de constater que cette foule de spécialistes foudroyés continue de croire qu'il y a deux Rimbaud, le dieu et le diable. On montre pour ne pas lire, on affiche pour ne pas méditer sur l'incroyable séisme que porte sa poésie, rien d'étonnant finalement en ces temps où dire l'Absolu est devenu une guerre permanente du goût, comme le notait un isolé absolu, c'est-à-dire un écrivain d'aujourd'hui, donc d'hier et de demain.
Tout est affaire de marché, c'est ce qu'il pense, celui des corps et des âmes se porte pour le mieux, celui des idées les plus funestes ( Michel Onfray parfait représentant de la France Moisie ) font la une des gazettes, celui de la littérature de la misère comble de joie les humanoïdes qui ne se rendent pas compte qu'ils sont en train d'être consumés par les flammes de l'enfer social.
Il se dit pour répondre à tout ce désastre organisé, seule posture, lire et relire Rimbaud, comme on le fait d'un corps aimé :
" J'ai embrassé l'aube d'été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombres ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché. réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes d'éclats, une fleur qui me dit son nom. " (1)
" - Je baisai ses fines chevilles.
Elle eut un doux rire brutal
Qui s'égrenait en claires trilles,
Un joli rire de cristal. " (2)
" A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombrelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ; " (3)
" Peut-être un Soir m'attend
Où je boirai tranquille
En quelque vieille Ville,
Et mourrai plus content :
Puisque je suis patient ! " (4)
" Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.
Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil,
et toujours.
Assez connu. Les arrêts de la vie - O Rumeurs et Visions !
Départ dans l'affection et le bruit neufs ! " (5)
Il se dit enfin, écrire c'est aussi faire croire que l'on n'écrit plus. Écrire, ajoute-t-il, c'est vivre ce que son corps écrit.
Écrire s'est se détacher de la gloire.
Écrire c'est être dans l'ailleurs du Temps, et d'évidence se construire une fort mauvaise réputation après avoir été admiré par les assis.
Écrire c'est aussi lire : legere " ramasser, cueillir ", " rassembler, recueillir ", " choisir " (6).
Rimbaud a ramassé son Temps pour cueillir la vie vive.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Aube / Illuminations / Arthur Rimbaud / Oeuvres complètes / Bibliothèque de la Pléiade / Gallimard / 1972
(2) Première soirée / Poésies / d°
(3) Voyelles / Poésies / d°
(4) Le pauvre songe / Vers nouveaux et chansons / d°
(5) Départ / Illuminations / d°
(6) Dictionnaire historique de la langue française / Le Robert
samedi 17 avril 2010
Le Lieu de la Vie (9)

Léonard de Vinci 1452-1519
Il se dit, celui qui chaque matin ne pense pas à mettre fin à ses jours, n'habite pas le Lieu de la Vie. Il ajoute, sur l'Instant ce que l'on a vécu, ce que l'on vivra, ce que l'on vit, ressemble à ce geste fondateur du toreo, avancer la main et se croiser, seule la vie mérite ce croisement, et cette mise en danger qui ouvre une autre perspective lumineuse. Vivre, c'est offrir cette main de soie ouverte sur le mouvement du Temps, tout le reste n'est qu'artifice, tout le reste n'est que mensonge, et bavardages sexuels. Il pense que seul ce visage mérite cet acte inouï, seul ce corps, cette illumination, font naître cette vérité. Mais la vérité, ajoute-t-il est une corne d'acier qui n'hésitera pas une seconde à vous déchirer.

José Tomas
à suivre
Philippe Chauché
jeudi 15 avril 2010
Le Lieu de la Vie (8)

Pablo Ruiz y Picasso dit Picasso 1881-1973
" Ainsi le monde se montre autrement. Et dans ses termes mêmes et comme il se dit, Personne, rue de l'esprit : vide vide du mal du vide... dans la révélation... dans l'instantané, le dévoilement en oeuvre d'art. Ne devrait-on pas être, voir le monde autrement, et autrement aérien, infini, vide et libre, instantané dans la révélation dévoilée du rire, chemin sur la chance ( l'océan, l'art du possible ) qui fait oeuvre.
