lundi 31 août 2009

Septembre Littéraire ( Acte 1 )



" Nathalie et François se sont rencontrés dans la rue. C'est toujours délicat un homme qui aborde une femme. Elle se demande forcément : " Est-ce qu'il ne passe pas son temps à faire ça ? " Les hommes disent souvent que c'est la première fois. A les écouter, ils sont soudain frappés par une grâce inédite leur permettant de braver une timidité de toujours. Les femmes répondent, d'une manière automatique, qu'elles n'ont qu'un temps. Nathalie ne dérogea pas à cette règle. C'était idiot : elle n'avait pas grand-chose à faire, et aimait l'idée d'être ainsi accostée. Personne n'osait jamais. Elle s'était plusieurs fois posé la question : ai-je l'air trop boudeuse ou trop paresseuse ? Une de ses amies lui avait dit : personne ne t'arrête jamais, car tu as l'allure d'une femme poursuivie par le temps qui passe. " (1)

Il est des romans qui lorsque vous les ouvrez, vous font douter de leur intérêt, et de leur force, ils portent en eux une telle résistance au lecteur, qu'ils en deviennent vite agaçants, alors, le lecteur se dit, qu'il va très vite en finir avec cette histoire et son style, il se dit, qu'il a mieux à faire, dormir, aimer, écrire et parler par exemple. Et puis le lecteur fait une pause, revient sur les premiers mots du roman, évite ses propres pièges, son savoir littéraire, ses manières d'aborder la fiction, de la laisser nourrir ses propres mouvements, ses curiosités, ses envies, ses joies et ses colères, alors, il se dit, cette première résistance vient de céder, et le livre s'ouvre. Le lecteur se demande, s'il ne s'agit pas là de la marque de certains romans d'aujourd'hui, si proches, se dit-il, de certaines femmes, que le lecteur fréquente, mais il n'en dit pas plus, il est là pour écrire deux ou trois choses sur ce nouveau roman de David Foenkinos. Le lecteur précise immédiatement, qu'il ignore tout de ce jeune écrivain, et que sa " Délicatesse ", lui a été offerte par un ami curieux et attentif, avec en dédicace " En clin d'oeil à ta note bleue ".

Le lecteur poursuit et se dit, que ce roman de septembre - nous l'appellerons ainsi -est au bout du compte, une bien belle réussite, qui tient à ses manières, élégante façon de dérouler une histoire " commune ", comme on le dit des " lieux ", qui pourrait faire la une de quelques hebdomadaires chics et modernes.

Nathalie, femme séduisante et moderne, se retire de son petit monde professionnel, après la mort de son amoureux, résiste aux hommes qui tentent de l'approcher, puis y retourne, des hommes l'y attendent, et l'un d'eux Markus, maladroit et invisible, va à son contact, devenir adroit, délicat et visible, histoire commune donc, que griffent ici et là, de piquantes notes, qui sont comme de multiples colonnes vertébrales de fictions à naître, exemples : " Les trois livres préférés de Nathalie : Belle du seigneur, d'Albert Cohen, L'Amant, de Marguerite Duras, La Séparation, de Dan Franck ", mais aussi : " Prochaines destinations envisagées par Nathalie et François : Barcelone, Miami, La Baule. ", ou encore : " Trois aphorismes de Cioran lus par Markus dans le RER : L'art d'aimer ? C'est savoir joindre à un tempérament de vampire la discrétion d'une anémone. Un moine et un boucher se bagarrent à l'intérieur de chaque désir. Le spermatozoïde est un bandit à l'état pur. " et enfin : " Texto envoyé par Nathalie à Markus après leur premier dîner : Merci pour cette belle soirée. " Ces amusantes remarques, ces griffes du réel, donnent un autre volume à la fiction, sans elles, elle boiterait, ainsi, elle va, légère sur ses deux jambes romanesques.

" Il avait prononcé ces derniers mots à la frontière du bégaiement. Face à cette femme, il était un train qui déraille. Il ne comprenait pas pourquoi elle lui faisait un tel effet. Bien sûr quelle était belle, bien sûr elle avait une façon d'être qu'il trouvait sublime, mais tout de même : était-ce suffisant ? " (1)

Les réponses sont dans ce roman, il mérite qu'on s'y promène, comme dans le regard de quelques femmes rebelles.

à suivre

Philippe Chauché




(1) La délicatesse / David Foenkinos / Gallimard

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