L'oeuvre d'art dévoile, elle révèle : en ce sens l'art ( la tekhmê ) est la vertu de l'intelligence poétique, le corps du rythme, du " faire-oeuvre "... ( " oeuvre " de la famille d'une racine indo-européenne qui signifie " activité productrice " ) - en latin ( ops, opis ) : abondance, force, aide - pouvoir, richesse, assistance. " (1)
Sous la lumière, la clarté et l'éclat du Temps, il pense à un sourire complice, d'une complicité d'un Temps révolu, il se dit, regard est éclairant comme un dessin de Picasso, il ne se regarde pas, il vous regarde, vous traverse de part en part. Il se dit aussi, un regard qui perd la mémoire n'est jamais un regard oublié, il va ainsi aussi d'un corps et de mots merveilleux prononcés dans le trouble du Temps.
" Pour que personne ne puisse sonder mon fond et ma dernière volonté, je me suis inventé le long silence clair. " (2)
à suivre
Philippe Chauché
(1) Le savoir vivre / Marcelin Pleynet / L'Infini / Gallimard / 2006
(2) Ainsi parlait Zarathoustra / Friedrich Nietzsche / traduc. Marthe Robert / 10-18
mercredi 14 avril 2010
Le Lieu de la Vie (7)

" Elles sont là... Formidables, catégoriques, flambantes... Les femmes... Les vraies... les enfin vraies... Les enfin prises à bras-le-corps dans la vérité d'une déclaration d'évidence et de guerre... Les destructrices grandioses de l'éternel féminin... Les terribles... Les merveilleusement inexpressives... Les gardiennes de l'énigme qui est bien entendu : RIEN... Les portes du néant nouveau... De la mort vivante, supervivante, indéfiniment vivante, c'est son masque, c'est sa nature, dans la toile sans figure cachée du tissus... Pas derrière, ni ailleurs ni au-delà... Simplement là, en apparence... Jouies, traversées, accrochées, écorchées, saluantes et saluées, posantes, saisies par un professionnel de la chose... Un des rares qui ait eu les moyens d'oser... Le seul au XX° siècle à ce point ? Il me semble... A pic sur le sujet...
Exorcisme majeur.
CETTE MAIN !
1907
LES DEMOISELLES D'AVIGNON " (1)
Un tel séisme, s'il ne vous renverse pas sur l'Instant, vous pouvez passer à autre chose, c'est ce qu'il se dit. S'il ne vous retourne pas dans le mouvement du Temps, il vous reste à préférer les fantômes qui peuplent aujourd'hui les galeries contemporaines (?), les catacombes n'ont jamais attiré autant d'humanoïdes sans corps et sans âme.
Un tel saisissement s'il vous échappe, ne soyez pas surpris qu'il en soit de même du silence, cet art de l'amour actif, ne vous étonnez pas que la jouissance vous soit si étrangère, que l'embrasement d'un corps vous fasse frémir, que la résonance d'un ventre vous effraie.
Une telle révolution universelle, c'est ce qu'il écrit, si vous ne la faites pas votre, ne soyez pas surpris que la mort vous courtise et qu'elle devienne votre nature, alors que là, devant nous c'est une résurrection qui s'opère. Une résurrection n'est autre, pense-t-il que ce mouvement des corps pris, dans tous les sens du terme, sur l'Instant, en douter c'est douter du dévoilement absolu de l'amour, ou si vous préférez du corps qui fait face, acte incroyable et mille fois plus nécessaire que les petits bavardages sexuels dominants.
Une telle évidence si elle ne vous transforme pas instantanément, ajoute-t-il, ne vous étonnez pas de passer à mille lieux de la résonance du Temps et de " tourner dans la nuit dévorés par les flammes de l'enfer ".

Une telle lumière vous éclaire à jamais encore faut-il savoir la voir.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Femmes / Philippe Sollers / Gallimard / 1983
mardi 13 avril 2010
Le Temps du Silence (3)
lundi 12 avril 2010
Le Lieu de la Vie (6)

Henri Matisse 1869-1954
État de permanence de la traversée d'un rêve ouvragé, il voit ce qu'il rêve, et laisse les visions se poser sur ses lèvres.
État de vision de l'Instant béni, il embrasse la trace des mots suspendus dans l'espace fleuri de sa tour.
État de trouble du rêve éveillé, nuances de sa peau, qui fleurissent dans ses mots, il écrit ce qu'il rêve.
État de l'embrasement du Temps accompli, il ne nourrit aucun autre rêve.
État de permanence du silence, il écoute, il voit, il sait, il aime, il sort toujours armé d'un rêve.
État flottant, il aime se savoir goélette et offrir ses voiles au souffle de son regard.
à suivre
Philippe Chauché
dimanche 11 avril 2010
Le Lieu de la Vie (5)
Son regard se porte en portée claire, il ignore les effractions, note-t-il.
Tout est clair dans la Révélation du sourire de l'Inconnue, et cette Révélation féconde la pensée du corps présent.
Il se souvient d'un Temps où le musicien occupa l'espace lumineux de sa tour, il se souvient d'un Temps où le musicien s'invita dans la clarté d'une douce nuit, il se souvient d'un Temps où la musique de Scarlatti ( 1660-1725 ) flirta avec ses mots et ses gestes. Il se souvient d'un Temps qui n'a jamais été aussi présent.
Il n'oublie rien du futur, du Temps embrassé qui embrase le ciel.
Regardez comment s'accordent vos deux mains au corps aimé et vous comprendrez sur l'Instant d'où vient la fausse note, c'est ce qu'il note, ajoutant, regardez-vous écrire, et vous vous verrez méditer sur l'éclat perpétuel d'un regard musical.
à suivre
Philippe Chauché
samedi 10 avril 2010
Le Lieu de la Vie (4)
Un écrivain d'aujourd'hui se doit d'être un amoureux du Temps et de sa Courbe. Qui aime mal, écrit fort mal, c'est ce qu'il se dit, assis à sa table d'écriture sur la colline qui domine la mer, à quelques ondes portées de la Corse. Ici tout est calme et sagesse. Ici tout est lumière de printemps et chants d'oiseaux musiciens. Ici l'Absence prend une autre forme, un visage saisi dans la douceur de son dernier Instant, un visage illuminé, qui par l'étrange portée musicale de sa permanence sonde la mort pour la retourner.
Un écrivain d'aujourd'hui n'a jamais rien à perdre de ce qu'il écrira demain, pense-t-il, de ce qu'il a écrit hier, de ce qu'il écrit maintenant, et de ce qu'il lit en permanence dans les nuances ouatées de ses rêves. Il sait que ce qu'il vit se transforme en or à la seule pensée de l'Instant.
Un écrivain de maintenant offre en silence une sagesse d'un autre type, peu nombreux sont ceux qui peuvent en saisir la portée terrible, il ressemble à l'amoureux qui ouvre ses bras au miracle d'un regard.
à suivre
Philippe Chauché
(1)Lautréamont, en avant / Yannick Haenel / Ligne de risque Numéro 25 / Année 2010
vendredi 9 avril 2010
Journal du Temps (12)
Il s'attarde à s'attacher à l'Instant. Tout le reste n'est que bavardage.
Il aime à penser, que quelque part une Inconnue au visage à jamais fixé dans le Temps a vu ce film, mais cela n'a avouons-le que peu d'importance.
à suivre
Philippe Chauché
jeudi 8 avril 2010
Journal du Temps (11)
" Il disait que pour un peintre, ou bien pour un poète, pour un compositeur, et parfois même pour un virtuose, bref, pour un artiste le souci portait sans faux-fuyant sur ce qu'il y a de plus réel, l'époque, qui n'aimait guère qu'on trahisse ses illusions, pour ne pas dire ses mensonges, serait toujours une ennemie implacable, ce qui, par voie de conséquence, lui faisait répéter combien sa vocation le conduisait incessamment au-devant du péril. " (2)
D'ici, face à la mer et aux collines, il lit, il écrit, et il aime dans la distance du Temps. Ici dans la beauté de l'art, présence de Watteau, de Fragonard, il médite et redouble d'attention aux présences vues de l'absence. Giagometti est là, l'homme qui marche vers le mouvement de la Courbe du Temps. De quelle marche s'agit-il ? il se le demande. De quel mouvement s'agit-il ? il l'ignore. Présence qui régénère ? Certitudes !
Rien ne m'obligera à être sans résonance, note-t-il.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Rabbi Naham de Bralav in Ligne de risque / N° 25 / Année 2010
(2) Valentin Retz / Double / Ligne de risque / N°25 / Année 2010
mercredi 7 avril 2010
Plénitude de Pleynet (2)

Nouvelle excursion au centre du livre (1), avec un double accompagnement : Bach (2), et un petit verre de Glen Lairg Single Malt 12 Years Old. Nouvelle aventure qui dissipe tout mal vu et tout mal entendu. Car il s'agit bien de cela, se dit-il, mon oreille lit, mon oeil écoute, ma main droite prolonge ce que livre mon corps. L'amour n'est pas autre chose, une affaire follement sérieuse, joyeuse et habitée, une phantasia, qui va de l'oreille à l'oeil, de la main au ventre, de la pensée active à l'envolée d'un baiser, Bach ne dit pas autre chose.
Écouter c'est comprendre, regarder c'est entendre, aimer c'est savoir et être immergé dans légèreté de la saveur de la vie vive, lire dans le creux de la jouissance. Et, se taire aussi, pour laisser renaître la Courbe du Temps.
Belle excursion, ajoute-t-il, nécessaire immersion dans le mouvement marin du livre, la Lagune est là, il suffit de se pencher à la fenêtre pour entendre sa mélodie.
J'aurai, se dit-il, passé ma vie à essayer de m'y employer, à offrir mon regard à une voix, ma joie à une oreille, mon corps à un visage, mes mots à un ventre révélé. Offrir mes silences comme des accords divins. Même si la divinité de l'Instant - comment la nommer autrement ? -, n'est pas de ce siècle, ajoute-t-il, que l'on en finisse avec ce siècle obscène. Passons à autre chose, il serait temps. Passons au roman, à la joie qui délivre, à la jouissance qui fait sombrer le bavardage sexuel dominant. Passons à la vie qui nous tend son corps éclairant - peut-il être autre ? -, passons au verbe qui est abandon joyeux, au silence d'une caresse qui installe une éclaircie de la pensée, à l'éblouissement du Retournement d'un corps, soyons dans la Résurrection du Temps, ou alors laissons le Diable triompher, ce siècle nous y invite, c'est à chacun de voir ou plutôt de ne pas voir !
Joyeuse excursion dans le magnétisme du roman, lisons, comme nous aimons :
" Tous les saints, aujourd'hui même, ce 1 er novembre 2007, tous les saints noms qui m'accompagnent : " Si nous aimons la vie, disent-ils, ce n'est pas parce que nous avons l'habitude de vivre, c'est parce que nous avons l'habitude d'aimer. " (1)
" Regardant la mer, je revois ma vie et j'entends une musique dont les voix parcourent tous les tons et soumettent à un ordre caché leur succession de conflits et d'accords... " (1)
" Tout est dans la voix... C'est comme l'amour... le sang qui baigne le coeur... l'expérience... La voix extatique qui s'élève hors de... hors du camp des assassins... Hors de l'imitation... il faut s'embarquer dans le temps sans reste. " (1)
" J'ai une grande oreille. Le silence m'enveloppe comme une musique, comme un parfum.
Tout est musique visiblement... musique des parcs, des jardins... musique du coeur... du printemps...
C'est toujours une nouvelle jeunesse... Le charme, le rire, les jeux... Conviction musicale... ce qui se déclare en beauté... C'est bien entendu par amour pour moi. " (1)
" L'homme habite poétiquement... s'il est poétiquement habité de quelque conversation sacrée... C'est ce qui m'accompagne ici depuis plusieurs semaines... J'héberge un hôte que je dois pas décevoir. " (1)
" J'ai mes rituels. Je ne séjourne jamais à Venise sans, à un moment ou à un autre, m'arrêter, plus ou moins longuement devant le San Grisogono a cavallo, de Michele Giambono, dans l'église de San Trovaso. " (1)
" La rationalité est indissociable d'un ordo amoris... L'art ? Et de plus en plus, puisque c'est la même chose que l'amour... " (1)
Il se dit de la nuit au jour, un nouveau Temps, un nouvel Instant.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Chronique vénitienne / Marcelin Pleynet / L'Infini / Gallimard
(2) Italian Concerto / Glenn Gould / Columbia / anniversary edition
vendredi 2 avril 2010
Plénitude de Pleynet
Plénitude de Marcelin Pleynet. Le titre lui est apparu comme un visage. L'apparition d'un visage est une chose étrange, une magie blanche, qui vous saisit comme un baiser, s'en défaire c'est se défaire du Temps et de l'écho permanent de sa Courbe. Un visage est toujours une apparition, ce livre est une apparition vibrante dans la lumière musicienne de Venise, dans la lumière qui délivre des tentations de littérature enchaînée.
Liberté de Marcelin Pleynet, comme jamais peut-être, pour qui connaît un peu ce que l'écrivain nous a déjà offert. Plénitude de la liberté de Marcelin Pleynet, il suffit pour s'en convaincre de lire et de lire encore, recommencer est toujours un acte nouveau. Il ajoute, un corps aimé choisi toujours le corps qui l'aimante, il en va de même du corps absent, il embrase à distance chaque pensée et donc chaque phrase. Plénitude de l'absence, note-t-il.
Liberté de cette Plénitude, note-t-il, ouvrons le livre, comme nous ouvrons nos bras au Mouvement de l'Instant :
" Un voyage, une traversée... Combien de fois déjà, ce passage, cette traversée, cette certitude ? Cette vision à travers les écrans... Cette présence à moi-même vivant de l'autre côté. " (2)
" J'avais devant moi une porte que personne ne peut fermer... " (2)
" Oui je crois que l'âge d'or et de sentir est en moi. L'esprit n'agit que sur les saints... On croit que je suis fou... " (2)
" En ce début d'aprés-midi le canal de Giudecca brûle de tous ses feux. Le soleil d'aplomb... Toute la lumière dans les yeux... La façade restaurée du Redentore... Le Christ au sommet de la coupole, dans le bleu tranchant... la Vierge Marie, en vertu théologale, domine le fronton central... blanc dans le blanc dressée... aveuglante.
On n'y voit que du feu... De l'autre côté... l'intant brille. La lumière partout est intérieure. " (2)

" Qu'est-ce qui retarde le départ ? L'embarquement est prévu... Nous sommes embarqués... de Breton à Rimbaud... Et pour tant d'autres. " (2)
" Mon corps s'engage dans sa musique... Il nage... Comme les éléments, le soleil, l'air et l'eau... la lumière et le vent, que pousse, soudain dans l'air, la suite cristalline et envahissante des cloches. " (2)
" Nouvelle traversée de l'exposition de Rosa Alba Carriera. Il n'est pas de meilleure, de plus noble, de plus belle compagnie... Littéralement de plus charmante. " (2)
Il se dit, il faudrait, ici tout recopier, mot à mot, phrase à phrase, n'oublier personne - Pound, Nietzsche, Céline, Proust, Sollers, Rimbaud, Matisse, Lautréamont, Cézanne, Pleynet, il ajoute, ce livre est un miracle, mais les miracles ne s'offrent qu'aux voyants, vérifiez si vous voyez, et l'on en reparlera.
à suivre
Philippe Chauché
(1) Concerto pour Piano et Orchestre en ré mineur / Wolfang Amadeus Mozart / 1756-1791 (?) / Wiener Philharmoniker / Claudio Abado / Friedrich Gulda Piano / Deutsche Grammophon / 1975
(2) Chronique venitienne / Marcelin Pleynet / L'Infini / Gallimard


